BROCHURES

Servitude écologique
Toujous plus de contrôle, d’austérité et de soumission

Servitude écologique

Collectif (première parution : novembre 2011)

Mis en ligne le 16 avril 2012

Thèmes : Critiques du travail (40 brochures)
Démocratisme, citoyennisme (42 brochures)
Environnement (42 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,731.1 ko) (web)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

Sommaire

Présentation

Servitude écologique

L’argent, une valeur humaine ?

- Les banques éthiques, promesses en toc !

- Vous avez dit : "argent propre" ?

- La pauvreté, un marché qui se révèle lucratif !

- Micro crédit, macro arnaque !

- La grande escroquerie du troc !

- NON aux "solutions" locales !

Comment cette brochure est-elle née ?

Ça commençait à nous énerver de voir les appels à “économiser l’énergie”, “réduire l’empreinte écologique”, “trier les déchets”, “consommer équitable”, “investir éthique”,... remettre tant de volontés de “faire quelque chose” sur les rails de la soumission ! (Eux appellent cela la “responsabilisation citoyenne” !)

Ça nous énervait de voir tant de personnes autour de nous tomber dans les pièges tendus par l’État pour empêcher que notre ras-le-bol débouche sur une réelle remise en question de ce monde. Et ce qui nous frappait en premier, c’était cette absence d’instinct de classe qui fait dire : tout ce qui vient de l’État c’est contre nous.

Bien sûr, l’État sait y faire. Il sait partir de problèmes réels tels : le fait que la planète croule sous des montagnes d’immondices (et dangereux qui plus est !), que la population mondiale est de plus en plus parquée dans des bidonvilles, des camps, des ghettos, que le fossé entre richesse et pauvreté est chaque fois plus profond et large, que des choses aussi vitales que l’accès à la terre, l’eau,… sont propriétés privées de quelques uns, que la dépendance vis-à-vis du salaire est chaque fois plus importante à l’heure même où le travail devient une denrée rare. Et il sait mettre en place de fumeux projets de réforme qui détournent notre attention des réels problèmes et ne font qu’aggraver la situation.

L’État se fait écologiste parce qu’il ne peut pas nier la catastrophe générale et qu’il doit mettre en place des chicanes pour éviter que tout n’explose et notre colère en premier.

Pour commencer, il tente de faire retomber la responsabilité de tous ces problèmes sur nous ! C’est à nous qui avons été réduits à devenir les forçats de ce système, que revient la tâche de trier ses excréments et de panser ses plaies ! Mais en quelque sorte, oui, nous sommes responsables, dans la mesure où notre révolte contre ce monde est bien trop éparpillée !

Comme la plupart des idéologies, l’écologisme tente de tout ramener à un problème de mauvaise gestion et évite de toucher aux réelles causes des problèmes. Jamais ses défenseurs ne font le lien entre comment les hommes sont traités et comment tout ce qui les entoure est traité. Comme toute idéologie, l’écologisme sépare toutes les questions, refuse de voir la cohérence qui existe entre l’exploitation de l’homme par l’homme et l’exploitation de la “nature” par l’homme. C’est pourtant le même rapport de domination, d’exploitation, de destruction.

Les écologistes restent à la surface des choses et s’adressent au “consommacteur”, lui faisant croire que par le fait d’investir politiquement ses achats, il peut changer le monde. Mais si tant de produits sont nocifs, toxiques et polluants, pourquoi continuent-ils à être produits ? Pourquoi les écologistes ne s’attaquent-ils pas au mobile de la production : le profit ? Pourquoi évitent-ils de toucher à l’essence du problème : la course au profit seule responsable du fait que la société dans laquelle nous vivons est guerre de chacun contre tous, guerre de classe, guerre contre le vivant ?

Les écologistes n’interviennent qu’en queue de processus et nous propose de choisir entre deux catastrophes. Et, pire encore, les réponses écologistes données aux problèmes sont toujours des pis aller qui ne font qu’empirer la situation.

La fonction des écologistes : aider l’État à colmater les failles du système et prôner l’austérité.

Les articles qui suivent répondent au besoin de nous mettre au clair vis-à-vis de toutes ces questions. Nous en sommes arrivés à montrer en quoi

- le tri des déchets organise un contrôle social toujours plus grand,

- la “réduction de l’empreinte écologique” est un moyen de faire adhérer aux mesures d’austérité,

- le mythe des banques “éthiques” nourrit le mirage comme quoi l’argent pourrait répondre aux besoins humains,

- il n’y a pas de production qui ne soit liée à la guerre,

- les micros crédits contribuent à une plus grande dépendance et pauvreté,

- le troc reproduit toutes les catégories propres à l’économie capitaliste,

- il n’y a pas de solution locale qui soit possible.

Ce que nous en avons écrit jusqu’ici est forcément incomplet et mérite d’être approfondi. Cette brochure n’est qu’un moment du développement de notre critique. Continuons à la développer et à la porter ensemble.

Le tout écologiste fait rage et les appels à la responsabilité citoyenne sont des appels à la soumission. Il est temps de réagir.

Développons nos réseaux d’information et de diffusion, de réflexion et d’action.

Servitude écologique

Toi, PETIT ! Tu te “responsabilises” par rapport à la dégradation de la planète, en triant tes poubelles, en économisant ton eau, ton électricité,… en te serrant la ceinture pour permettre aux magnats de l’industrie de continuer à polluer en toute tranquillité ! Ça c’est de la responsabilisation !!!

Pourquoi la société encourage cette “responsabilisation” ?

Parce que c’est une façon de faire accepter l’austérité. Économiser l’eau, le gaz, l’électricité,…

“Sauver la planète” disent-ils. Belle astuce pour faire passer leur besoin de nous serrer la ceinture ! Et pourquoi pas arrêter de respirer ?! Et on n’en est pas loin !

Pendant qu’on nous empoisonne et qu’on nous met de plus en plus de chicanes, ils se pavanent à des sommets où se négocient les permis de polluer. Tout s’achète et tout se vend. Les émissions de gaz toxiques ça rapporte !

Toi, petit, tu dois te serrer la ceinture, pour que les grands de ce monde puissent continuer à s’engraisser.

Et si tu acceptes ces restrictions, ne nous fais pas croire que c’est par grandeur d’âme ! C’est avant tout par rapport à ce que tu as dans ton portefeuille ! Ça fait écho à ces atavismes : épargner, “le bonheur c’est pour l’au-delà”,… avec lesquels on nous a matraqués pendant des siècles. Tu économises sur la qualité de ton alimentation, sur la qualité de ton sommeil,… tu t’empêches de vivre … pour le bien de cette économie qui détruit tout sur son passage.

Dans ce monde tout est argent. Et pour te faire accepter cette servitude sans broncher, l’État l’entoure d’un bel emballage vert écolo !

Pourquoi accepter cette soumission à l’austérité ? En quoi ça nous paraît naturel ?

“C’est toi qui pollues !”

Les maîtres de ce monde veulent te faire porter le poids de leurs crasses. Ils te culpabilisent. Facile ! Un des piliers de cette société c’est le sentiment de culpabilité sur tout et pour tout. Le résultat : on te fait ainsi porter le tonnage d’excréments des grandes usines sans scrupule.

La société nous culpabilise d’être là, de vouloir vivre, prendre du plaisir, respirer, boire de l’eau, de vouloir faire des enfants,... ça entame son profit. Elle ne nous tolère que comme machine à produire. Tu as seulement droit à ce qu’il te faut pour retrouver tes forces et retourner travailler le lendemain. C’est tout !

Grâce à la culpabilisation bien ancrée en nous depuis des siècles, cette campagne d’austérité fonctionne à merveille. Nous nous sentons redevables et tous coupables de cette soi-disant “richesse” dans laquelle nous vivons !

Mais de quelle richesse parlent-ils ?

On veut nous faire croire que nous sommes privilégiés, plus riches qu’“eux”, “là-bas”. Les pauvres des pays soi-disant sous-développés, soi-disant en voie de développement (ou, nouvelle terminologie à la mode “émergeant”), du soi-disant tiers-monde,… autant d’appellations pour te séparer d’eux et t’inventer une “richesse” qui te fasse honte et surtout te fait taire… pour entretenir un malaise toi pauvre, face à ces pauvres “qui n’ont pas la même chance que toi” !!! Ah qu’il fait bon d’être pauvre dans un pays “riche” !

Ils veulent nous vendre un calcul savant pour nous faire croire à une pseudo solution : “l’empreinte écologique” !!!

Ils veulent calculer ce que tu consommes par jour en essence, gaz, électricité, eau, nourriture, vêtements,… en hectare de forêt, sans faire de différence entre toi, Petit et les grands de ce monde !

L’empreinte écologique met tout le monde sur un pied d’égalité. “Les américains” consomment autant, “les chinois” autant, “les vietnamiens” autant, “les congolais” autant,… Mais quelle est donc cette égalité ?

Celle d’une industrie pétrochimique face à toi, petit ?!

Celle d’une centrale nucléaire face à toi, petit ?!

Celle d’une production à la Microsoft face à toi, petit ?

Celle des mines de Coltan face à toi, petit ?! …

Celle des émissions chroniques de toxiques dans l’atmosphère, les sols, les océans, par des sociétés anonymes, cartels, trusts,… face à toi petit ?!

Celle de la construction des routes, des parkings, des ports,… face à toi, petit ?!

Cette égalité est tout sauf égale !

“Agir pour réduire ton empreinte écologique” !?! Premièrement, ça nous donne l’idée que toutes ces grandes industries tournent pour nous alors que c’est l’exploitation de notre force de travail, le sacrifice de nos vies qui les font tourner. Nous perdons notre vie à la gagner !

De plus, ça te donne l’idée que toi individu, coupable de consommer ces produits qui t’intoxiquent, tu peux enfin faire quelque chose, tu peux racheter ta faute. On te dit que tu peux, à ta petite échelle, être acteur de changement. Et on te plonge la tête dans tes poubelles.

“A genoux, pénitent d’avoir tant consommé” !

Ne vois-tu pas que c’est une parade pour que tu ne t’occupes pas de là où se trouvent les réelles responsabilités ? L’État te fait voir petit pour que tu élimines toi-même toute perspective de remise en question radicale.

L’empreinte écologique et le bel emballage vert écolo sont des fausses réponses de la société aux problèmes de pollution ; elles nous détournent des réelles causes et du lien avec nos conditions de vie qui, tous les jours, s’aggravent.

Au nom de quoi te fait-on subir tout ça !? Au nom du progrès !?

On veut t’imputer les dégâts des routes, des ports, des aérodromes, des mines de Coltan et le reste,… Mais pourquoi existent toutes ces choses ? Pourquoi existent la voiture et le téléphone portable [1], etc.? Pour faire circuler les marchandises, pour nous faire aller travailler, pour gagner du temps, pour produire plus vite, pour contrôler notre emploi du temps, nous envoyer nous requinquer sur une plage bondée… Dans quel but ? Dans le seul but de faire du profit, plus d’argent ! Vive le capital !

Et toi, Petit, quel impact cela a-t-il sur toi ?

Toujours plus d’empoisonnements par le stress, la bouffe, les médicaments, la pollution électronique, l’ignorance, l’abrutissement, la misère des relations, des loisirs,...

Waouw ! Vive le progrès !!!

On en arrive à oublier le principal qui est : que nous ne vivons pas dans une société dont le but serait le bien-être humain, nous vivons dans une société de classe dirigée par l’argent ; c’est le profit contre les besoins humains, c’est les riches contre les pauvres, les bourgeois contre les prolétaires, la mort contre la vie !!! Où toi, Petit, tant que tu ne te réveilles pas, t’es en train de crever !

Contre cet emballage vert !

Tu penses que les maîtres du monde cherchent une solution à cette merde ambiante ? Qu’ils veulent t’aider et sauver la planète ?

NON, ils cherchent juste à protéger leurs intérêts… leur profit immédiat, sans scrupule quant à la destruction de la planète, de l’homme et de tout ce qui l’entoure ! Tout au plus se sentent-ils concernés par la pollution dans la mesure où elle empêche leur tiroir caisse de fonctionner.

Et ce ne sont pas les écolos qui vont changer le monde. La réponse des écolos est simple, ils te vendent un sac poubelle… pour que tu le remplisses de bonne conscience.

Quand les gens se posent trop de questions, l’État se doit de donner d’apparentes réponses pour que nous restions soumis. L’écologisme, aujourd’hui, est cette réponse.

Les grands de ce monde ont accaparé toutes les sources d’énergie et ont fait main basse sur toutes les richesses de ce monde ; ils nous ont privés de tout accès à la terre, aux rivières et aux océans, ils nous ont rendus esclaves de leurs productions, dépendants de leurs salaires de misère.

Ils polluent sans compter, sont responsables de la dégradation chaque jour plus profonde de notre quotidien, et ils pointent la consommation d’eau, de gaz, d’électricité, de bois, de pétrole,… de Toi, Petit !

Ils cherchent à te culpabiliser pour que tu te serres volontairement la ceinture et que tu arrêtes de réfléchir. Ils te plongent la tête dans tes poubelles pour que tu te fasses encore plus petit, que tu courbes encore un peu plus l’échine.

Les écolos mangent à la même table que les grands de ce monde. Ils ne veulent pas changer cette réalité. Les écolos (de toutes tendances) font partie intégrante de cette machine à polluer.

On te dit que tu vas sauver la planète en triant tes poubelles !

C’est pour mieux te cacher la réalité, la réalité de la propriété privée et des rapports d’exploitation.

On veut nous faire croire qu’il n’y a plus assez d’eau potable disponible !

Le vrai problème est la propriété privée, l’eau est privatisée et son accès en est contrôlé. Alors que c’est un besoin humain vital, il faut payer pour en avoir ! Si tu n’as pas de sous, tu peux crever de soif !!! Et même si tu as des sous elle est de moins en moins bonne qualité. La bonne eau c’est pour les riches !

Ceux qui possèdent tout et ceux qui ne possèdent rien !

Ceux qui ne possèdent rien sont dépendants d’un travail, d’un salaire.

Si tu n’arrives pas à te vendre, tu crèves !

Conclusion

L’idéologie écologique, l’écologisme n’est pas quelque chose de nouveau mais en quelques décennies c’est devenu le centre de campagnes de plus en plus envahissantes. Toutes sortes de colloques, conférences, sommets,… tous les rouages de l’État se mobilisent pour nous embrigader dans ces campagnes.

Mais les réponses de l’État sont aussi idiotes qu’assassines. Halte à la croissance, pour la décroissance, croissance durable… alors que tout capital ne survit qu’en s’accroissant, qu’en se reproduisant de façon élargie, en n’obéissant qu’à son profit immédiat ! Halte au capital ! Voilà qui n’est pas dit !

Quand un problème est trop criant, l’État est obligé de le prendre en considération mais il est tout à fait incapable de le prendre à la racine parce que ce serait reconnaître la nécessité de son autosuppression. Il ne fait alors que le reporter et la plupart du temps, le remplace par un autre plus grave encore. Il ne fait qu’approfondir la catastrophe générale. Remplacer les gaz toxiques par les déchets nucléaires … nous voilà bien servis !

De plus, le discours écolo vient à point pour faire passer des augmentations des taxes et autres ponctions sur les salaires,… Et quoi de mieux que de se servir de réels problèmes pour faire augmenter le taux d’exploitation. Vive le capital !

Il s’agit donc toujours de préserver le capital, son développement, sa capacité à faire du profit.

L’écologisme ce sont de nouvelles entreprises, l’exploitation de nouvelles sources d’énergie, des entreprises de recyclage, des bâtiments aux nouvelles normes à construire,… le développement durable ça rapporte,… Les éoliennes, les panneaux solaires, les banques éthiques… autant de nouvelles perspectives de profit.

Aujourd’hui toute marchandise est “verte”, “écologique”, “durable”,... Faire jouer la fibre de la culpabilité et du sacrifice,... pourvu que ça fasse augmenter les ventes !

Certains misent sur les futures catastrophes pour développer leurs capacités à intervenir rapidement et s’en mettre plein les fouilles ! Exemple : grâce au Tsunami de 2005, plusieurs hôtels de luxe ont pu s’installer sur les restes de petits commerçants, petites auberges, petits bistrots,…

L’écologisme appuie le mouvement de centralisation des capitaux dans chaque fois moins de mains et le développement des bidonvilles.

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“Aujourd’hui même nous sommes fiers de pouvoir recycler votre merde et en faire des burgers !”

Au Japon, un scientifique a réussi à recycler les excréments pour en faire des steaks. Petit problème : il faut nous convaincre de manger notre propre merde et de deux, le procédé de recyclage coûte cher, il n’y en aura pas pour tout le monde !

Que c’est beau le progrès !!!

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A force de plonger la tête dans nos poubelles, nous ne voyons plus ce qui se passe autour de nous.

Il nous faut cesser de croire qu’il pourrait être efficace de mettre des pansements sur un corps pourri à la base. De cette façon, nous ne touchons pas à la racine du problème. Des pansements tel que le “recyclage” ne changent rien, au contraire. La saloperie continue à s’entasser !!! Les armes continuent à être produites pour mener la guerre du profit !!!

Au lieu d’arrêter cet engrenage, nous le graissons.

Arrêtons de nous voiler la face !!!

Si ce n’est pas nous, Petits, qui commençons à foutre le feu aux poubelles, qui le fera ?!

Arrêtons tout et tout de suite… Arrêtons cette machine infernale.

Nous sommes des millions ! Prenons conscience de notre force !

Banques éthiques, promesses en toc !

Le fric éthique, c’est chic fait partie de ces slogans nouvelle mode qui tentent de rallier au sauvetage du capitalisme quelques consciences effrayées par la catastrophe quotidienne de ce monde.

A l’heure où il apparaît de plus en plus clairement que ce qui pourrit tout -la planète et tout ce qui y vit, et au centre de ce marasme, l’être humain- c’est l’argent,… la bourgeoisie veut nous persuader qu’il existerait un argent éthique, un argent propre, un argent solidaire, un argent humain !

Alors que le “bon sens populaire” fait dire que fric et éthique ça ne peut pas rimer [2], on nous vend des formations pour nous persuader que l’argent c’est une énergie qui tourne et que nous aurions tort d’avoir des scrupules à participer à cette ronde insatiable.

Ainsi, au Tibet alors que les lamas étaient de toutes les révoltes prolétariennes, le Dalaï Lama, en bon chef d’État qui se doit de défendre le monde de la valeur, leur a donné comme consigne : enrichissez-vous !

Alors que le sacro-saint pognon engendre toujours plus guerre, expropriation, misère, exploitation, souffrance, faim, maladie,… alors que toute rébellion contre ce monde de l’argent voit se dresser contre elle les forces de répression, la torture, la prison,… les bourgeois tentent de nous faire croire qu’il serait possible d’investir dans des entreprises bienfaisantes, à visées humaines.

Capitalisme à visage humain, économie verte, commerce équitable tous les termes sont bons pour nous faire croire à un capitalisme bio-éthique à développement durable ! Faire durer leur système, ça oui c’est sûr qu’ils le veulent. Que le profit qu’ils en tirent soit durable ! Voilà bien le seul mobile de toutes ces campagnes moralisantes.

Une planète propre, grâce à l’argent propre -énergie renouvelable !-, la guerre bio-dégradable, le génocide éthique, l’exploitation durable, la torture blanche, la ligne verte,… voilà l’opération de grand nettoyage entreprise par la bourgeoisie.

Mais pour cela ils ont besoin de nous faire adhérer aux multiples réformes de ce système moribond.

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A l’heure où la mobilisation du citoyen/électeur ne fait plus recette, dégoûtés par des décennies de pratiques politicardes dont il ressort que seules les affaires de gros sous ont droit de cité, la bourgeoisie veut redonner un sens au mot citoyen, le revigorer, le remettre au goût du jour… En fait, elle ne fait qu’utiliser la trouille que génère l’insécurité générale pour continuer à faire des affaires et donner l’illusion que chacun, à son petit niveau, peut changer le cours catastrophique du monde capitaliste en soutenant des investissements politiquement corrects.

Banque éthique : une banque qui fait de l’argent propre une nouvelle façon d’investir.

Alors que la confiance dans le système bancaire en a pris un coup, les bourgeois cherchent à relancer l’épargne et regonfler leurs avoirs. Pour cela ils ont besoin de citoyens épargnants soucieux d’un monde plus juste qui acceptent au nom d’un devoir moral… toujours plus de sacrifices.

Voyez l’image du petit, courbé sur son petit tas d’argent, le comptant et le re-comptant, aussi courbé qu’il l’est au travail, sur un geste qui n’a ni queue ni tête, aucun sens sinon celui de finir sa journée. Voilà ce dont a besoin la bourgeoisie, de l’idiot utile, épargnant, se serrant la ceinture, se sacrifiant jusqu’au bout pour le plus grand bien du capital. Re-mobiliser les citoyens qui ont de bonnes intentions et les responsabiliser dans leurs choix… de citoyens. Nous éloigner de tout instinct de classe qui pourrait nous entraîner à tout envoyer balader, non seulement l’éthique mais le fric qui va avec !

Pendant des siècles, la bourgeoisie nous a fait bouffer du progrès à toutes les sauces sous les auspices de la déesse Science. Le capital a développé la camelote à tout va et aujourd’hui, ils nous disent que notre confort coûte cher et nous gavent de sciences du recyclage, du souci d’économie de l’énergie, de sauvegarde de la planète, de développement durable, de simplicité volontaire, etc. Le capital veut laver plus blanc que blanc. Aujourd’hui, sous le goupillon de l’écologisme, l’humanitaire, l’éthique,... tout pourrait retrouver un sens moral pourvu qu’on y mette un peu du sien. La bourgeoisie cherche à se blanchir de ses guerres et de sa responsabilité d’avoir conduit le monde à la catastrophe.

Et alors que les manifestations de cette catastrophe sont toujours plus criantes, ils tentent de nous faire croire qu’il est possible de changer le monde de l’argent…. avec de l’argent ! Comme s’il existait une terra incognita sur la planète pognon où un investissement aurait d’autres règles que celle d’accroître, toujours plus accroître le capital.

La concurrence entre capitalistes fait rage, le droit de polluer se vend, s’achète et est coté en bourse. L’industrie militaire est florissante. Les catastrophes soi-disant naturelles sont une aubaine pour les capitalistes et pour mettre au pas le prolétariat et pour engranger toujours plus de profit… Mais nous serions au début d’une véritable révolution qui part de la base… et qui démontre qu’il est possible de bâtir une économie recentrée sur l’homme, une nouvelle économie fraternelle. Les notions de profit et de solidarité pourraient bien cesser de s’opposer pour devenir complémentaires !

La réalité : le capitalisme a instauré la dictature du profit et celle-ci se nourrit de chair humaine. L’histoire de l’humanité n’a cessé de démontrer qu’il y a antagonisme irréversible entre argent et besoins humains. Le règne de la marchandise, c’est la guerre de chacun contre tous. La seule révolution possible est celle qui détruira ce système basé sur la transformation de toute chose en capital à commencer par la grande majorité des êtres humains qui eux-mêmes sont devenus marchandises et qui n’ont d’autre moyen de vie que de se vendre jour après jour contre un salaire.

La catastrophe du système capitaliste est chaque jour plus criante et nous devrions être solidaires du fait que les espaces de valorisation des capitaux sont de plus en plus confinés. Le capital manque d’air et nous devrions lui céder notre oxygène, lui qui a accaparé toutes les richesses de la planète, en a saturé l’atmosphère de gaz toxiques, la terre et les océans de pesticides, plastics, antibiotiques, déchets nucléaires,…

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Que font les banques de votre argent ? Peut-on investir dans des activités qui ne respectent ni l’humain ni la nature ?

Ceux qui croient aux fadaises débitées par ces bourgeois en mal de liberté d’entreprise, se rendent incapables d’envisager un monde qui mette réellement au centre de sa dynamique l’homme en particulier et la vie en général. C’est la perte de confiance en la capacité à révolutionner ce monde de fond en comble qui pousse des centaines de milliers de couillons à investir leur fric dans des banques éthiques. Souhaitez-vous continuer de fermer les yeux sur ce qu’on fait avec votre argent ou préférez-vous appliquer vos principes ? Vous ! Individus citoyens, vous avez le pouvoir. Vous pouvez changer le monde en ciblant vos investissements.

Plus le rapport au capital est impersonnel, plus crûment apparaît que le seul réel dirigeant c’est l’argent, le capital, le profit, plus ils essaient de nous faire croire que tout est question de choix politique, de choix de gouvernance,… de choix d’investissement.

Ils nous promettent la traçabilité des investissements !

Nous est ainsi donnée l’illusion qu’il serait possible de contrôler l’utilisation que font les banques de notre argent. Pour nous appâter, les banques promettent de ne pas soutenir la production de mines anti-personnelles, les laboratoires qui mènent des expériences sur les animaux, les économies régies par des gouvernements indésirables, le blanchiment d’argent,… et de soutenir le développement durable, le commerce équitable, la consommation verte, la réduction de l’empreinte écologique, la sécurité du travail, la justice sociale, le respect des droits de l’homme, etc. On a même droit à des banques halal qui prétendent exclure tout investissement dans des entreprises produisant de l’alcool, de la pornographie ou de la viande de porc… Il y en a pour tous les goûts citoyens.

Mieux encore, on nous vend des banques qui prétendent combattre la pauvreté dans le monde grâce à la promotion des micros crédits, des banques qui investissent avec leur cœur… Quelle générosité !

Les banques qui ont le vent en poupe dans le secteur sont Triodos Bank et Okobank. Elles nous vendent du financement à plus-values sociales et écologiques. Soulignons la formule ! Après la bio-éthique, c’est la meilleure.

Pour participer à leurs programmes d’épargne solidaire, il suffit d’ouvrir un compte Triodos dans votre banque habituelle. Qu’est-ce à dire ? Ce système d’épargne est intrinsèque aux grandes banques telles que Deutshbank, BNP-Fortis [3], KBC, HBK banque d’épargne, Dexia, Banca Etica Italiana, Cooperative Bank, etc. [4] qui grâce à ces nouveaux produits financiers se rachètent une virginité.

Dans ce système d’épargne on retrouve aussi les charognards habituels qui s’abreuvent à toute la misère du monde tel qu’Oxfam, Greenpeace, Max Haevelaer,…

Quant à des entreprises telles que Petrofina, MacDonald ou Carrefour… ils s’achètent la respectabilité en investissant dans l’électricité verte ou en faisant des prêts promotionnels à des organismes agréés et estampillés éthiques... [5]

Bien sûr, la transparence des banques s’arrête au prorata de l’investissement consenti. Vous pourrez suivre les premiers pas de votre épargne mais quant à penser que vos petits sous ne participeront pas à d’autres plans… vous vous leurrez !

Sans avoir le nez dans leurs comptes, nous savons que l’argent ne s’investit que là où ça rapporte et qu’historiquement, les grosses fortunes se sont toujours amassées sur des monceaux de cadavres. Finalement, le coup de génie de ces banquiers est à hauteur de la bêtise du citoyen épargnant responsable. Peu importe que ces mêmes banques investissent dans l’armement, l’industrie chimique, pharmaceutique, nucléaire, les mines de métaux précieux, la drogue, la prostitution, le commerce d’organes, le trafic des déchets toxiques,… Éthique ou pas pourvu que l’affaire soit juteuse. L’art est de faire de l’éthique du fric. N’avez-vous pas remarqué la propension de tous les gouvernements à tout à coup trouver démocratiques les régimes auxquels ils vendent des armes ?

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Banques éthiques : vos valeurs nous intéressent. Ces derniers mots avoisinent bien plus la réalité : ils en veulent à notre argent ni plus ni moins. L’éthique c’est le discours pour nous emberlificoter.

Et d’un doigt accusateur, ils nous pointent : We need you ! Quand il s’agit de partir en guerre pour défendre la citadelle capital, la bourgeoisie sait mobiliser.

Les investissements dits éthiques ne représentent finalement qu’un infime pourcentage du monde de la finance [6], mais ils sont idéologiquement importants. L’important pour les bourgeois est que le citoyen (investisseur potentiel) y croit. Qu’il croie qu’il est possible de donner un autre sens aux investissements que la simple course au profit ! Qu’il croie que le système capitaliste a du bon et qu’il est possible de le réformer grâce à une meilleure politique, grâce à une meilleure gestion des affaires, grâce à la bonne volonté de ses dirigeants, grâce à la lutte contre la corruption,… grâce à la pression citoyenne ! Qu’il croie en la possibilité de donner à l’argent un sens humain et surtout qu’il cultive sa passivité, sa soumission… Mieux encore : que chacun adhère activement à la reconduction de ce système, à en perpétuer l’existence, à le rendre plus durable que jamais.

Ceux qui adhèrent à ce type de plan financier n’ont finalement qu’une critique bien limitée du système : mauvaise gestion, carriérisme, ambitions personnelles, corruption, détournements de fonds, spéculation, libéralisme,… Ils restent à la superficie des choses et sont loin d’une approche de l’essence du mode de production capitaliste.

En plus ils se sentent redevables/coupables de leur petit confort et participent à cette puissante idéologie qui nous tient en laisse : là-bas c’est pire qu’ici. En conséquence, vous qui êtes plus riches vous pouvez faire un petit geste pour secourir ceux qui ont moins de chance. Et, en plaçant votre fric dans une bonne cause, vous pouvez ainsi vous acheter à moindre frais une bonne conscience puis, docilement, retourner au chagrin et, jour après jour, prendre amphétamines le matin, antidépresseurs à midi et somnifères le soir… en vous disant qu’ici on est vâââchement mieux.

Croire que par des investissements politiquement corrects ou encore des taxes sur les flux financiers (autre bêtise à la mode) l’économie pourrait répondre aux besoins humains est sans doute bien plus commode pour ceux qui veulent préserver leur petite tranquillité. L’argent sert à tout, même à s’acheter une bonne conscience.

Quant à ceux qui ne seraient pas intéressés par ces campagnes de bienfaisance on ne leur laisse pas le choix : ils font des dons sans le savoir. A chaque utilisation de leur carte de crédit, l’organisme financier auquel ils sont affiliés verse automatiquement un pourcentage à des organismes tels que la Croix Rouge, Greenpeace, Amnesty International… Le citoyen peut donc consommer non coupable en toute tranquillité.

Les banques éthiques ne sont qu’un os à ronger jeté aux crédules qui voudraient investir pour un monde meilleur. Cette question s’insère directement dans la campagne bourgeoise du tout écologique qui fait rage actuellement sur toute la planète. Utiliser la peur du lendemain, du manque, de la mort, de la contamination, de la maladie, de la misère, de la guerre,… pour tétaniser toute réponse de classe. Poser le problème en terme de choix individuel pour éviter le réveil social, la résurgence des mouvements collectifs, la solidarité de classe, voilà le sens moral des investissements éthiques.

Vous avez des questions, nous avons les réponses. Confiez-nous votre argent,... et laissez-nous faire. Continuez à avancer en aveugles, continuez à bosser du matin au soir et du soir au matin. Allez vous faire exploiter et gardez la tête penchée sur vos poubelles,… Nous nous occupons de tout. Voilà le pouvoir que nous confèrent les investissements politiquement corrects,…

Moins de bénéfice plus de morale. Ce ne sont certainement pas les bourgeois en général ni les banquiers en particulier qui croient à ces fadaises. Se serrer la ceinture avec la conviction que c’est pour notre bien ; que nous vidions volontairement nos poches pour mieux remplir les leurs, voilà l’adhésion à laquelle ils aspirent.

Par ces campagnes citoyennes en faveur du fric éthique et des micro crédits, ils tentent de transformer notre force de lutte en impuissance citoyenne.

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D’un côté, il y a des milliards d’être humains exclus de tout moyen de subsistance, de l’autre, une minorité qui s’enrichit de manière exponentielle.

La bête capitaliste sue la catastrophe par tous les pores de son immonde carcasse, les places boursières menacent régulièrement de s’effondrer, tout appelle à une remise en question radicale, à une révolution de fond en comble, à l’éradication du monde de l’argent. Le capital est au bord du gouffre ?! Poussons-le, qu’il s’y effondre définitivement !

Vous avez dit "argent propre" ?

Les défenseurs du fric éthique nous disent qu’il est possible d’investir dans la paix plutôt que la guerre. Qu’il vaut mieux “faire fructifier son argent” dans des secteurs tels que la recherche médicale, le développement économique… et plus généralement dans la technologie “bénéfique pour tous”. Ces défenseurs naïfs veulent nous convaincre “qu’un capitalisme à visage humain” est possible.

Ce qu’ils ne voient pas c’est que :

- le guide suprême du monde capitaliste, son moteur, c’est le profit.

- il n’y a pas une économie qui produirait pour les besoins humains et une autre guerrière. Il n’y a qu’une et une seule économie capitaliste dont chaque unité de production est en guerre contre les autres pour décrocher les meilleures conditions de réalisation de profit.

- paradoxalement, alors que le capital est basé sur l’exploitation de la force de travail, il se porte d’autant mieux qu’il sait se passer de bras … tout en exigeant de nous que nous soyons de parfaits petits soldats en ordre de marche pour servir de chair à travail … comme de chair à canon !

- les périodes qu’ils appellent “temps de paix” ne sont qu’un moment de la guerre permanente qui est menée contre nous.

- les traités de “paix” mettent sur papier le résultat d’un rapport de force gagné par les armes. La “paix” n’est qu’un grand cimetière. Le capital se repaît du sang des morts. Des cendres, jaillit le nouvel élan économique.

- la “paix” n’est qu’un moment d’un rapport de force construit sur notre soumission.

- ce qu’ils appellent la paix n’est qu’une mystification destinée à ne rien changer, à naturaliser notre condition d’exploités.

- la “paix” n’amène que de nouvelles périodes de guerre ouverte toujours plus destructrices.

- le profit capitaliste est en guerre contre tout le vivant : camelote, pollution et toxicité généralisées, multiplications des maladies dégénératives, bombardements de pesticides, herbicides qui détruisent faune et flore et rendent l’espèce humaine stérile, production de médicaments qui sont autant de petites bombes chimiques qu’on nous force à avaler et qui nous détruisent de l’intérieur, technologies qui nous passent aux rayons, vaccins qui détruisent notre système immunitaire, notre capacité de réponse.

- investir dans la “paix”, la recherche, le progrès c’est de toute façon investir dans la guerre.

Le secteur de la recherche militaire, directement soutenu par toutes les banques du monde, est au centre du progrès capitaliste, il stimule tous les autres secteurs de l’économie, c’est là que s’investissent en priorité les capitaux nécessaires à la valorisation. Les guerres sont nécessaires au contrôle des populations et génèrent des intérêts commerciaux incommensurables, les conflits armés sont indispensables au bon fonctionnement du capitalisme [voir la note en fin de texte]. Les budgets pharaoniques votés chaque année par tous les gouvernements, financés par toutes les banques du monde, alimentent, avant toute autre chose, la machine de guerre… économique.

La recherche, le développement sont d’abord et avant tout orientés vers la production d’armes et d’équipements de surveillance où tous les secteurs de l’économie sont impliqués. Tous suivent le mouvement général de la course au profit. Qu’il s’agisse de faire progresser les secteurs de l’industrie automobile, la sidérurgique, l’industrie chimique ou pharmaceutique, pétrolière, agroalimentaire mais aussi les secteurs écologiques, touristiques, éducatifs, ergonomiques ou médicaux,… ce qui importe c’est la rentabilité.

Tout le système économique repose sur ces entreprises, petites, moyennes et grandes qui sont chargées de fournir les pièces, parties de pièces, services qui vont permettre de le faire fonctionner. Toutes ces entreprises se disputent les marchés pour tenter de décrocher le gros lot qui leur permettra de se maintenir en haut du panier. Que cela soit avant, pendant ou après un conflit ouvert, les perspectives de profits sont prioritaires.

Les soi-disant séparations entre guerre et paix, industrie militaire ou civile, secteur scientifique, industriel et militaire sont ineptes. Ce ne sont que des fadaises développées et entretenues par la puissante idéologie “d’un possible capitalisme à visage humain”. Ceux qui ânonnent ces idioties ne veulent pas voir les choses en face : la recherche, la science, le progrès sont d’abord axés sur des applications militaires qui trouvent ensuite des débouchés dans le civil.

Quand l’industrie automobile produit des chars ou des voitures, quand l’aéronautique produit des bombardiers, des chasseurs, des fusées ou des transporteurs de troupes ou civils, c’est la guerre ou c’est la paix ?

Quand les systèmes de surveillance militaires envahissent les villes, quand le policier se transforme en robocop, quand le sans papier se noie en mer,… c’est la guerre ou c’est la paix ?

Quand les campagnes militaires s’avèrent être des opérations de police, (check points, rafles, généralisation des camps ou ghettos,... ), c’est la guerre ou c’est la paix ?

Quand les armes au laser déchirent les corps, quand la médecine lobotomise au laser, c’est la guerre ou c’est la paix ?

Quand les centrales nucléaires produisent des bombes atomiques, quand l’agroalimentaire irradie les aliments, c’est la guerre ou c’est la paix ?

Quand les systèmes de communication téléphonique militaires deviennent Internet, face book, c’est la guerre ou c’est la paix ?

Quand l’industrie chimique fabrique des pesticides, des médicaments ou des bombes, quand la bouffe devient toxique, quand la médecine nous empoisonne, quand les vaccins détruisent notre système immunitaire, quand les camisoles chimiques se généralisent pour contenir notre colère,… quand l’air devient irrespirable, c’est la guerre ou c’est la paix ?

Quand notre survie dépend uniquement du fait de trouver un travail dans ces entreprises qui sèment la mort,… c’est la guerre ou c’est la paix ?

La dépossession, la propriété privée, l’esclavage salarié,… la loi du profit,... Il n’y a aucun doute, c’est avant tout une guerre systématique menée scientifiquement contre nous et contre tout ce qui est vivant sur terre. Voilà le seul visage du capitalisme.

Il est impossible et illusoire de vouloir distinguer le militaire du civil, ce ne sont que les deux faces d’une même réalité, celle de notre exploitation quotidienne. Leur progrès n’a nullement pour but d’améliorer quoique se soit de notre quotidien. Le progrès c’est le progrès des armes, des instruments d’oppression, de surveillance, de répression,… Le progrès c’est le perfectionnement de l’exploitation de notre force de travail. Il n’est de système qui n’ait engendré avec autant d’ampleur les famines, les exils, les exterminations, le dénuement le plus total. Il n’est de système qui n’ait engendré de guerres aussi meurtrières.

Recherche, science et guerre se confondent et c’est toujours sous couvert d’applications pacifiques, de perspectives de santé publique, de lutte contre la faim dans le monde, de sécurité énergétique… qu’ils justifient leurs inventions mortelles. Dans cette logique là, il n’y a pas de place pour l’être humain. Quand les défenseurs du fric éthique nous disent que “la technologie n’est ni bonne ni mauvaise et que tout dépend de ce qu’on en fait” ils reprennent à leur compte (en banque) le mythe d’une science neutre et tentent de nous vendre une ultime tentative de sauvetage de leur monde moribond. Ces indécrottables croyants refusent une fois encore, de voir la catastrophe capitaliste qui est en marche.

Le capital ne lutte pas et n’a pas l’intention de lutter contre la faim, la misère, la pauvreté dans le monde,... Sa richesse ne peut s’accumuler qu’en développant la pauvreté. La guerre est un moteur indispensable à son bon fonctionnement. Le capital ne s’occupe de la misère que dans la mesure où la révolte contre celle-ci menace son existence. Il met alors en branle tout son arsenal : opérations militaires, plans de réforme sociale,... développement des contrôles et surveillances,... Il s’agit toujours de répression.

Mettre son fric dans une production propre ? Foutaise non ?!


Note

Les conflits militaires ont entre autres pour but la rentabilisation des investissements et la vérification de l’efficacité des nouvelles inventions militaires (bombes derniers modèles, drones de toutes tailles et tous usages tant pour surveiller que pour bombarder, harnachement dernier cri de soldats robotisés, nouveaux moyens de communication, véhicules blindés,…). Toutes ces inventions militaires ont leurs applications et leur rentabilité civile, non pour améliorer notre vie mais bien pour étendre la logique de guerre du profit contre l’humanité à tous les aspects de la vie. Les ondes radars dont les performances militaires ne sont plus à prouver deviennent fours à micro onde qui détruisent la bouffe que nous ingurgitons à la va-vite pendant la pause boulot. Le nucléaire dont les capacités de destruction ont fait leurs preuves, s’applique à la médecine. Les systèmes de surveillance militaires sont directement appliqués sur les populations civiles pour défendre la propriété privée.

Les pesticides, les nitrates, les herbicides et les engrais ont d’abord été des armes chimiques utilisées lors de conflits armés (défoliants, agent orange, napalm, explosifs,…). Il fallait écouler les stocks et l’agriculture constituait un marché à conquérir. Cela a permis de continuer à en produire et à en vendre et du même coup de rendre les agriculteurs plus dépendants, de déposséder toujours plus l’humanité de la terre et de tout moyen de vie. Les chars ont été convertis en tracteurs… Quand c’est nécessaire, toute l’industrie automobile est immédiatement convertible soit en production militaire soit en production “civile”. C’était la “révolution verte” de l’après 1939-’45 ! Vive le progrès !

Le capitalisme en crise oblige toutes les entreprises à rationaliser ; c’est dans ce sens que toutes les armées du monde ont dû saquer du personnel et réduire leurs infrastructures permanentes, ce qui a permis le développement exponentiel de la sous-traitance de la gestion des opérations de police partout sur la planète. Cette sous-traitance a pris les formes les plus diverses : le transport aérien, le déminage, la construction et la gestion des camps militaires, le transport des troupes et leurs équipements, la restauration des troupes et l’évacuation des morts, les missions de formation des militaires et des policiers, la collecte de renseignements, la protection rapprochée, la défense des entreprises et institutions, la sécurité maritime, le soutien médical. En 2008, 571 000 contrats ont été passés pour une valeur estimée à 165 milliards de dollars pour assurer ces missions de police. En 2010, on estime à 1300 les entreprises qui se partagent le gâteau de la machine de guerre.

Un exemple, la multinationale Sodexo : présente dans 80 pays et dont le capital en € est estimé à 15,3 milliards, qui emploie 380 000 personnes et qui, au nom du progrès social et de la diversité, s’est spécialisée dans la restauration collective (entreprises, écoles, services à domicile,…). En 2011, Sodexo a décroché un contrat de 670 millions d’€ pour alimenter 31 bases de la marine américaine ; elle est aussi présente sur 1168 sites de défenses et 119 prisons. Au nom de la défense des droits humains, de la lutte contre la faim et la malnutrition, Sodexo organise une fois par an une opération de collecte d’aliments appelée Servathon. Ces collectes sont redistribuées à 277 ONG. Depuis 2010, Sodexo fournit les entreprises en café issu du “commerce équitable” et du thé 100% bio pour la défense du “développement durable” et de l’environnement. Comme quoi le “commerce équitable” et le “développement durable” ne s’embarrassent pas de faire partie de l’infrastructure militaire.

Avant, pendant et après tout conflit militaire, tous les secteurs se bousculent au portillon pour profiter de l’aubaine. En Irak, c’est Burger King et Pizza Hut qui ont décroché les contrats pour alimenter les bases américaines, de même à Guantanamo Bay. En Irak encore, les caméras de surveillance ont été prises en charge par des entreprises anglaises, les clôtures et murs haute technologie l’ont été par des boîtes israéliennes, les préfabriqués par des entreprises canadiennes,… les assurances américaines ont empoché 60 milliards de dollars. Lorsque les USA ont fait transférer une partie des troupes d’Irak en Afghanistan, 150.000 sous-traitants sont restés sur place pour assurer la surveillance des chantiers de reconstruction et la protection des administrations officielles.

La pauvreté, un marché qui se révèle lucratif !

La course au profit s’immisce dans les moindres recoins de la planète, dans les moindres recoins de notre quotidien. Les capitaux courent après des espaces où réaliser des taux de profit toujours plus importants. Dans cette course toujours plus meurtrière, les places se vendent cher et de plus en plus cher. La concurrence acharnée voit de plus en plus de capitaux s’écrouler, d’entreprises fermer leurs portes. Les fusions retardent à peine l’effondrement de grands consortiums, les banques continuent à évoluer sur le fil du rasoir,…

Et voilà que des espaces de chasse jusqu’ici délaissés par les capitalistes attirent tout à coup leur avidité…. La pauvreté : un marché qui pourrait s’avérer bien plus rentable qu’il n’y paraissait !

L’entrée en scène de nouvelles solutions ! En 2000, Coimbatore K. Prahalad, un des stratèges d’entreprise les plus influents de la planète, dans un article intitulé “The fortune at the base of pyramid” (La fortune à la base de la pyramide), soutenait que les multinationales se devaient d’intégrer dans leurs cibles les quatre milliards de personnes vivant avec moins de 4 à 6 dollars par jour. Car si les marges sont faibles, le volume est tel que les opportunités de ce marché sont considérables. C.K. Prahalad avançait le chiffre d’affaire de 13 milliards de dollars. Aujourd’hui, les quatre milliards de prolétaires vivant de la sorte sont devenus une nouvelle catégorie économique simplement désignée par l’acronyme BoP (Base of Pyramid) et l’effet BoP est intégré au programme de la plupart des business schools. “Ces stratégies constituent de formidables laboratoires d’innovation pour les multinationales […]. Leur réussite repose sur la capacité des sociétés à tisser de nouveaux liens avec des opérateurs non traditionnels, publics ou associatifs. Elles font évoluer la frontière entre multinationales et organisations non gouvernementales (ONG) dont les relations ne se limitent plus à un transfert financier organisé dans une logique de mécénat. Il s’agit ici de co-création et d’alliance de compétences complémentaires.”

Extrait de Le Monde, Spécial économie solidaire, le 26 mai 2010

Sous le couvert d’ “aide au développement” ou d’ “aide humanitaire”, les ONG se voient confirmées et renforcées dans leur fonction de tête de pont des opérations économiques et militaires. (Les unes ne vont pas sans les autres). Rompues au contrôle des populations via, entre autres choses, la soumission aux programmes pharmaceutiques,… les ONG offre aux multinationales une connaissance du terrain qui va leur permettre de pénétrer et envahir le marché BoP avec d’autant plus d’efficacité.

“Tisser de nouvelles alliances sociales”. Les multinationales vont utiliser au mieux les compétences des ONG pour développer de nouveaux mécanismes qui fonderont “le futur modèle économique”.

L’exposition de sieur Prahalad est claire, le profit est et reste au centre de toute stratégie économique, l’humain, un accessoire. Paradoxalement et aussi grossier que cela puisse paraître, ceux qui essaient de nous vendre l’effet BoP ne manquent pas d’affirmer que : De telles stratégies permettraient de lutter contre la pauvreté ! La guerre se fait toujours au nom de la paix !

Le binôme Banque mondiale / ONG est à cet égard très parlant. Déjà dans les années 1970, Robert McNamara [7] alors président de la Banque mondiale, rencontre en John Turner l’architecte capable de donner un nouveau cours à l’expansion critique des bidonvilles. Celui-ci fasciné par le génie créatif des occupants des bidonvilles, fait abandonner l’idée d’en reloger les occupants et propose de “viabiliser” les bidonvilles. La réduction drastique des budgets alloués à la construction d’habitats à loyers modérés (hlm) ne pouvait que séduire les gouvernements. Il faut aider les pauvres à s’aider eux-mêmes, ça revient moins cher ! Voilà le projet qu’allait parrainer le Département du développement urbain de la Banque mondiale. Sur cette lancée, en 1990, Hernando de Soto, homme d’affaire Péruvien, affirme que les habitants des bidonvilles sont en fait riches mais qu’ils ne peuvent faire valoir cette richesse étant donné qu’ils n’ont aucun acte légal de propriété. Selon lui le seul fait d’officialiser ces droits créerait instantanément une énorme masse de capital foncier, pour un coût très faible. Il affirme qu’il y a un profit énorme à en retirer. Il parle en billions dollars. Et en plus ce serait intégrer tous ces illégaux dans l’assiette fiscale !

En pratique, l’octroi de titres de propriété exclut définitivement ceux qui n’ont pas les moyens de payer les coûts supplémentaires, de toute possibilité de logement. La légalisation crée l’obligation de payer des taxes pour les uns, un loyer pour les autres. Dans la majorité des cas les propriétaires se voient rapidement obligés de vendre et cela fait monter les prix. Les loyers augmentant, les locataires se voient obligés de se replier sur des logements plus petits et bien plus insalubres qu’auparavant. Le résultat est que la plupart des prolétaires émigrent vers d’autres terrains plus éloignés et non encore occupés. De plus l’éloignement du centre ville entraîne des coûts prohibitifs en déplacements qui se font de plus en plus longs et prennent de plus en plus de temps. Par l’installation d’égouts, d’arrivées d’eau et d’électricité ceux qui ont raflé les terrains font flamber les prix et les prolétaires se voient définitivement exclus du quartier. Voilà comment en échange d’un acte d’écriture, le capital reprend possession d’un espace qu’il ne contrôlait plus. Il a premièrement installé un clivage en faisant naître des intérêts différents entre les ayant droit et les exclus, deuxièmement créé un appauvrissement encore plus grand ; et troisièmement, expulsé en ordre dispersé ceux qui jusque là empêchaient la valorisation de ce capital foncier.

Tout simplement expulser les habitants des bidonvilles robot cops & bulldozer à l’appui, c’était courir le risque de se retrouver face à des rangs de prolétaires soudés défendant leurs habitats avec acharnement.

Rendre un certain nombre d’occupants propriétaires de leur logement -aussi minable soit-il- est un moyen sûr pour individualiser ce qui aurait pu faire l’objet d’un combat plus collectif. Au cœur de ce processus, les ONG sans lesquelles l’adhésion à ce type de plan ne pourrait pas se faire. Les ONG qui font miroiter aux habitants des bidonvilles que cette régularisation leur apporterait un mieux être, les ONG qui organisent le recensement de la population, font les expertises du terrain, étudient les dossiers cas par cas, individualisent le problème et décident de qui y aura droit et qui devra s’exiler plus loin encore. Voilà pourquoi les ONG sont devenues les partenaires indispensables des grandes institutions internationales telles la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement, le Département britannique pour le développement international, la Fondation Ford ou encore la Fondation allemande Friedrich Ebert.

En bref, associées dans la prétendue stratégie de réduction de la pauvreté de la Banque mondiale et parrainées par celle-ci, les ONG se sont révélées de très efficaces gestionnaires des plans d’expulsion. Elles assument la fonction de soupapes de sécurité indispensables au démantèlement des quartiers prolétaires illégaux. Elles font barrage à l’explosion brutale de la colère.

“Les ONG n’ont de cesse de subvertir, désinformer et démoraliser les gens afin qu’ils se tiennent à l’écart de toute lutte de classe. Elles adoptent et propagent la pratique qui consiste à mendier des faveurs en s’appuyant sur la pitié et l’humanitarisme […]. Concrètement, ces agences et ces organismes interviennent systématiquement pour s’opposer à la voie émeutière […] en focalisant [l’attention] sur des problèmes purement locaux et en empêchant ainsi les gens de faire clairement la distinction entre leurs ennemis et leurs amis.”

P.-K. Das Manifesto of a housing activist cité par Mike Davis in Le pire des mondes possibles

A Manille, aux Philippines, l’achat de terrain et la régularisation des titres de propriété ont donné naissance à une concurrence acharnée entre des individus naguère membres d’une même association de squatters.

“La tâche qui consistait à déterminer la valeur sociale des terrains, à le faire accepter par ses membres et, au bout du compte, à expulser ceux qui se révèlent incapables de la payer, ou qui refusent de le faire, est une épreuve cruelle pour toutes les associations locales. L’époque à laquelle le K.-B. [association de squatters] pouvait être pris pour l’un des rouages d’un ‘mouvement social’ contre le système est définitivement révolue. Maintenant qu’ils sont devenus propriétaires, les leaders du K.-B. jugent leur alliance avec d’autres organisations de squatters obsolète et développent au contraire leurs liens avec les institutions gouvernementales.”

Erhard Brerner, Defending a place cité par Mike Davis in Le pire des mondes possibles

L’impact général des ONG est la déradicalisation et l’émiettement des mouvements de résistance à l’appauvrissement toujours plus profond. Voilà, en résumé, l’œuvre des ONG : briser les pratiques de résistance collective et permettrent aux magnats de l’immobilier de réinvestir les bidonvilles avec une puissance redoublée. Des billions de dollars ? Oui ! Une réduction de la pauvreté ? Non ! Au contraire.

Une des conséquences directe de ce type de politique est l’augmentation faramineuse des prix du terrain et des loyers dans les bidonvilles. Les taudis surpeuplés et mal entretenus sont souvent plus rentables au mètre carré que les autres types d’investissement immobilier. Au Brésil, des chercheurs d’ONU Habitat ont été surpris de découvrir que les loyers dans les cortiços [8] sont environ 90% plus chers que le marché officiel. A Bombay, en Inde, les habitants des bidonvilles paient l’eau trente cinq fois plus cher que les habitants des quartiers résidentiels. Dans les bidonvilles de Kumasi, au Ghana, où des latrines payantes ont été installées, y déféquer, revient moyennement à 10 % du salaire par personne [9]..

Devenir petit propriétaire d’un bout de terrain, emprunter pour acheter des matériaux de construction… ouvrir un petit magasin qui vend l’huile au dl, les cigarettes à la pièce, la poudre à lessiver par 20 gr.,… plus largement il s’agit d’amener ces prolétaires dans le circuit de la micro entreprise. Jusqu’alors, les prolétaires ne pouvaient qu’exceptionnellement satisfaire les critères d’accès à des aides financières. Mais il semble que le vieil adage “On ne prête qu’aux riches” soit soudain remis en question.

Ce que visent les stratèges bourgeois, c’est le marché potentiel que représente le créneau de l’endettement ! Qu’il vive à Paris ou à Dakar, à Pékin ou à Jakarta, au Bengladesh ou au Venezuela, au Sud ou au Nord,… le prolétaire se voit solliciter par des formules miracles de crédit.

“Les pauvres sont de très bons emprunteurs, très disciplinés […] de toute façon c’est la chance de leur vie. Ils croient qu’en étant de bons emprunteurs ils vont améliorer leur situation économique […] Il faut encourager les fonds privés dans ce secteur[…] Le marché est énorme, rentable […] plus le revenu des gens augmente plus ils s’endettent […] De toute façon, il restera toujours assez de pauvres.”

Déclaration, ô combien éloquente d’Alok Prasad, directeur commercial de la City Bank en Inde, dont le slogan est “Votre argent peut changer le monde” !!!

Micro crédit, macro arnaque

“Le micro-crédit : l’entrepreunariat social dont l’objectif est de replacer l’homme au centre de l’économie”. Face à la difficulté croissante pour les capitalistes de réaliser du profit, l’intérêt pour les outils d’ “économie solidaire” a redoublé ! “Tout a commencé en 1974, lorsque M. Muhammad Yunus, professeur d’économie à l’université de Chittagong, au Bangladesh, constata que […] En prêtant 27 dollars à des paysans très pauvres d’un village des environs de Jorba, il arracha 42 familles des mains des usuriers. Les prêts furent tous remboursés à partir de 1976. Le concept de micro crédit était né.”

Extrait de Le Monde Diplomatique, avril 1999

En 1983, Muhammad Yunus fonde sa propre banque spécialisée dans les micro crédits en milieu rural, la Grameen Bank (du mot gram qui signifie village) aussitôt présente dans 37.000 localités. En 1995, ses prêts cumulés atteignaient, l’équivalent d’un milliard de dollars.

Il sera encensé par la bourgeoisie mondiale pour son “action bienfaitrice envers les pauvres”. On le qualifiera de “banquier aux pieds nus”, de “banquier des pauvres” et recevra en 2006 le prix Nobel de la paix.

Aujourd’hui, la légende raconte qu’avec 27 dollars Yunus a sorti de la misère des millions de personnes au Bengladesh. Il aurait donc fait mieux que Jésus avec sa fameuse multiplication des pains ! Yunus s’appelle lui-même le “prêteur d’espoir”. Alors qu’aucune banque ne voulait financer son projet, il affirmait qu’il fallait “faire confiance aux pauvres” et à leur “immense potentiel inexploité”, que “ce n’est pas l’argent qui sauve mais la confiance et la solidarité, la fraternité”, “la confiance et la compassion nécessaire à l’avènement d’un monde plus juste”. Amen !

“La micro-finance va définitivement régler le problème de la pauvreté urbaine, qu’elle va sortir de l’enclavement les populations rurales”. “Des programmes liés aux micros crédits sont à l’étude dans différentes régions pour tenter d’empêcher les exodes massifs des campagnes vers les villes”. Yunus “veut contribuer à changer les structures du capitalisme” ; pour lui “l’éradication de la misère est une question de volonté”. Voilà pour la version biblique.

Plus prosaïquement, Yunus se défend de faire la charité. Il vante les mérites de “l’immense potentiel inexploité” que représente la pauvreté et met tout en œuvre pour “dégager de solides profits en aidant les pauvres” [10]. L’affaire est rentable ! Le taux de remboursement est de 97 à 99% ! Ce qui est extraordinairement élevé ! En créant sa propre banque, Yunus a prouvé au monde que les pauvres sont rentables. Les rapaces de la finance se sont alors jetés sur la bonne affaire.

En 1997, à New York, s’est tenu un sommet reconnaissant que les micros-crédits “se sont avérés être le mécanisme d’assistance au développement qui donne le meilleur retour sur l’investissement”. C’est alors que la bourgeoisie mondiale s’est sérieusement intéressée à la question et a commencé à développer les mêmes projets un peu partout.

En 1998, une banque “communautaire” naît dans une favela brésilienne, au Conjunto Palmeiras, un bidonville environnant Fortaleza. Cette banque, nommée Palmas, a pour objectif de “relocaliser l’économie”, de “générer de la richesse sur place”, de “développer production et consommation locales”, au moyen d’une monnaie sociale, le palmas, à parité avec la monnaie nationale, le real (reis au pluriel). Pour ce faire cette banque propose des micro-crédits à la production à des taux faibles (de 1,5 à 3%) et à la consommation au taux zéro. Depuis des petites entreprises, coopérative de couturières, fabrique de produits d’entretien, épiceries, pousada (auberge), agence de tourisme,… se sont implantées dans le quartier et 93 % des achats des ménages se font désormais dans ce quartier.

De cette expérience il est dit qu’elle a permis à de nombreuses personnes d’améliorer leurs conditions de vie.

Ce qui nettement moins mis en évidence, c’est que c’est que cette banque est née dans une favela née de l’expulsion, en 1973, de 1500 familles de la région côtière parce que les autorités avaient décidé d’y faire construire de grands hôtels. Ces prolétaires furent relogés de force dans une cuvette avoisinant le Monte de Lixao, (la Montagne d’Ordures) et condamnés à vivre des maigres revenus apportés par la récupération de déchets. De la résistance à ces conditions de vie est née, en 1981, l’Association des habitants de Palmeiras.

Pour contrecarrer le développement des luttes des “sans terre” [11] et autres exclus, rejetés dans des conditions de survie tout à fait misérables, sont nés des programmes gouvernementaux de coopération,… d’accès au crédit ! C’est l’archevêché de Fortaleza qui envoie, en 1984, le séminariste Joaquim Melo, le futur fondateur de la banque “communautaire”, déjouer le danger de subversion et y substituer une dynamique de relance économique.

En 2001 en Argentine, la généralisation du credito, monnaie établie à partir du développement des réseaux de troc, en fait une monnaie reconnue, et sa parité avec le peso, monnaie nationale officielle, a fait que des prolétaires qui ne payaient plus leurs impôts les paient à nouveau.

En 2003, l’institut Palmas diffuse ses méthodes à d’autres quartiers pauvres du Brésil où 51 banques semblables ont été créées, chacune ayant sa propre monnaie en parité avec la monnaie officielle.

En 2005, la banque Palmas noue un partenariat avec o Banco do Brasil (la Banque du Brésil).

En 2006, l’institut Palmas conclut un accord avec le Venezuela où 3.600 établissements similaires ont été ouverts.

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Empêcher le développement des révoltes classe contre classe et développer des politiques de réformes pour endiguer tout mouvement d’affrontement à l’Etat, voilà l’objectif de ces mesures d’aménagement des quartiers, plans de relogement, développement de petites entreprises. Faire croire que chacun peut trouver son bonheur dans le monde du profit, qu’il y aurait moyen de viser la rentabilité sociale plutôt que financière.

Finis les pauvres à charge des pouvoirs publics, écarté le danger d’explosion sociale, mis sous cloche le caractère subversif de la pauvreté. Le micro-crédit va révéler en chacun de nous la fibre entrepreneuriale. La pauvreté va générer du business !

Stimuler la liberté d’entreprise, un des piliers de l’ordre capitaliste. L’objectif de la bourgeoisie est bien celui-là : mettre en valeur l’individu libre de se vendre contre un salaire de misère, réduire l’être humain à un atome de capital, une unité BoP, un potentiel de réalisation d’un meilleur taux de profit.

Le résultat immédiat du micro crédit est un appauvrissement encore plus profond. Le Bengladesh et la Bolivie, deux pays reconnus par les économistes comme ayant les programmes de micro crédit les plus réussis du monde, restent “étonnamment” deux pays où la pauvreté ne cesse de se développer !

Si la publicité pour le micro crédit se base évidemment sur quelques cas de réussite sociale, la plupart du temps, les souscripteurs ne s’en sortent pas [12]. Le micro crédit emporte les emprunteurs dans une spirale d’endettement qui les rend bien plus dépendants qu’ils ne l’étaient auparavant. Ils empruntent pour rembourser les emprunts précédents et, d’emprunts en emprunts, ils se trouvent chaque fois plus coincés dans une urgence de faire de l’argent.

Concrètement cela précipite la plupart d’entre eux dans une situation bien plus dramatique que précédemment et de plus cela crée des clivages supplémentaires entre ceux qui ont “réussi” et les autres rendus encore plus misérables. L’État enfonce un peu plus les uns et compte sur les autres pour constituer une couche d’interlocuteurs sociaux capables de tempérer les conflits. Le capital a ainsi aiguisé la concurrence entre prolétaires, renforcé les divisions.

Concrètement, cela veut dire que les habitudes d’entraide et de résistance ont tendance à être supplantées par des relations marchandes ; que là où existaient des amis, existent maintenant des clients ; que là où existaient des frères de classe existent maintenant des concurrents. L’argent s’immisce plus profondément dans les relations, brise les liens et positionne chacun comme individu citoyen face à l’État.

Avec le développement du micro crédit, à tous les niveaux, le capital gagne. Il a accru l’appauvrissement, la dépendance, l’isolement et la vulnérabilité.

L’entrepreneuriat social défait les solidarités prolétariennes et les remplace par la guerre de chacun contre tous. Il en résulte pour chacun un plus grand asservissement au monde de l’argent.

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Mais des prolétaires ayant rapidement identifié le micro crédit comme une nouvelle et insidieuse attaque de leurs conditions de vie ont réagi et se sont organisés pour en refuser sa propagation.

- Au Sénégal, face à l’adversité du monde de l’argent, il a longtemps déjà, s’est développée une pratique d’entraide appelée la tontine. Un petit groupe de personnes constituent une cagnotte. Chacun y met une même somme d’argent. Une des personnes, tirée au sort ou après discussion sur les besoins les plus pressants, repart avec la cagnotte pour faire face à une dépense particulière. Au tour suivant, la cagnotte à nouveau constituée, c’est à une autre personne de bénéficier du montant réuni. Cela revient à une avance, un prêt, mais dont le remboursement se fait sans aucun intérêt. Il est basé sur un engagement à faire de même pour chacun, sur un rapport de confiance. Mais le micro crédit est venu supplanter ces pratiques, casser ces rapports de confiance, d’entraide, de prise en charge collective. Au Sénégal, des femmes se sont révoltées contre les ravages du micro crédit jetant au rebut l’ancienne pratique la tontine.

Cette plus grande séparation est évidemment présentée comme une façon de ne plus dépendre des autres, comme une liberté. Celui qui, individuellement, souscrit à un micro-crédit est défait des liens de solidarité qui l’attachaient à ses consorts, oui ! Il en est libéré ! Le résultat : il se retrouve seul face à une force d’autant plus oppressante qu’il s’agit de l’Etat qui n’a, lui, aucun scrupule, en cas de non remboursement, à obliger les prolétaires à accepter des conditions de travail d’autant plus infamantes. La dépendance vis-à-vis du travail est accrue, la force de résistance est diminuée !

- En Inde :

“Toutes nos enquêtes montrent que 90% de la population d’Andhra Pradesh en Inde est endettée et ne survit qu’en passant d’un crédit à l’autre. Les familles prennent du crédit auprès des IMF non parce qu’elles ont ‘confiance’ mais parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement. Elles remboursent à 100% non par ’confiance’ mais parce qu’elles ont besoin de renouveler leur crédit pour vivre.”

Le Monde du 13 décembre 2010

En Inde encore, la pression et la brutalité des agents des Institutions de Micro Finance ont été telles qu’elles ont poussé leurs clients à prostituer leurs enfants ou à se suicider pour rembourser leurs dettes, parce qu’au préalable, les IMF obligent leurs clients à souscrire une assurance s’engageant à rembourser les dettes impayées de leurs clients en cas de décès !

Alors que l’Andhra Pradesh subissait des inondations, les premiers à revenir sur place étaient les vautours des IMF exigeant les versements mensuels alors que les personnes concernées avaient tout perdu.

Mais en Inde aussi :

“En 2010, des paysans surendettés, dans l’Andhra Pradesh, ont refusé de rembourser leurs emprunts et s’en sont violemment pris aux organismes de microfinance. [… ] Le leader indien, SKS Microfinance, dont l’introduction en bourse en août 2010 avait été couronnée de succès, a subi de plein fouet cette crise. L’entreprise […] doit faire face à des défauts de paiement en cascade […]”

Le Monde du 3 juin 2011

- Au Bengladesh, au pays-même de la Grameen Bank, Nigera Kori, une association regroupant plusieurs centaines de milliers de membres, refuse tant le micro crédit que les conditions imposées par les usuriers. Cette association développe un réseau d’entraide se rapprochant de la pratique de la tontine au Sénégal –mise à disposition collective d’une somme d’argent sans remboursement ni intérêt– et organise notamment la résistance contre les expropriations intentées par les entreprises d’élevage de crevettes qui ravagent la région.

– Ailleurs encore, là où les emprunts cumulés se sont développés de manière exponentielle partout où le micro crédit s’est implanté, des prolétaires ont réagi autrement que par le suicide : des mouvements massifs de refus de remboursement ont surgi un peu partout : en Bolivie en 2000, dans l’Andhra Pradesh depuis 2006 et, plus récemment, au Nicaragua, au Pakistan, au Maroc et en Bosnie Herzégovine [13]

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L’année 2005 fut décrétée année internationale du micro-crédit. L’ONU et la Banque Mondiale consacrent le micro-crédit comme panacée universelle de la lutte contre la pauvreté. Le règne des IMF (Instituts de MicroFinance) est lancé.

En 2007, l’IMF mexicaine Compartamos est cotée en bourse et le cours des titres engagés est multiplié par quatorze.

Le marché BoP est le nouveau tremplin boursier. Des sociétés comme SEIL Microfinance et Capital Trust ont vu leurs cours boursiers augmenter respectivement de 494 et 618 % en 2009.

En 2010, l’institution indienne de microfinance, SKS Microfinance, fait état, dans un rapport annuel, d’une croissance exceptionnelle : 6,9 millions de clients contre 200.000 en 2005 [14]. Sa prétendue mission : “éradiquer la pauvreté”. L’affaire marche si bien qu’elle introduit en juillet 2010, 22% de son capital à la Bourse de Bombay où elle espère lever jusqu’à 354 millions de dollars. En cinq ans, celle qui, au départ, était une petite ONG, est devenue un mastodonte de la microfinance.

Au départ snobées par les grandes institutions de la finance, les IMF ont le vent en poupe. Les promesses de rentabilité ont fait leur preuve. Les requins de la finance ne pouvaient pas laisser passer l’appât. Avec des taux de remboursement moyens de 99 % et des taux d’intérêt qui oscillent autour de 35 % mais grimpant parfois jusque 100 %, les organismes de microfinance accumulent d’énormes bénéfices.

Plus les prolétaires sont pauvres et plus le quartier dans lequel ils habitent fait preuve d’instabilité sociale, plus élevés sont les taux de remboursement. A Haïti, les taux varient de 24 à 60 % l’an, augmentés des frais d’ouverture de dossier et de consultation et de 2% de pénalité par jour de retard. Officiellement ces taux sont justifiés par les frais de gestion de dossiers. C’est plus cher de prêter 10 euros à 10.000 personnes que 100.000 euros à une personne, disent-ils alors que la réalité montrent que les taux de recouvrement frôlent les 100% ! Il existe effectivement des frais de déplacement du fonctionnaire payé pour récupérer l’argent, des frais pour assurer sa sécurité,... mais il s’agit avant tout de faire payer à l’avance aux prolétaires le risque qu’un jour, ils ne pourront plus payer, qu’un jour ils s’insurgeront contre ces pratiques qui leur mettent la corde au cou et qu’ils réagiront violemment contre cette nouvelle offensive du capital.

En Inde, les taux d’intérêt auxquels les femmes prolétaires contractent des microcrédits varient entre 24 et 36% alors qu’une bourgeoise peut financer l’achat d’une Mercedes à un taux de 6 à 8%.

Aujourd’hui les programmes de micros crédits se développent de manière exponentielle sur toute la planète, du Nord au Sud, d’Est en Ouest. S’ils sont nés dans les pays tels que Bengladesh, Inde, Maroc, Ouganda, Colombie, Haïti… ils se développent aussi en Europe et aux USA. L’accroissement est en moyenne de 25% chaque année.

Aujourd’hui, des centaines de millions de personnes dépendent des micros crédits et la perspective d’y soumettre les quatre milliards de personnes officiellement recensées comme vivant sous le seuil de pauvreté, reste une donnée alléchante pour toutes les banques en mal de refinancement.

Les promoteurs des micros crédits sont les “banques éthiques”, les “crédits solidaires”, les “banques sociales”, les “aides au développement”,… des dizaines de milliers d’agences se sont constituées pour servir d’entremetteurs entre les grandes institutions financières et les gestionnaires reconnus de la misère, les ONG. Celles-ci sont réputées pour leur capacité à casser les luttes contre la misère, à briser l’union des prolétaires en lutte en faisant de leurs problèmes des cas particuliers, à éparpiller les énergies prolétariennes par la multiplication d’objectifs partiels et portés sur le terrain du droit. De petites ONG se sont ainsi vues devenir de grandes firmes, avec des sièges comptant des milliers d’employés, des tas d’instances décisionnelles,… des subventions venant principalement alimenter leurs propres ronron bureaucratique. Elles ont fait fortune ! Et elles sont reconnues pour leur génie à développer des rapports de dépendance, de soumission et de résignation.

Comme exemplifié ci-avant, dans les bidonvilles ce sont ces organisations qui divisent les mouvements de résistance contre les expulsions, en rétablissant le droit à la propriété privée notamment via l’octroi de micros crédits, et laissant les autres sur le pavé.

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Mais à nouveau, c’est sans tenir compte de la lutte de classe.

En 2008 des émeutes ont éclaté simultanément dans plus de 30 pays. L’élément déclencheur : des hausses de prix de denrées alimentaires de base dont les céréales. Cette simultanéité en fait un moment particulièrement saillant dans l’histoire récente des luttes. Elle exprime la communauté de lutte du prolétariat à travers le monde, au-delà des frontières nationales et indépendamment des types de gouvernement. Et c’est bien cela qui fait peur aux bourgeois. Le développement de la misère augure le développement de mouvements insurrectionnels. Pour tenter d’inverser ce mouvement, il leur faut non seulement donner de l’espoir (même s’il est totalement illusoire) à tous les gueux de la terre mais surtout les enchaîner un par un à leurs petits titres de propriété, à leurs crédits, à leurs dettes. L’espoir de la Banque mondiale est de trouver dans la micro entreprise un dérivatif aux inévitables explosions sociales.

Ceux qui prétendent que les notions de profit et solidarité pourraient cesser de s’opposer et devenir complémentaires sont sans cesse contredits par la réalité : la réalisation de profit implique irréversiblement aggravation des conditions de vie, négation toujours plus violente des besoins humains. A moins qu’ils ne parlent que de solidarité entre entreprises, pouvoirs publics, ONG, banques,… c’est-à-dire de la solidarité entre bourgeois cherchant à rendre plus performant le système d’exploitation de la force de travail !

Opposons leur notre solidarité de classe.

A bas la micro comme la macro entreprise, à bas l’économie.

Sus aux ONG qui tentent de nous enchaîner toujours plus solidement à l’esclavage salarié.

Toutes les banques, tous les gouvernements, toutes les ONG sont contre nous.

Unissons nos forces par-delà les frontières.

La grande escroquerie du troc

Des émeutes du printemps 1989 qui ont touché la plupart des grandes villes, à la généralisation des barrages de routes (menés par les “piqueteros”), grèves et pillages en décembre 2001,... toutes ces années de lutte ont fortement secoué l’Argentine. La retombée de la lutte a aussi charrié son lot de tendances à confondre ce qui était attaque de la propriété bourgeoise avec projets de gestion de la misère quotidienne. Du blocage de la production à la reprise en main de la gestion de certaines entreprises,... certains en ont conclu que l’Argentine était devenue une sorte de laboratoire d’expériences d’ “économie alternative”, fondée sur le “développement durable”, soucieuse des “ressources énergétiques”,…. Ce baratin “altermondialiste” a rencontré une large audience et a donné lieu à toute une série de conférences, forums (à l’instar de celui de Porto Alegre qui s’est tenu en 2001), films, livres, journaux… En règle générale, tous présentent comme un formidable aboutissement ce qui n’est rien d’autre que la liquidation de ce qui avait fait la force des luttes. C’est dans ce contexte aussi qu’il faut replacer le développement qu’a pu prendre “la grande escroquerie du troc”.

Un peu d’histoire… argentine

En 1995, dans le village de Bernal, situé à 30 km au sud de Buenos Aires, une vingtaine de voisins se retrouvent tous les samedis et forment un club de troc (club de trueque). Le principe en est simple : chaque membre doit être producteur et consommateur à la fois ; un nouveau terme naît : el “prosumidore” (le “prosommateur”). S’y échangent des biens (aliments, vêtements,…) et des services (dentisterie, carrosserie, réparations en tout genre,…) sans passer par la monnaie officielle (le peso). Un pacte de réciprocité engage les “prosommateurs”. A la petite échelle de Bernal, tout le monde se connaît, la confiance règne et un cahier où sont notés les échanges suffit. Mais ceux-ci deviennent de plus en plus nombreux et, s’élargissant à d’autres localités, de plus en plus impersonnels. S’impose alors la nécessité de faire les transactions à l’aide de “creditos”. Au départ, chaque membre reçoit des éditions PAR (Programme d’Autosuffisance Régional), 50 “creditos”, qui lui serviront à échanger des produits ou services. Ce “credito” est imprimé avec de l’encre verte sur du papier infalsifiable, avec filigrane et logo… comme le bon vieux peso ! Sous la pression de madame la misère dans ce pays où le revenu minimum, les assurances chômage, les allocations familiales n’existent pas, les réseaux vont se développer très rapidement, à un point tel qu’à un moment donné le PAR qui ne récupère aucun “credito” n’a plus les moyens d’en imprimer. D’où l’initiative de vendre une lettre d’information sur le réseau de troc (remise avec des “creditos”) contre des pesos, qui permette d’acheter le fameux papier infalsifiable. Cette lettre, médiatisée, va encore démultiplier des clubs de troc qui, désormais, s’appellent “nodos” (nœuds).

En 1997, il y a 600 “prosommateurs” engagés dans ces réseaux. En 1998, il y a 120 clubs et 60.000 membres dans tout le pays. Cette année-là, le gouvernement de la ville de Buenos Aires soutient officiellement le réseau de troc, par l’établissement d’un “programme d’appui au troc multiréciproque”. Depuis, la ville de Buenos-Aires a appuyé la rencontre annuelle du réseau qui, en 1998 [15], a accueilli 10.000 personnes. Au fil des ans, les réseaux s’étendent à toute l’Argentine. En 1999, il y a 200 “nodos” et l’on apprend que trente habitants de cinq quartiers de la ville de Plottier (Neuquen, dans le sud du pays) qui n’arrivaient pas à payer leurs impôts municipaux, les paient désormais en briques, en produits de boulangerie, en réparations de voitures ; du moment que les impôts sont payés ! En 2000, il existe 400 nœuds et 400.000 membres. Fin 2001, le secrétariat des petites et moyennes entreprises apporte un soutien logistique pour organiser de grandes foires et pour aider à la formation de nouveaux réseaux de troc. Des entreprises au bord de la faillite écoulent leurs stocks de pain, de chaussettes,… qui sont échangées contre des services (plomberie, mécanique,…) ou contre des “creditos” pour payer les salariés. Le Réseau global accorde des crédits en “creditos” à des PME (petites et moyennes entreprises) en difficulté. En 2001, en quelques mois le nombre de troqueurs passe à 2,5 millions et début 2002, il y a 5.000 nœuds et selon certaines estimations le nombre de troqueurs est allé jusqu’à 6 millions. Le mouvement continue et des “megaferias”, foires géantes du troc, réunissent plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Le “credito” devient une monnaie reconnue : “dans certaines villes, on peut désormais payer ses impôts en ‘creditos’. Des médecins, des dentistes acceptent, dans leur cabinet privé, d’être payés en ‘creditos’, d’autres consultent directement dans les ‘nodos’. Des propriétés foncières et même des voitures se vendent en ‘creditos’. Les représentants du Réseau global signent aussi des accords avec des entreprises de transport et des hôtels qui acceptent des paiements en ‘creditos’. Des agences de voyage proposent désormais des vacances réglables en bons de troc”.

Mais le “credito” devenant une monnaie reconnue au même titre que le peso, il commence à connaître les mêmes soucis qu’a connus le peso : inflation, déflation, perte de confiance, fausse monnaie (environ 40 % des circulants, un demi-milliard de “creditos”),… et aussi l’enrichissement de quelques spéculateurs. En novembre 2002, 40 % des nœuds sont fermés et à la fin 2002, 90 % des membres ont quitté le réseau. En 2003, quatre nœuds sur cinq ont disparu.

Le mythe et la réalité

La “déclaration de principes du Réseau global du troc” publiée en 1998 parle de “construire des pratiques économiques […] à contre-courant du système capitaliste […] de forger de nouveaux liens sociaux […] pour créer un ordre social plus juste, démocratique et équitable”,…

D’autres extraits pris ci et là, nous disent : “pour nous réaliser comme êtres humains nous n’avons pas besoin d’être conditionnés par l’argent […]. Nous ne cherchons pas à faire la promotion d’articles ou de services mais à nous aider mutuellement pour améliorer notre vie, grâce au travail, la compréhension et l’échange juste […]. Nous soutenons qu’il est possible de remplacer la concurrence stérile, le profit et la spéculation par des relations de réciprocité entre les personnes […]. Nous croyons que nos actes, produits et services peuvent répondre à des normes éthiques et écologiques avant de répondre aux lois du marché, à la surconsommation et à la recherche de bénéfices à court terme…”.

Qu’en est-il en réalité ?

Il y a une formulation dans laquelle nous pouvons plus ou moins nous reconnaître, c’est la suivante : “pour nous réaliser comme êtres humains nous n’avons pas besoin d’être conditionnés par l’argent”. Mais si nous voulons un monde qui ne soit pas conditionné par l’argent, il nous faut aussi reconsidérer les autres catégories qui font partie de ce monde : les relations marchandes, l’économie, le travail, la concurrence,... De ce souhait de se défaire de l’omnipotence de l’argent, les conclusions ne sont pas tirées. Comment remettre en question l’argent sans remettre en question ce qui l’a fait surgir : l’échange donnant lui-même lieu à la généralisation de l’échange, lui-même ayant fait surgir le besoin de moyens d’échange, de marchandises dans lesquelles toutes les autres pouvaient être reconnues et comparées,... et en dernière instance la monnaie. De l’échange occasionnel à la carte de crédit, le processus a pris des dizaines de milliers d’années, mais il domine aujourd’hui la planète entière et a transformé toute relation en relation marchande, toute activité en travail, toute chose en marchandise,... Les êtres humains n’existent plus qu’en tant qu’unités de production concurrentes qui n’entrent en relation que par le biais du marché. Tout est régi par la nécessité de produire pour vendre. C’est le développement de l’économie marchande qui créé la division du travail, les classes sociales, l’État. C’est la nécessité de réaliser la valeur incluse dans toute marchandise qui fait des rapports de production, des rapports d’exploitation d’une classe par une autre.

Le système capitaliste est un tout cohérent et il est complètement illusoire de penser qu’il pourrait abandonner son intrinsèque voracité et œuvrer au bien-être humain à l’aide de quelques réformes, de chartes éthiques,... bref, de bonnes intentions. C’est à nouveau mettre la responsabilité du développement de la misère sur le dos de quelques spéculateurs, personnes mal intentionnées, individus avides de profit, gouvernements “corrompus”. C’est à nouveau en rester à la surface des choses et ne pas toucher aux fondements, aux réelles causes.

L’expérience argentine brièvement décrite ci-dessus montre clairement que le troc ne révolutionne rien du tout ; il ne sert finalement qu’à redynamiser des secteurs de la production et de la distribution qui étaient abandonnés parce qu’insuffisamment rentables. L’illusion de construire quelque chose de nouveau, dégage pour un temps de nouvelles énergies largement basées sur le bénévolat. Il est important de remarquer que cette force de travail non payée rencontre tout à fait les besoins du capital de faire toujours plus l’économie de salaires. Il dispose ici en plus de l’adhésion volontaire des prolétaires bien décidés à relever les manches pour un projet qu’ils considèrent leur. Mais la confrontation à la dure réalité de l’économie fait tomber les masques et que reste-t-il de cet élan qui se voulait radical ?

Certains promoteurs des réseaux de troc se font plus explicitement défenseurs de la prosaïque réalité du capital : ils veulent faire reconnaître le troc comme mécanisme “valable et légitime” pour réactiver l’économie et faire baisser le taux de chômage. Ils “conçoivent eux-mêmes cette expérience comme un vaste réseau qui fonctionne pour favoriser l’initiative patronale ou comme une couveuse d’entreprises” [16]. Ils disent aussi que la caractéristique fondamentale du troc c’est le “libre jeu du marché”, ce qui n’est pas faux mais étonnant, si l’on s’en tient à leurs fumeux discours contre le soi-disant “néo-libéralisme”. Comme nous l’avons vu dans l’exposé de quelques faits, des liens ont été noués avec des petites entreprises pour que celles-ci alimentent les réseaux de troc de leurs stocks d’invendus. Dans certains cas, ces réseaux ont permis l’apparition de micro entreprises.

En clair, et tel que ce fut revendiqué, les activités nées du troc ont été invitées à gagner en productivité et en efficacité pour pouvoir se mesurer au marché officiel et même s’y intégrer. Les promoteurs du troc ont ainsi écrit : “grâce au partenariat avec différents organismes gouvernementaux […], des ponts commencent à être jetés pour faciliter la transition vers le marché formel”. Ce qui fut justement analysé comme : “Les ‘prosommateurs’ et, parmi eux, les fondateurs du réseau, considéreraient le club de troc comme une plate-forme pour se transformer en petits producteurs qui, après être devenus compétitifs grâce à la coopération à l’intérieur du réseau, pourraient entrer dans un secteur du marché capitaliste. Cela engendrerait un système de ‘penny capitalism’ [17] qui, d’une certaine façon, donnerait un visage plus humain au système”. Cette claire volonté de s’intégrer dans le système et d’y être reconnu comme partenaire, n’empêche pas les supporters du troc d’affirmer que de cette façon, ils œuvrent au bonheur de l’humanité !

L’important est de mesurer l’impact des réseaux de troc : créent-ils le sentiment d’appartenir à une communauté de gens égaux, solidaires, tissent-ils des liens dans le sens d’unir nos forces contre ce monde ? Ou, au contraire, ces réseaux ne font-ils que développer le commerce, avec ses inévitables “dommages collatéraux” que sont la concurrence, l’élimination des plus faibles, les luttes de pouvoir entre réseaux qui éditent leur propre monnaie,... En bref : la guerre de chacun contre tous.

Certains défenseurs du troc disent : “le troc sauve des millions de familles de la faim, de la misère, de la dépression” [18] Temporairement le troc a pu soulager une situation de perte d’emploi, menace d’expulsion,... par la réactivation d’une micro activité productive et, dans ce sens, retarder la chute brutale dans le dénuement complet. Mais il faut faire la différence entre trouver un “petit boulot” (précaire et/ou marginal) pour continuer à ramener quelques sous à la maison, vendre des bricoles, rénover d’anciens meubles, retaper de vieilles bagnoles, trier les déchets,... qui ne restent que de misérables moyens de survie déterminés par le fait que tout est “conditionné par l’argent” [19], et développer la lutte contre la propriété privée/expropriation des moyens de vie et contre l’ensemble du système capitaliste. Développer le marché ou détruire la marchandise ? Voilà la question !

En leurs débuts, des réseaux de troc ont pu constituer des moyens de ne pas payer de taxes (impôts en tout genre) et peuvent dans ce sens être considérés comme des formes de résistance à l’exploitation. Mais comme l’expérience argentine nous le montre, le développement des réseaux de troc a aussi fait en sorte que ceux qui ne payaient plus leurs impôts, les ont à nouveau payés. Ainsi, parce qu’au départ, le troc ne remet pas suffisamment en question les bases de ce système qui nous condamne à un appauvrissement toujours plus meurtrier, il peut facilement devenir un rouage de désintégration de pratiques de solidarité et de relance de l’activité économique.

Quant à prétendre qu’il est possible de renforcer la lutte contre le monde de la marchandise tout en contribuant à développer le marché... Non ! Polir et graisser une pièce clé de la machine capitaliste ne peut en rien aller dans le sens de la lutte contre cette machine. Pire encore, ce projet soi-disant “alternatif”, d’ “économie parallèle” est un piège pour le prolétariat. Le discours politique appuyant le développement des réseaux de troc pointe du doigt le libéralisme (ou “néo-libéralisme”), ce serait ce “travers” du capitalisme le responsable de toutes les misères dans le monde. C’est aussi ce discours qu’invoquent les promoteurs du troc pour expliquer la brusque désertion des réseaux qui intervint fin 2002, début 2003. Explication courante qui repose toujours sur la dénonciation d’une force extérieure qui aurait dénaturé un contenu qui par lui-même serait viable et juste.

Les supporters du troc prétendent que les relations qui se nouent sur le marché pourraient être dominées par le respect, l’honnêteté et autres bavardages humanistes. Or le marché a une histoire, celle du capital marchand, du capitalisme. Des siècles de guerres de rapines, de développement de la propriété privée, de concurrence exacerbée, d’accumulation de richesses aux mains de quelques uns tandis que les autres sont dépossédés des moyens de vie et réduits à l’esclavage. C’est cela l’histoire du développement du marché. L’économie marchande a marqué toute chose et nous-mêmes de son fer rouge. Des êtres humains qui ne se rencontrent plus qu’en tant que vendeurs et acheteurs de marchandises et, parmi elles, la marchandise force de travail qui cherche à se vendre contre un salaire, c’est-à-dire nous-mêmes réduits à l’état de marchandise, voilà de quoi est fait le marché.

La tromperie de ces supporters est de nous faire croire que le marché est une donnée naturelle, que les hommes ont toujours échangé des marchandises, que l’argent a toujours existé. Ces apôtres du libre échange parlent avec beaucoup de “si” dans la bouche : “si les hommes voulaient bien échanger sans chercher à se duper mutuellement, si les capitalistes étaient plus honnêtes,... les banquiers compréhensifs,…”. Ils pensent qu’avec un peu de bonne volonté le monde pourrait changer. Ils rêvent d’un “vrai” marché où les gens échangeraient selon leurs seuls besoins à l’aide d’une monnaie devenue “sociale”, où le commerce serait porteur de solidarité, d’entraide, de partage. Comme si la direction que prend le système capitaliste était une question de morale, de conscience et de volonté -de gouvernance- qu’il suffirait de réajuster pour le détourner de sa logique de profit.

Le marché c’est l’espace où aboutissent les marchandises, l’endroit où, en fin de processus de production, elles arrivent pour être vendues. Ces marchandises proviennent d’unités privées de production (usines, sociétés, entreprises, coopératives, ateliers,... ) où tout est calculé pour que la marchandise puisse affronter la concurrence et en sortir gagnante. Vendre, vendre, vendre ! Il faut que la marchandise soit compétitive. Pour cela le capitaliste va faire trimer les prolétaires toujours plus intensément. Chaque marchandise c’est du temps de travail, du travail humain mesuré en heures, minutes, secondes. Et nous voilà au cœur du rapport d’exploitation. Des machines plus performantes, capables d’organiser la chasse aux temps morts, l’économie des matières premières et des salaires,... mieux un capital se porte, plus augmente le taux d’exploitation.

Chaque marchandise contient ce rapport d’exploitation, chaque échange reproduit cette course à la productivité. Il est illusoire de penser que le marché pourrait être autre chose que l’endroit de réalisation du profit. Dans cette perspective, l’objectif que chaque unité de production poursuit sera toujours : produire plus, plus vite et à moindre coût.

Comment peut-on supposer modifier une catégorie du capital sans remettre en question le tout ? Comment peut-on supposer modifier les lois du marché sans remettre en question la marchandise elle-même et son mode de production ? A partir du moment où il n’y a pas rupture totale avec le marché et sa réalité profonde, il y a reproduction de l’ensemble du système.

Les réseaux de troc ont connu un certain succès parce qu’ils ont occupé un espace laissé vacant par un capital à l’affût de profits plus attrayants dans d’autres secteurs. Ce type de réseau a fonctionné et tissé sa toile dans des secteurs délaissés parce qu’insuffisamment rentables et a, de ce fait, participé à une certaine relance économique, tout à fait éphémère. La loi de la concurrence est la plus forte. Avec sa rhétorique “anti-libérale” mais sa pratique marchande, le développement du troc n’a fait, en dernière instance, que réintégrer des prolétaires dans le circuit de production. Ne rompant nullement avec l’échange, la marchandise, le travail,... le troc sert les intérêts du capital. Le développement de ce type de réseau avec toutes les illusions qu’il véhicule se met aussi en travers d’autres initiatives tendant à réellement installer des pratiques de solidarité, non pas basées sur l’échange mais sur l’entraide, le renforcement des liens face aux difficultés de survie, l’organisation de pratiques de résistance face aux menaces d’expulsion, d’emprisonnement, l’autonomie vis-à-vis des structures de l’État (dont tout ce qui est assistanat social), la prise en charge collective des besoins de la lutte.

Nous ne pourrions nous reconnaître dans une quelconque “déclaration de principes du Réseau global du troc” que si celle-ci reconnaît la nécessité d’extirper toute trace de capital sur la terre. La perspective : une société qui réponde aux besoins humains, par et pour la communauté humaine. Pour ne pas retomber dans les ornières du capitalisme, il est indispensable de laisser tomber toute idée de repartir d’une production se réalisant sur base de producteurs privés et indépendants les uns des autres, n’entrant en relation que par le marché et générant nécessairement l’échange. Ni échange, ni marchandise, ni argent !

NON aux "solutions" locales !

Aujourd’hui, nos besoins humains ne sont pas satisfaits.

La bouffe est pourrie ! Des légumes qui n’ont jamais vu la terre. Des animaux qui n’ont jamais vu le ciel. Les enfants qui croient que le lait vient de la tetrabrique et que le poisson est rectangulaire. Aux USA manger de la viande crue peut être mortel ! Tout ce que nous mangeons est dégénéré, dévitalisé,… Nous développons de plus en plus de maladies et crevons dans des hospices ! Nous avalons des médicaments à tire-larigot. Nous sommes de plus en plus faibles.

Nos rapports humains sont faussés. Propriété privée, concurrence, égoïsme,… Nous cultivons l’apparence et sommes de plus en plus séparés les uns des autres. Nos vies sont de plus en plus confinées dans de petites cases, petits espaces, petits logements,… petits plans de survie.

Plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes, et chaque jour des “laissés pour compte” viennent grossir les bidonvilles.

Nous sommes coupés de tout et dépendants du supermarché d’à côté … et encore, si nous avons de quoi nous payer leurs produits empoisonnés !

Métro-boulot-TV-dodo. Nous sommes sous pression et fatigués. Nos enfants nous sont enlevés, enfermés dans des écoles, rivés devant des écrans. Nous mangeons vite et mal. Nous ne communiquons plus. Toute l’organisation de la survie – banlieues-dortoirs, transports, écrans, etc. – nous séparent de plus en plus. Nous sommes de plus en plus seuls. Nous devenons des étrangers les uns pour les autres.

Regarde ! Ton voisin qui boit pour oublier et perd sa vie à rêver de la voiture qu’il ne pourra jamais s’acheter.

Regarde ! Ta voisine qui ne fait que parler de son nouveau téléphone portable et de ses multiples options.

Regarde ! Ton voisin ou ta voisine qui passe son temps sur la toile à chercher la femme ou l’homme de sa vie.

Regarde ! Ta voisine ou ton voisin qui s’endette dans l’espoir de maintenir une belle apparence !

Et ce voisin, cette voisine, n’est-ce pas toi-même ?

Certaines personnes pensent pouvoir échapper à cette situation, individuellement, localement, en plaçant leur fric dans une banque éthique, en donnant dix balles par mois à Médecins Sans Frontière, en achetant une bougie à Amnesty International, en achetant “équitable”, en consommant “responsable”, en prônant la “simplicité volontaire”, en soutenant une ONG, en triant les poubelles,… Ou encore ils pensent sortir de ce monde lyophilisé, du prêt-à-porter, prêt-à-manger, prêt-à-aimer,… en quittant la ville pour aller vivre à la campagne et, travaillant “pour eux-mêmes”, ils pensent “se réapproprier” leurs moyens de vie.

Ils pensent ainsi se rapprocher de la nature, vivre dans un monde plus juste, combattre la pauvreté, reprendre leur vie en main,… Ils veulent vivre dans des circuits “parallèles”, circuits de petite production, circuits où fleurissent les idéologies de commerce “équitable”, “culture biologique”, “développement durable”, “éco-construction”, production “made in dignity”,… Et certains, travaillant de 14 à 16 heures par jour (!), pensent ainsi “sauver la planète”.

Est-ce une réelle solution ? NON !

Arriver en retard au travail, en faire le moins possible, se faire porter pâle,... Agir au quotidien contre l’omniprésence des horloges et autres contrôles,... Repousser l’invasion des écrans et autres formatages des comportements,... Refuser de se faire vacciner, tenter d’échapper à la médicalisation de la naissance,… Prendre conscience de la toxicité croissante de l’alimentation, de la destruction des sols,… S’insurger contre la pollution et l’augmentation du prix de l’eau,… Tenter d’empêcher l’incarcération d’un ami, d’un parent,…

Le travail, la médecine, les contrôles et intoxications en tout genre,… sont des expressions d’une même chose : la guerre menée par le capital contre nos vies.

Tous les actes qui tentent de repousser l’emprise du travail, la main mise de la médecine, l’empoisonnement quotidien, la solitude, l’enfermement,… sont des actes de résistance contre la totalité de ce système basé sur la dictature du profit et le travail forcé.

Mais chacun de ces actes pris isolément ne suffira pas à venir à bout de ce système. Restons clairs quant à la portée individuelle de ces actes de résistance. Et surtout, débarrassons-les du carcan idéologique dans lesquels les alternatives citoyennes tentent de les enfermer.

Séparer la critique de l’un ou l’autre aspect de la société de la critique de l’ensemble et des fondements de la société enferme nos luttes sur le terrain de la réforme, de l’aménagement. Le système phagocyte la critique et recrache l’anticorps : il développe le créneau “alternatif”.

La réduction de la critique de l’intoxication alimentaire sponsorise le créneau “bio”.

La réduction de la critique de la pollution sponsorise l’idéologie “écolo”.

La réduction de la critique de l’argent sponsorise les banques “éthiques”.

La réduction de la critique de l’enfermement sponsorise l’ “Amnésie internationale”.

Etc.

En dernière instance, c’est huiler les ressorts du système, lui offrir la possibilité de rebondir et de reculer sa deadline. C’est faire croire qu’il ne s’agit que d’un problème de mauvaise gestion et non de nature profonde du système. Séparer les questions les unes des autres c’est faire avorter toute critique réelle. Seul un mouvement de remise en question globale peut faire aboutir ces actes de résistance, leur donner tout leur sens en les inscrivant dans un mouvement collectif de mise à bas du système.

La misère, la guerre, la famine, la pollution, les camps de réfugiés, le travail salarié, la dépossession des moyens de subsistance, l’aliénation, la prison, l’école, la propriété privée, la toute puissance de l’argent, la recherche du profit maximum,… tous ces éléments ne sont pas séparables. Le système capitaliste est un tout cohérent ! Toutes ces caractéristiques sont des expressions diverses d’une seule et même chose, de la nature même du capitalisme. Le capitalisme produit aussi sûrement la misère pour la majorité de la population, que l’accumulation d’immenses richesses aux mains d’une minorité. C’est parce qu’à l’origine, cette minorité s’est appropriée tous les moyens de vie sur terre que les autres sont maintenus dans la dépossession la plus totale. Ils nous obligent à nous vendre contre un salaire et nous reproduisent comme esclaves du travail. Nous devons acheter notre survie. Et ces propriétaires de la terre, des eaux, de l’air, de la lumière,… se font la guerre entre eux et contre nous dans l’unique but d’amasser toujours plus d’argent, d’accroître leur taux de profit, immédiatement et sans penser aux lendemains. Dans cette course au profit, l’état de la planète, de l’espèce humaine et de la vie en général, est bien le dernier de leurs soucis.

Nous vendre contre un salaire ou crever est le seul choix qui nous est laissé. Le travail est bien le crime contre l’humanité qui contient tous les autres crimes.

Tout tourne autour du fric. Tout dépend de notre salaire. On nous dit que l’humanité a fait un grand pas en avant ! Que l’ère de la barbarie est bien finie ! Place au progrès ! Foutaises ! Nous vivons dans un système qui n’a jamais connu autant de misère, de malnutrition, de famine et de guerre. Plus il y a d’argent plus il y a dépendance, asservissement et pauvreté. Il est temps de faire le lien entre toutes ces choses.

Aujourd’hui sur terre il n’existe plus aucun espace qui ne soit colonisé par le capital. Et chaque moment de notre vie est toujours plus contrôlé, formaté, fiché,… Chaque pas doit être rentable, chacun de nos gestes est comptabilisé. Les conditions de survie se dégradent. C’est chaque fois pire.

Nous n’avons pas le choix. Nous allons devoir nous battre pour en finir avec ce monde pourri.

Croire que tu peux te libérer de ce monde sans le détruire est une hypocrisie. En dehors de cela, tu ne peux que reproduire le système capitaliste. Que ce soit avec ta ferme bio, avec une banque éthique, avec le tri des poubelles, les ONG, le commerce équitable,… tu restes dans le monde marchand et pire encore, tu lui permets de durer un peu plus.

Nous serons toujours séparés les uns des autres et obligés de nous insérer dans des rapports de vente, d’achat, d’évaluation de la valeur des marchandises, des coûts de production,…

Avec ta ferme bio, tu finiras toujours par devoir vendre ta production en concurrence avec la ferme voisine qui va essayer de faire moins cher ! Avec une banque éthique, ton argent ira toujours là où ça rapporte ! Avec le commerce équitable, ce sont les multinationales qui, au final, s’en foutent plein les poches. Avec le tri des poubelles, c’est avant tout un plus grand contrôle de ta vie ! Avec la simplicité volontaire c’est plutôt de l’asservissement volontaire ! Avec les ONG tu échanges ta culpabilité contre une illusion de soutien aux plus démunis ! Et pour consommer bio mieux vaut avoir un portefeuille bien rempli !

Mais alors que faire ? Allons à la racine des choses. Il faut détruire le capitalisme. Battons-nous ensemble pour sa destruction.

Tes solutions sont capitalistes. Elles ne résolvent rien du tout. Elles s’opposent même à notre lutte collective. Soyons ensemble. Ne te cache plus derrière des solutions qui n’en sont pas et qui nous divisent.

Aujourd’hui, comme hier et encore demain, dans le monde entier, il y a des prolétaires qui luttent ensemble : émeutes de la faim, pillages de magasin, débrayage des ouvriers dans les usines, manifestations, destructions de bâtiments de l’État et d’usines. Regarde en Thaïlande, en Grèce, au Bangladesh, en Haïti, en France, en Bolivie, en Tunisie, en Egypte, en Syrie,… il y a un mouvement réel qui tend à abolir l’état actuel des choses alors que…

Ta “solution individuelle” va à l’encontre de ces mouvements de lutte, les casse et au final encourage le renoncement à la lutte. Tu restes dans ta petite bulle à vouloir protéger tes misérables acquis, le fruit de ton travail, ta propriété privée, tes petits légumes “bio”,… Au final que feras-tu quand tu devras choisir ton camp, défendras-tu ton bien personnel où seras-tu avec tes frères en lutte ?

Il n’y a pas de solutions individuelles. Disons NON à ceux qui espèrent créer un monde meilleur en s’enfermant dans une entreprise “durable”, “éthique”, “bio” ! Disons NON au comportement de l’autruche qui met sa tête dans le sable et ne veut pas voir dans quelle merde elle vit ! Disons NON à ton exploitation et celle de tes frères !

Nous ne pouvons pas faire l’économie d’une critique globale du système et de toutes ses composantes : l’argent, l’échange marchand, la propriété privée, le temps comme mesure de toute chose, le travail,… Il n’y a pas d’autre perspective ! Et oui c’est moins romantique que les solutions locales mais nous n’avons pas le choix.

Collectif


[1] Lire à ce sujet une étude assez complète sur les nuisances du téléphone portable : “Le téléphone portable, gadget de destruction massive”, publiée en juin 2005 à Grenoble (également connue sous le titre : “Pourquoi n’y a-t-il plus de gorilles dans le Grésivaudan ?”).

[2] Bien que ce soit encore se faire des illusions sur ce que serait l’éthique dans ce monde tout imprégné des valeurs argent, travail, sacrifice, rédemption,…

[3] Ex-CGER (Centrale Générale d’Epargne et de Retraite) qui, en 1987, lançait via le Réseau Financement Alternatif des comptes épargnes appelés Cigale qui promettaient un bonus versé aux associations estampillées réseaux sociaux.

[4] Depuis les années 1980, les initiatives du genre se sont multipliées : Crédal (Crédit alternatif), société coopérative se promettant de ne pas investir en Afrique du Sud et qui a reçu de l’argent de Pétrofina pour promouvoir la réintégration sociale des exclus. Netwerk Zelfhulp Vlanderen en Flandres, Okobank en Allemagne. La Nouvelle Economie Fraternelle (ou NEF) en France. La Banque Alternative en Suisse…

[5] En 2010, une banque éthique européenne (la FEBEA) naissait de la fusion de la Nouvelle Economie Fraternelle (France), la Banca Popolare Etica (Italie) et la Fiare (Espagne). Le secteur est prometteur avec un taux de croissance évalué en 2008 entre 20 et 30%.

[6] Par exemple la NEF ne représente qu’un dix millième de la BNP.

[7] Stratège en chef de la guerre menée par les USA au Viêt-nam.

[8] Taudis subdivisés constituant le bidonville dans la favela.

[9] D’une manière générale, les prolétaires les plus pauvres n’ayant aucune capacité d’avance d’argent, paient leurs marchandises d’autant plus cher. Obligés d’acheter à la pièce ou en infime quantité,… ils paient les “produits de grande consommation” dont les gratifient les capitalistes à un coût d’autant plus élevé. Ces “produits de grande consommation” sont des marchandises pour lesquelles les frais de production ont été drastiquement réduits ; ils sont de mauvaise qualité, la finition en a été abrégée pour économiser des salaires, les matières premières ont été réduites à des produits de synthèse saturés de composants toxiques. Et au bout du compte, le contenant (l’emballage) coûte plus cher que le contenu. Les bourgeois viennent ensuite nous faire la morale parce que leurs emballages jonchent les rues et posent des problèmes de salubrité publique (ramassage, élimination, recyclage). Curieusement, ces bourgeois nous tiennent des discours sur la pollution de la terre mais aucunement sur la pollution de notre quotidien, du dénuement toujours plus grand dans lequel nous devons vivoter, de la saturation de nos cellules qui ne savent plus quoi faire des toxines accumulées. La généralisation de ces "produits de grande consommation" impose de fait une dégradation toujours plus agressive de la qualité de vie

[10] Les ONG offrent même la possibilité de faire carrière dans la prospection de clients potentiels pour la Grameen Bank, les “travailleurs sociaux” se faisant les agents directs du surendettement. Symbole de réussite de cette entreprise : le Grameen Phone, le réseau de téléphonie de la Grameen Bank.

[11] Au Brésil, des prolétaires n’ayant plus aucun moyen de survie ont occupé et cultivé des terres laissées à l’abandon, passant outre le sacro-saint respect de la propriété privée.

[12] L’exemple du Bangladesh montre que sur 75 personnes, seules 4 arrivent à garder la tête hors de l’eau.

[13] Sur base de promesses de rendements enchanteurs, des prolétaires se sont endettés pour acheter des graines génétiquement modifiées (OGM). Mais contrairement à la publicité faite et malgré les tonnes de pesticides (le fameux Round up) et d’engrais (fournis par les mêmes entreprises et eux aussi achetés à crédit) les plants d’OGM se sont vus rongés par des parasites,… quand les graines elles-mêmes ne refusaient pas de germer !.

[14] En 2006, le nombre de clients avait déjà atteint les 600.000.

[15] A partir de cette année, le groupe promoteur du réseau développe le système en Uruguay, au Brésil, en Bolivie, au Chili, en Equateur et en Colombie.

[16] Cf. le livre “Rébellions d’Argentine” de Guillermo Almerayra.

[17] Article de Susana Hintze dans le livre “Rébellions d’Argentine” de Guillermo Almerayra.

[18] Cf. le livre “Argentine rebelle, un laboratoire de contre-pouvoir” de Daniel Hérard et Cécile Raimbeau..

[19] Nous n’établissons pas de jugements de valeur sur le ou les moyens que chacun trouve pour assurer sa survie.