BROCHURES

Certains pédés aiment la chatte...
(provocations d’un pédé trans)

Certains pédés aiment la chatte...

Anonyme (première parution : 2017)

Mis en ligne le 6 février 2018

Thèmes : Sexualités, relations affectives (26 brochures)
Transpédégouines, queer (35 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,3.3 Mo)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

À toi, pédé trans, je veux dire que tu es magnifique. Et que putain heureusement que t’es là ! Je veux que tu saches comment me sont précieux nos espaces de rencontres, nos petits moments de décompression où on peut rire ensemble – et se transmettre cette rage d’avancer. Je veux te dire que ton existence me renforce.

À toi, pédé cis, je veux dire que nos complicités me font du bien, que j’aime quand on traîne en bande, nos discussions et nos mises en commun. Je veux que tu saches combien c’est précieux pour moi quand tu sais interroger tes évidences et bouger tes représentations du monde – et quand tu bouscules les miennes.

Toi pédé trans ou cis, j’aime te voir détourner la masculinité, la redéfinir, la tourner en dérision, te la réapproprier ou la disloquer. J’aime te voir répondre absent dans la compétition pour le podium de la virilité. J’aime te voir indisposer les hétéroflics, mettre le malaise au milieu de la supposée complicité masculine. J’aime jouer à ces jeux-là avec toi.

Et à toi qui n’est pas pédé et qui lis ça ben… je t’aime bien aussi hein, c’est juste que là ben… c’est un truc de pédés...



À PROPOS DE SEXUALITÉ (LA MIENNE EN L’OCCURRENCE)

Fabriquer une masculinité trans. Incursions progressives dans le monde des hommes – monde interdit dont les gardien-ne-s sont à l’affût pour te rappeler à l’ordre (« Vous vous êtes trompée de rayon madame, ici c’est pour les hommes »). Chaque porte ouverte est une conquête, une sortie du placard, une bravade. Choisir une chemise. S’asseoir sur le fauteuil d’un coiffeur pour hommes. Franchir la porte du vestiaire des gars à la salle de sport. Avec l’excitation et la fierté. La peur au ventre aussi.

Avancer dans une transition, toujours accroché au regard des autres – quand bien même tu voudrais réussir à t’en foutre… Parce que putain qu’est-ce que t’aimerais ne pas ressentir le besoin de leur validation – mais elles-ils ont ce pouvoir, celui de te donner une place ou te faire sentir ton anormalité…

Toutes ces étapes, tous ces défis, et la sexualité devient le dernier bastion à (re)conquérir… C’est dans ce même mélange de trac et de fougue qui rythme ma transition que se dessine ma sexualité.

Être attiré par les hommes, accepter de rouvrir la porte à ce désir...

Mec au demi-sourire et aux émotions contenues. Mec croisé au comptoir du bar en fin de soirée. Mec flamboyant, grandiloquent, tonitruant. Mec fêlé, déluré, décalé. Mec mal rasé qui roule des mécaniques. Mec au petit cul moulé dans un jean slim. Mec timide, coincé, aux gestes hésitants et à la présence mal-assurée. Mec baigné dans le déo Axe qui se mélange à son odeur de sueur. Mec, j’aurais jamais pensé que tu (re)deviendrais mon genre…

Quel chemin pour me dire pédé alors que je me suis enfui de mon statut de meuf hétérosexuelle il y a des années ? La porte se ré-ouvre par le regard des autres. Celui de ces hommes qui me renvoient leur attirance pour moi. Je n’aurais jamais pensé être à nouveau la cible de leurs désirs. Mais ce ne sont plus les mêmes mecs, plus les mêmes codes. Nouvelles perspectives parce que je ne suis plus au même endroit. Vertigineuses. Exaltantes. Terrifiantes.

Draguer, plaire, me sentir sexy et désirable. Chercher l’excitation. Chercher le plaisir. L’orgasme est-il un but atteignable ? Chercher l’image positive de moi. Chercher la validation de ma masculinité. Y’a-t-il un prix à payer pour ça ?

Tu m’allumes sur le dance-floor. Nos corps collés dans ce mélange de fumée et de sueur imbibée d’alcool. Tu presses ta bite contre mon cul. Putain je te fais bander et tu veux que je le sache. J’ai envie de toi. Tu cherches à inverser nos places, à être celui qui se frotte contre mon sexe. Que se passera-t-il quand tu ne trouveras pas entre mes jambes la bosse que tu y cherches ?

Est-ce que je peux aimer mon sexe tout seul, par moi-même ? Mon sexe sans bite. Mon vagin d’homme. Comment transformer le regard que j’y pose, ma capacité à le sentir mien et à en jouer ? D’une certaine manière, j’ai besoin de toi pour ça, de ta capacité à érotiser ma génitalité – pour te la rendre désirable, pour me la rendre désirable.

Coucher avec des mecs cis. L’hétéro qui baise ma chatte abstraction faite de ma masculinité. Le gay qui baise ma masculinité abstraction faite de ma chatte. Dans quelle asymétrie cela nous place ? Quelle dépendance j’accepte, coincé avec ce désir de trouver ma sexytude dans ton regard ? Quelle porte ouverte à des situations merdiques, à accepter n’importe quoi tant que je te fais bander ?

Non tu peux pas pénétrer mon vagin avec ta bite sans capote au motif que « mais tu te rends pas compte je l’ai jamais fait ». Non tu peux pas. Et non, ta petite mine implorante ne change rien à ça.

Toi le pédé cis construit dans le culte de la bite – tellement paniqué face à ma nudité, coincé entre la nécessité de transformer ton imaginaire érotique et ta peur de mal faire, de ne pas « savoir comment ça marche ». Toi qui as tellement la trouille de me blesser que t’en es prêt à me rejeter. Toi qui veux tellement être « trans-friendly » et « safe » que baiser devient un acte cérébral. Ou une démonstration de « politiquement correct ».

Hey mec ! Baiser n’est pas exécuter un manuel. Et moi je suis pas en sucre. Et on compte pas les points. Et si on a du mauvais sexe, ben… ça sera juste du mauvais sexe, on s’en remettra bébé !

Putain c’est tellement plus simple quand tu me parles, quand on peut en rire, quand on assume la gêne au lieu de se contraindre à simuler tous les deux notre rôle de « je suis totalement à l’aise avec la situation ». (La fluidité n’est pas question de compréhension tacite et instinctive – mais d’aisance à communiquer de façon verbale ou non verbale.)

Quelles sont nos différences ? Sont-elles si fondamentales ? Moi aussi je bande, comme toi, même si mon érection est moins visible dans mon froc.

Ta maladresse et tes hésitations qui m’amusent, m’attendrissent, m’énervent ou m’excitent. Est-ce que mon orgasme devient le cocktail de ces émotions contradictoires ?

J’ai tellement envie que tu me pénètres. Je mords ton oreille et y chuchote « prends-moi », entre impératif et supplication. L’air confus, tu me demandes : « par où ? » Ce fou rire nous fait tellement de bien.

J’ai appris à recoder chacun de mes gestes au prisme de la masculinité. Ma voix, mes intonations, mon rire, ma démarche, ma manière de saluer, la quantité et l’intensité de mes sourires.

Mais ai-je un bon passing au lit ? Est-ce que mes gémissements ne vont pas me renvoyer, dans ton imaginaire, derrière les lignes de la féminité ? Est-ce que je suce comme un homme ou comme une femme ? Est-ce que tu veux m’enculer pour oublier mon vagin, ou parce que c’est bon ? Qu’est-ce que je suis prêt à faire pour t’aider à bander ?

Toutes ces interrogations qui défilent, avant ou après. Parce que souvent le pendant est langage des corps et des désirs, questions pour l’immédiat. « Tu veux ? », « Tu aimes ? », avec leurs plus ou moins de détails.

Suce-moi encore, tu fais ça si bien.

Prendre des risques. Dire mes attirances. Faire des propositions sexuelles à des mecs cis (ou que j’imagine cis). Quand chaque hésitation, chaque vague sentiment de malaise me fait me demander si c’est ma transidentité qui pose problème. Si tu ne me désires pas est-ce à cause de mon absence de bite ? Si tu débandes, est-ce à cause de mon absence de bite ? Si tu arrêtes la baise, est-ce à cause de mon absence de bite ?

Baiser avec un mec trans pour qui ma génitalité n’est pas un problème. Qui sait la rendre désirable – et me la faire voir comme telle. Regarder ton corps et te trouver tellement sexy. J’arrive enfin à comprendre en contemplant la tienne que ma masculinité ne s’efface pas quand je me mets à poil.

Traquer le plan cul sur internet. Gay Vox. Planet Romeo. Grindr. Vais-je écrire dans mon profil que je suis trans ou vais-je te faire la surprise ? À quels types de risques cette « surprise » m’expose-t-elle ? Comment choisir le moment de ce coming-out qui devient une nécessité dans chaque rencontre sexuelle ?

« Envoie-moi une photo de ta bite ». Imagines-tu mes contorsions dans le miroir pour réussir à prendre cette photo de mon sexe qui me donne de la force ?

Toi le gay rencontré dans un bar, à qui je plais pour mon sourire, mon p’tit cul mis en valeur dans ce pantalon, mon côté cash ou ma fougue. Est-ce que mon sexe peut t’exciter comme une queue t’excite ?

Toi le mec qui kiffe les trans, que ma génitalité fait tripper, qui me demande de lui envoyer des photos de ma chatte. Toi qui fétichises ma différence mais qui es capable de baiser avec moi sans paniquer devant mon vagin. Parfois je te méprise. Mais tu me fais du bien.

Toi l’inconnu sexy que je drague – tellement concentré sur comment t’annoncer que j’ai pas de bite intégrée que je fais l’évidence que toi t’en as une. (Sommes-nous tous le cis-centré de quelqu’un ?)

Toi l’hétéro charmant dont je ne voulais pas il y a quelques années. Dommage maintenant c’est moi qui ne suis plus ton genre.

Toi dont le désir est une validation. Parce que t’es un « vrai mec ». Parce que t’es un « vrai gay ». Parce que si je passe le test d’attractivité à tes yeux cela dit de moi que j’en suis un aussi. Sauras-tu seulement me faire jouir ?

Lutter pour affirmer mes envies – ou simplement trouver l’espace d’en prendre conscience déjà. Pour ne pas les soumettre aux tiennes sous prétexte que tu m’honores en me trouvant sexy.

Oublier un instant que cette transidentité est au centre de mon existence. Ne plus être « un trans qui baise » mais un corps, une passion. Sentir ta peau et déchiffrer tes soupirs. Te grimper dessus parce que je te veux. Mettre et me faire mettre au gré de nos envies.

Comment on s’apprivoise ? Quel fossé sépare nos possibilités érotiques ? Toi qui as façonné ton imaginaire autour de la bite, moi qui cherche un chemin pour m’approprier ma génitalité non-conforme. Toi qui as associé mon sexe au féminin, l’utilisant parfois comme repoussoir symbolique pour affirmer ton propre désir. Moi qui ai associé le tien à une domination, une contrainte. Notre interaction sexuelle est une improbabilité totale. Toi le pédé cis qui jusque-là n’a baisé qu’avec des bites – et moi le mec à chatte.

Baisser mes défenses et me laisser prendre au jeu. Comprendre que si tu me parles au féminin c’est parce que ça fait partie de ta culture gay. Pas pour me renvoyer dans le monde des femmes. Oui je veux bien être ta pute si ta pute est un homme.

Ré-inventer le langage du sexe, mon regard sur le sexe. Quand je suis excité est-ce que je mouille ou est-ce que je bande ?

Clit. Dicklit. Bite. Comment je nomme mon propre sexe ? Non, ça me fait pas bander quand tu me parles de « mon petit minou » ou de « ma chattounette ». Mon corps n’est pas « le mauvais corps ». Mon sexe n’est pas féminin. J’ai une chatte de mec. Mon vagin est viril.

On se voit une fois et on a du bon sexe. Simple. Comment ne pas avoir envie de te revoir ? Est-ce-que c’est ça l’amour ?

Le sexe en vient à occuper une telle place parce qu’il est zone de confrontation et de dépassement de soi. Envie de déplacer mes limites juste pour savoir si je suis capable de tenir le rôle. Entre challenge et érection.

Je sens que tu as envie que je t’encule et je me rends compte que j’ai du mal à te le proposer. Un décalage de plus, une transgression de plus qui nous oblige à sortir de l’image chatte = truc à pénétrer = passif. Et une fois de plus le cocktail aphrodisiaque du mélange de trac et de l’excitation.

Puberté à retardement. Désirs effervescents. C’est pas la testo qui me donne envie de niquer – c’est toutes les portes qu’elle m’ouvre ; et l’envie de tester tous ces possibles. Découvrir – encore – mon corps dans ses interactions avec d’autres. Quel pouvoir sexuel je peux avoir sur autrui ? Quels nouveaux accès au plaisir s’ouvrent d’un coup en franchissant cette ligne du genre ?

Tu me bloques les jambes et m’immobilises, m’empêches de me dérober et me forces à me laisser jouir. Moi qui me suis tellement habitué à être en contrôle que je ne sais même plus comment lâcher prise. Avec l’orgasme les larmes me montent aux yeux.

Quelle est la part d’egotrip dans nos rencontres sexuelles ? Est-ce que je t’utilise pour me prouver des choses, pour me rassurer, pour conforter mon image de moi ou pour prendre mon pied ? Et toi, à quoi je te sers ? Y’a-t-il autre chose dans le sexe que nos egotrips ?

« Mais toi, tu préfères coucher avec des mecs trans ou avec des mecs cis ? » Toi dont la bite me fait crier, qu’importe qu’elle soit en silicone ou en tissus humains tant qu’elle me fait du bien.

Qu’est-ce qui m’attire chez un homme ? Qu’est-ce qui fait de moi un pédé ? Qu’est-ce qui fait de chacun de nous des pédés ? Être attiré par des hommes ? Avoir construit nos sexualités contre la honte et le tabou ? Avoir été désignés comme monstrueux par le monde dans lequel nous vivons ? Sommes-nous attirés par des corps, des postures, des démarches, des intonations, des gestuelles, des pratiques sexuelles, des types de génitalité ? Pouvons-nous transformer nos visions de la masculinité et leurs implicites ?

***

SUR CE QUI NOUS FAIT DU COMMUN ET SUR NOS DIFFÉRENCES...

En tant que pédé trans qui traîne ici ou là j’ai eu pas mal d’occasions de constater que « la question trans » restait toujours un truc qui pique un peu chez les pédés. D’un côté, certains parlent de l’identité pédé avec l’évidence implicite que tous les pédés sont nés avec une bite, ou que tous ont été perçus comme garçon depuis l’enfance – capables de t’expliquer la vraie vie des pédés sans imaginer une seule seconde que toi petit trans tu pourrais en avoir déjà une vague idée, parce que – devine-quoi ! – tu en es un ! De l’autre, des camarades cis ou trans qui avec beaucoup de bonnes intentions souhaitent « réfléchir à inclure les trans dans les contextes pédés » comme s’il y fallait mettre en place une formation théorique spécifique avant qu’un cis ne se sente à l’aise d’adresser la parole à un trans (dérive associée à cette vision : ne pas chercher à inviter des trans tant qu’on est pas sûrs d’être bien carrés). Hey ! – devine-quoi ! – nous n’avons pas besoin d’être « inclus » dans les communautés gays/pédés : nous y sommes déjà !

Deux tendances, un même constat : on dirait que reconnaître l’existence et les spécificités des pédés trans revient bien souvent à mettre des barrières séparant trans et cis et créer un genre d’étanchéité malaisante. J’écris ce texte pour essayer de décloisonner un peu ça. Parce qu’en vérité il n’y pas de parcours type. Les spécificités de nos parcours personnels, mais aussi de nos rapports aux différents systèmes d’oppression, façonnent chez chacun un rapport particulier au fait d’être gay. Ou pédé. En fonction de nos origines : où avons-nous grandi ? Dans quels quartiers, dans quelles campagnes, dans quels pays ? À quelles ressources avons-nous eu accès ? À quelles études ? En fonction de nos revenus, de notre accès à l’emploi, de notre situation administrative. En fonction de notre langue, de notre religion, de nos pratiques culturelles : sommes-nous dans la culture majoritaire, où sommes-nous mis en minorité ? En fonction de notre état de santé, physique ou mentale. En fonction de nos corps : sommes-nous considérés comme valides ? Comme normaux ? Comme beaux ? En fonction de nos positionnements politiques. Être cis ou trans n’est qu’un élément parmi tant d’autres qui forment la diversité de nos parcours. Nous avons tous à gagner à reconnaître nos différences de vécus et à définir nos points de convergences.

Qu’est-ce qui nous définit en tant que pédés ? Qu’est-ce qu’on a en partage ? Qu’est-ce qui fait qu’on se reconnaît les uns les autres ? Qu’est-ce qu’on cherche dans nos rencontres ? Sur quelles bases construisons-nous nos communautés ?

Être (ou ne pas être) un « vrai mec »

Celui qui a passé des heures en salle de muscu pour sculpter l’image d’une virilité infaillible. Celui qui transpire la féminité à chaque mot prononcé, à chaque geste esquissé. Celui qui d’une personne à l’autre sera perçu comme homme ou femme, sans trop savoir pourquoi car les normes de genre varient en fonction de nombreux paramètres tels que la classe, la culture d’origine, la subjectivité personnelle. Celui dont l’homosexualité est insoupçonnable, jusqu’au moment où il lui faut nommer ses attirances. Celui qui a du mal à être cru quand il se dit trans et/ou gay tellement « il a pas l’air ». Celui qui cherche l’amitié des filles pour échapper au monde des hommes. Celui qui traîne depuis toujours en « bande de gars ». Celui qui a cultivé soigneusement sa masculinité, essayant de correspondre à ce que ce monde attendait de lui en tant que mec, espérant avoir une chance de quitter les rangs des monstruosités. Le cis qui ne voulait plus être la cible des persécutions de son collège ; le trans qui ne voulait plus être ramené sans cesse à une identité « femme ». Celui qui a baissé les bras avant même le début de la course, sentant qu’il n’y avait pas ses chances tant son corps se refusait à imprimer ces gestes, ces postures. Celui qui n’a jamais eu l’idée de jouer le jeu et a été visible en tant que pédé, folle, queer, trans, portant ses manières « efféminées » comme une fierté – ou simplement comme un état de fait. Et beaucoup d’entre nous sont le mélange de tout ça, choisissant avec soin les zones d’exposition et celles de dissimulation.

Ce que nous avons en commun, c’est d’avoir été construits dans ce monde-là, par les mêmes mythes et imaginaires étriqués, par les mêmes impératifs à correspondre aux stéréotypes masculins. Des images de masculinité qui diffèrent selon d’où on vient – mais se rejoignent dans notre impossibilité à y correspondre. Qu’on nous ait considéré comme garçons ou comme filles nous avons évolué dans cette absence de représentations positives des gays, cherchant parfois désespérément à trouver une image qui nous ressemble. Être trans ne change rien à cela. Être assigné.e fille ne donne pas accès à un catalogue différent : on bricole avec les mêmes codes et les mêmes injonctions – et aucun de nous, trans ou cis, ne sera jamais Clint Eastwood.

Ce que nous avons en commun c’est que nous nous sommes fabriqués avec cette conscience diffuse de notre décalage avec les normes de genre – car nous savions vivre dans un monde régi par l’équation homme = bite = comportements dits masculins = attirance pour les femmes. Peut-être pour certains leur érotisme est le seul critère qui les a privé du statut de mec accompli. Pour d’autres nous échouons à chaque partie de l’équation.

Visibilités et répression

Celui dont la présence dans l’espace public est rythmé par les injures : « pédale », « tapette ». Celui qui, parce qu’il est trans, vit presque un soulagement à se faire traiter de pédé, parce qu’au moins cela prouve qu’on ne l’a pas ré-assigné femme. Celui qui se fait dégager de chez ses parents à l’âge de 16 ans parce qu’ils/elles ont appris son homosexualité ou sa transidentité. Celui qui a vécu relativement à l’ « abri » de l’homophobie, parce qu’il a eu accès à des espaces communautaires, militants ou commerciaux, qui lui permettaient d’être « vraiment lui-même ». Celui dont on ne veut pas au repas de famille – pas seulement parce qu’il risquerait d’amener un partenaire inconvenant mais parce que sa simple présence est une insulte à la bienséance, une atteinte à la pudeur. Celui qui fait rupture avec toute sa vie passée pour s’installer là où l’anonymat lui permettra de vivre son homosexualité, et/ou sa transition. Celui qui est attaché à ses racines, à son quartier, à sa campagne, à sa bande de potes qu’il a gardé depuis l’école primaire, à sa famille, aux solidarités qui existent dans sa communauté – qui a appris à composer avec un monde hétéro-cis et qui ne prendra pas le risque de mettre ça en péril par un coming-out. Celui qui comprend qu’il est pédé à force de se faire traiter de pédé. Celui qui se fait virer de son taf parce que « ça se sait ». Celui qui, invisible, se retrouve coincé dans la complicité tacite hétéro-cis dans laquelle on le pense inclus. Celui qui cloisonne sa vie entre les espaces où il est connu comme pédé ou comme trans et ceux où il ne l’est pas – avec parfois une telle angoisse que les cloisons ne tombent. Celui dont la famille est « ouverte » et « tolérante » ou bien dont les parents sont elleux-mêmes gays (si si ça arrive !). Celui qui fait sa transition sans « changer de vie » et qui affronte la succession des coming-out au boulot, dans ses cercles affectifs, auprès de ses gamin.e.s, etc. Celui qui fait un couple avec une meuf juste pour avoir la paix et s’échapper un peu du regard suspicieux porté sur lui par ses proches. Celui qui se voit contraint à un suivi psy, imposé par sa famille ou par le monde médical, pour « parler de ça ». Celui dont le coming-out, gay ou trans, mettrait la vie en danger. Celui pour qui les espaces de drague gay sont des refuges parce qu’ils sont un endroit où il se sent accepté. Celui pour qui ces mêmes espaces sont dangereux, parce qu’il risque d’y être confronté à la haine ou au mépris, en raison de sa génitalité, de son statut sérologique, de son corps non-conforme, de son inadaptation au normes de baisabilité. Celui qui y vit l’exotisation de son origine sociale, de sa couleur de peau, de son accent. Celui qui, infantilisé par le corps médical, doit batailler ou se soumettre pour obtenir le traitement dont il a besoin. Celui qui se cache. Celui qui se clame. Celui qui se déguise en hétéro-cis pour réussir à louer un appartement. Celui pour qui les questions de se dire et se visibiliser se cumulent : en tant que gay, en tant que trans, en tant que séropo, bipolaire, toxico, entendeur de voix, etc. Celui qui, vivant une transition, ne peut pas échapper au statut de monstre visible. Celui qui affronte toutes les situations de discriminations ou d’invisibilisations subies au quotidien avec humour, avec rage – tirant sa force de sa capacité à bousculer les autres dans leurs représentations.

Ce que nous avons en commun, c’est de nous confronter à cette question : allons-nous dire ou pas, essayer de dissimuler ou revendiquer ? Allons-nous nous outer auprès de nos familles ? De nos ami.e.s ? Dans les cercles militants que nous fréquentons ? Sur notre lieu de travail ? Auprès de nos amants potentiels ? Et quand se cacher est impossible, comment allons-nous gérer la confrontation ? Pour chaque contexte, quels sont les risques que nous encourrons ? Pour notre santé, pour notre sécurité, pour notre survie économique, pour la préservation de nos différentes communautés d’appartenance, pour notre estime de nous-mêmes ? Ce que nous avons en commun c’est que quelque soit la manière dont nous répondrons à ces questions, elle sera lourde de conséquences.

Sexualités et corporalités marginalisées

Celui chez qui a émergé dans son adolescence de garçon cis un désir dont il a perçu intuitivement le caractère tabou. Celui dont l’attirance pour les mecs étaient perçue comme normale, puisqu’il était une fille, désir qui ne devient coupable que lorsqu’il est « trop » et le place dans la catégorie « salope ». Celui qui a découvert/accepté ses attirances gays après des années et des années de vie hétérosexuelle – épanouie ou non. Celui qui ne baise pas. Celui qui n’en a pas envie. Celui qui aime la bite. Celui qui risque une grossesse. Celui pour qui la sexualité est un espace d’empowerment, de reprise de pouvoir, de fierté et d’acceptation de soi. Celui qui a fait une phalloplastie ou une metoidioplastie (meta pour les intimes). Celui qui recherche l’amour. Le couple. La fidélité. Celui qui baise à tout va. Celui qui est coincé. Pour qui (re)prendre du pouvoir dans sa vie sexuel est un défi. Ou un impossible. Celui qui a une prostate, un vagin, un dicklit, une bite – et qui les met en jeu ou non dans ses échanges sexuels. Celui qui se prostitue. Celui qui n’aurait jamais pu être hétéro ou cis – parce que c’est justement dans son décalage avec la normalité qu’il trouve son existence, dans ce même décalage que naît son érotisme. Celui qui n’est pas sur le marché du sexe, et pour qui être pédé s’incarne dans le rapports aux autres, dans la sociabilité, dans la manière d’agir – bien plus que dans la sexualité. Celui sur qui l’entourage fait peser constamment l’injonction à « se faire des meufs », pour prouver une masculinité déjà douteuse. Celui pour qui le sexe a été le terrain de nombreuses violences subies. Celui qui est la cible des campagnes de prévention VIH/IST et celui qui ne l’est pas. Celui pour qui la masculinité n’est pas une question de génitalité et qui refuse de trier ses partenaires potentiels en fonction de ce qu’ils ont entre les jambes. Celui qui en tant que trans ne baise qu’avec des trans parce que les mecs cis représentent une menace. Celui qui a du mal à se foutre à poil parce qu’il a la conscience de la non-conformité de son corps : parce qu’il a des seins, parce qu’il est gros, parce que son corps porte cicatrices et stigmates. Celui qui a été « hétéro », « hétéra » ou « gouine ». Celui qui, en plus d’être pédé, a des désirs honteux, relégués au rang de perversions. Celui qui l’a toujours été. Celui qui l’a découvert. Celui qui l’est devenu.

Ce que nous avons en commun c’est de ne pas être hétéros. C’est notre incapacité à correspondre à ce qui est attendu de nous en tant qu’hommes, c’est de vivre constamment le rappel diffus à l’ordre hétérosexuel. Et à partir de là, un tas de privilèges auxquels nous n’avons pas accès. Ce que nous avons en commun c’est la conscience de notre anormalité et la nécessité de se forger des imaginaires qui nous redonnent de la valeur.

Ce qu’on peut avoir en commun c’est nos visions du monde et les luttes que nous voulons mener.

Reconnaître le système genre comme notre ennemi commun

Pour beaucoup de trans, pédés ou non, c’est par le biais de l’insulte homophobe que nous sommes attaqués. Parce que le catalogue d’injures est plus fourni que celui de la transphobie. Parce que pour nos agresseurs cela ne fait pas vraiment de différence. Une bonne part de la haine que nous subissons en tant que pédé (cis ou trans) ne repose pas sur la sexualité mais sur l’expression de genre : le « sale travelo » qu’on nous crache au visage ne se soucie pas d’avec qui on baise. Il repose uniquement sur notre posture, notre démarche, nos vêtements, notre forme de corps, nos intonations, notre gestuelle – tous ces signes capables de trahir notre trahison. L’insulte signifie : « je ne te reconnais pas comme homme et je te méprise de ne pas jouer le jeu ». Elle signifie : « sale traître ». Parce que pour beaucoup d’entre nous, être pédé est bien plus qu’une question de cul : c’est une question de rapport à la masculinité, la nôtre et celle des autres, de manières d’interagir avec les hommes, avec les femmes, de comment nous fabriquons notre sociabilité et notre affectivité. Ce qu’on peut avoir en commun, c’est refuser de réduire le fait d’être pédé à une question de sexualité. C’est reconnaître que nous avons un problème avec le système de genre et sa binarité. C’est reconnaître notre ennemi commun et lui faire face ensemble.

Dés-essentialiser nos identités

Pour certains trans il peut être difficile de se définir par une orientation qui place le dualisme de genre au centre – parce que nous le subissons trop, parce que nous ne voulons pas le renvoyer à la gueule des autres trans, Ft... ou Mt... Parce qu’on ne va pas aller vers des définitions de nous qui nient des positions trans, parce que nous-mêmes considérons souvent plus facilement que les cis d’avoir des relations sexuelles ou des camaraderies avec des trans. Et pour ceux d’entre nous qui se reconnaissent comme pédés, beaucoup d’éléments se chevauchent entre ce que nous partageons entre pédés et ce que nous partageons entre mecs trans, pédés ou non. Ce que nous pouvons avoir en commun, c’est affiner notre vision de ce que nous partageons et mettre en place les alliances qui y correspondent.

Reconnaître le statut d’homme comme une position sociale. Reconnaître la diversité des manières d’être un mec, en fonction de nos parcours spécifiques et multiples. Reconnaître que la question d’être pédé n’est pas une question d’homogénéité de vécus. Qu’elle n’est pas tant la question de « d’où on vient » que celle de « quelle place on occupe dans ce monde ». Sortir des discours universalisants de type « nous les pédés », parce qu’on n’est pas le même pédé selon qu’on est trans ou cis, qu’on est né ici ou ailleurs, qu’on a grandi dans un milieu social ou un autre, qu’on a été entouré de nos pairs ou pas.

Dés-essentialiser nos identités, c’est arrêter d’associer le fait d’être pédé à celui d’être « né homme ». C’est aussi les dé-génitaliser, défaire nos représentations de la masculinité liée à la bite. Parce que ce que nous pouvons avoir en commun c’est un même intérêt à faire exploser cette vision de l’Homme telle qu’on nous l’a présentée dans les manuels de biologie, dans les films qui ont marqué notre jeunesse, dans les discussions d’« homme à homme ». Parce qu’aucun d’entre nous ne peut rentrer dans cette fameuse équation homme = pénis = virilité = hétéro – nous avons tous intérêt à bousiller l’équation.

Trahir la complicité hétéro-cis

Créer d’autres manières d’interagir avec les hommes hors de la rivalité et de la compétition, ne pas se faire les complices passifs du mépris institué envers les meufs et les tapettes, ne pas jouer le jeu de la virilité. Ce qu’on peut avoir en commun c’est la nécessité de fracasser l’hétéro-cis-sexisme depuis notre position de mecs. Mettre en commun nos stratégies, les petits trucs qu’on a trouvé chacun pour briser cette complicité malaisante qui s’installe à notre insu quand on est pris pour des « vrais mecs ». Partager les trucs qu’on a développés pour agir en solidarité avec des femmes exposées aux violences sexistes sans reproduire un schéma du « mâle sauveur ». Chercher des alliances et des solidarités avec celles et ceux avec qui nous partageons l’oppression patriarcale : femmes, trans (Mt... ou Ft...), gouines, intersexes, bi.e.s, autres mecs « ratés » (en raison de leur racisation, de leur handicap, de leur psychiatrisation, etc.).

Bâtir des communautés

Ce qu’on peut créer en commun c’est de l’empowerment : se dire qu’on est beaux et forts et célébrer nos existences et nos résistances. C’est la nécessité de construire des communautés qui nous renforcent, qui nous soutiennent, qui nous permettent de se dire, de s’expérimenter, et de se confronter. Et de trouver des pairs parmi les pairs, de se donner des occasions de rencontres avec d’autres pédés trans, d’autres pédés arabes, d’autres pédés prol’. C’est se reconnaître mutuellement, se donner de la place, de la valeur. Créer du commun, une histoire – des histoires – et les rattacher à d’autres qui les croisent : celles des gouines, celles des résistances à la colonisation, celles des luttes anti-psy, celles des combats contre le capitalisme et l’impérialisme.

Refuser l’assimilation

Ce qu’on peut avoir en commun c’est notre envie de célébrer ces masculinités dévoyées, perverties, corrompues. D’affirmer notre incompatibilité avec ce monde. De porter notre homosexualité et/ou notre transidentité pas seulement comme l’expression de notre moi profond mais comme une position politique, une critique de l’ordre social. Parce que pour certains de nous, nous remettons en cause les structures de ce monde : le racisme, le sexisme, le capitalisme, la démocratie. Parce que ce que nous voulons ce n’est pas la GPA ou l’accès aux privilèges qui sont ceux des minorités dominantes. Nous ne voulons pas faire une victoire du coming-out d’un PDG de multinationale, pas plus qu’une alliance avec un flic gay.

Nous ne voulons pas nous asseoir à la table des grands. Nous ne voulons pas qu’on nous donne une place. Nous ne voulons pas nous aligner sur un discours intégrationniste et devenir des « normaux comme les autres ». Nous ne voulons pas valider une vision raciste, néo-colonialiste et petite-bourgeoise de la « diversité », de la « laïcité », de la « citoyenneté ». Ce qu’on peut avoir en commun, c’est notre refus d’être « guéris » ou « intégrables ». Notre refus d’être « acceptés » ou « tolérés ». Ce qu’on peut avoir en commun c’est un désir ardent de foutre en l’air l’ordre social.

***

GRINDR – EXTRAITS CHOISIS

[Grindr est une application sur smartphone de rencontres gays-mecs très axée sur les plans culs. Les échanges y sont donc assez directement sexuels.]

NB : j’ai personnellement fait le choix de préciser le fait que je suis trans (et que j’ai un vagin et pas de pénis) dans mon profil (j’en avais marre des conversations qui commencent par me demander la taille de ma bite, ou des photos de ma bite).


- Salut
- Salut
- Ça va
- Bien et toi ?
- Tranquille
- Tu es trans alors
- Indubitablement
- Et toi ?
- Y’a plus rien donc
- Hein ?
- Tu n’as plus de sexe
- heu bah chouchou y’a quelques problèmes de notions anatomiques là !
- Explique-moi je suis novice
- Les personnes qui n’ont pas de pénis n’ont pas « rien »
- Elles peuvent avoir un vagin et un clito par exemple


- Hello j adore trans
- Et t’adore quoi ?
- Tout. Sucer. Lécher. Goder. Doigter.


[...]
- Tu aimes le foutre où ?
- plutôt dans une capote ;)
- Le tien sur mon visage ça te va ?
- techniquement je ne produis pas de foutre…
- ah oui pardon
- pardon de ma maladresse
- Tu me fais boire le mien ?


- bien monté ?
- lis mon profil
- ah j’avais pas vu
- je peux choisir la taille du gode alors ?


- Salut
- Salut
- Je suis intrigué par ta présentation
- Je comprend pas trop
- Je suis peut être bête mais quand tu dis que tu es trans ça veut dire quoi
- Je comprend pas
- Tu étais une femme et tu deviens un homme ?
- Yep
- donc tu te fais prendre par devant et par derrière
- ça doit être intéressant


[...]
- c’est bizarre de dire ça mais j’aimerais bien tester ton vagin
- j’ai déjà couché avec des meufs mais j’avais 17 ans
- je suis pas une meuf…
- oui je sais mais je parle d’avoir mis ma queue dans un vagin
- et ça te fait envie ?
- je veux bien essayer vraiment
- après j’espère que je vais bander
- je suis pas sur
- je connais pas du tout ma réaction
- et si j’arrive pas à bander ?
-  ???
- tu réponds plus ?


[...]
- qu’est ce qui te fais envie ?
- d’habitude j’aime sucer mais là ça va être compliqué
- pas de problème c’est possible…
- comment ?
- bah un clit c’est à peu près pareil qu’une bite – en plus petit
- ça me fait envie
- j’espère que je vais savoir faire
- t’inquiète je suis un très bon prof…


[...]
- Tu es femme à l’origine
- Oui j’ai été élevé comme une femme
- Et tu ressembles physiquement à un mec
- Oui je suis un mec
- Ok un vrai mec mais sans bite
- bah sans bite integrée quoi… parce qu’en silicone ça peut toujours s’arranger…
- Comment ça ?
- on appelle ça gode-ceinture…


[...]
- c’est la première fois que je parle à un trans mais cela me plaît plutôt
- tu as un très beau visage
- c’est peut être juste la première fois que tu parles à un trans en le sachant !
- oui possible
- Mais après pour moi c’est le visage, sa personnalité entière qui comptent. Donc je m’en fiche pénis ou autre chose. En plus je suis bisexuel et 100 % actif
- Et bien j’ai pas l’habitude de draguer des bis… mais j’imagine que c’est leur visage et leur personnalité qui compte non ?


- salut
- j’aime beaucoup ton profil. j’aime bien ton humour.
- merci
- tu es très mignon
- envie qu’on se voit ?


PS : j’ai fait du sexe avec la plupart de ces mecs. Et c’était plutôt chouette.

Anonyme

P.S.

APPEL À CONTRIBUTIONS CONTINUER ENSEMBLE

C’est pas un truc de pédés ! En fait si, c’en est carrément un. Un truc de pédés qui ont un p’tit truc en commun : le fait d’être trans.

Alors c’est un appel à contributions pour se renforcer, encore et toujours plus, se donner de la visibilité, prendre de la place, se reconnaître, se marrer, lutter contre l’isolement et la placardisation.

On parle de quoi ? De nos vécus de pédés, de nos analyses de ce monde, de la place qu’on y a, de la place qu’on y trouve. De ce qui nous rend fort, de ce qui nous fragilise, de ce qui nous fout la rage et nous fait avancer. Du chemin que ça nous a pris de nous dire pédé. Des complicités que nous avons trouvées. De nos désirs, nos imaginaires érotiques, nos attirances sexuelles. De ce qu’on a de commun avec les autres pédés. De ce qu’on a de différent. De ce qu’on voudrait bâtir comme solidarités. De nos coming-out à répétition, de comment on gère avec la trouille d’être découverts. De nos rapports avec les pédés cis. Avec les pédés trans’. De nos corps, de nos génitalités, de comment on arrive (ou pas) à conquérir le sentiment d’être désirables. De nos bites, chattes, dicklits, godes, anus et quelques soient les mots qu’on utilise. De qu’est-ce qui fait de nous des pédés, qu’est-ce qui fonde une communauté pédé, qu’est-ce qu’on y cherche, qu’est-ce qu’on y trouve ? De notre rapport à la masculinité, à la nôtre, à celle des autres. Des pédés qui nous ont marqué, inspiré, ouvert la porte à nous affirmer.

On fait un zine ? Un blog ? Un livre ? Une monographie sociologique ? (non, ça non)... on verra bien en fonction des contributions et de l’énergie disponible !

Envoie tes textes, tes dessins, tes traductions, tes mots croisés, les trucs écrits par d’autres qui t’ont marqué, etc. Lâche-toi, fais toi plaisir et ensemble faisons-nous ce cadeau : celui de renforcer notre visibilité en tant que pédés trans.

NB : c’est sûr que se définir par l’“orientation sexuelle” peut être complexe… Parce que parfois notre identité de genre prend plus de place que ces questions “annexes”, parce que parfois nos transitions nous chamboulent tellement sur ces aspects, parce que nous sommes conscient-e-s en tant que trans’ que définir nos partenaires en premier lieu par leur genre pose un certain nombre de problèmes… Bref pour dire que ça marche si tu te définis pas à 100% dans une identité pédé mais que ça te parle et résonne avec tes expériences/attirances/parcours… et que t’as envie de parler de ça.

trannyfag@riseup.net