BROCHURES

Un été à Berlin contre les expulsions et la gentrification
Retour d’expériences et perspectives - août 2020

Un été à Berlin contre les expulsions et la gentrification

anonymes (première parution : août 2020)

Mis en ligne le 28 novembre 2020

Thèmes : Mouvance autonome (51 brochures)
Squat, logement (31 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,20.1 Mo) (PDF,20.2 Mo)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

Table des matières

Avant-propos

I) Berlin, les House Projects et l’Interkiezionale
Projets menacés d’expulsion

II) Organiser la guerre sociale sans mouvement social
Appel pour les Jours J d’expulsion
Rejoignez-nous !
Compte rendu de la manif du 1er août 2020 "Sortons de la défensive"
Analyse critique de la manif du 1er août 2020 "Sortons de la défensive"
Compte rendu & analyse de la sauvage post-expulsion du 8 août 2020
Couleur et pierres contre la Startup Factory
Attaque de pavés sur des voitures de la société immobilières Vonovia
Destruction d’une bagnole de flics
Barricades enflammées contre l’expulsion
Attaque des locaux de Vonovia : boule de peinture et portes scellées à Leipzig
La boutique de serrurerie de l’expulsion hors service
Peinture et verre brisé pour Saga
La sauvage s’est faite défoncer, exprimons notre colère ailleurs
Du feu pour le Syndikat
Une pelleteuse Eurovia-Vinci incendiée
Tous les jours c’est pareil, on casse les vitres du SPD
De la couleur et des pierres pour le campus EUREF
Dussman incendié

III) Sur la défense collective et la répression
Infos sur l’anti-répression pour la manif du 1er août 2020

IV) Perspectives
Tract d’appel à solidarité contre l’expulsion de la Liebig34
Appel à la semaine d’action du 7 au 13 septembre 2020 à Berlin
Appel à la manif internationale à Berlin le 31 octobre 2020


Avant-propos

Durant l’été 2020, nous avons passé plusieurs semaines dans un House Project de Berlin, suite à l’invitation d’ami.es qui avaient déjà habité ici, pour aider les compagnon.nes sur place dans leur lutte contre l’expulsion de plusieurs lieux. Notre séjour s’est articulé autour de deux dates, celle de la manif du 1er août 2020 contre l’expulsion des projets menacés et celle du 7 août contre l’expulsion du bar collectif Syndikat. Ces quelques semaines, assez intenses, nous ont fortement marquées, tant par les lieux habités ou traversés que par les personnes rencontré-es ou notre participation sur place à plusieurs actions et manifestations. L’idée d’écrire cette brochure provient des nombreuses discussions et réflexions que nous avons eu sur place, entre nous ou avec d’autres habitant.es : il nous a paru rapidement indispensable de partager ce que nous étions en train de découvrir, d’abord pour inciter à plus de solidarité internationale, mais aussi parce que les formes d’engagements et d’organisations rencontrées nous semblaient inspirantes.

Il est important de garder en tête que la lutte sur place est loin d’être terminée, que cette brochure ne recherche pas l’exhaustivité et ne reflète que notre passage limité dans le temps et l’espace. D’autres actions sont prévues après notre départ, tout comme beaucoup d’autres actions nous ont précédé. Ce texte ne pourra jamais remplacer une expérience concrète, donc n’hésitez pas à vous rendre sur place !

Afin de rendre compte au plus près de la lutte contre les expulsions, nous avons rassemblé des éléments de contexte, des textes de présentation sur la manière dont la lutte s’organise issus de blogs de collectifs, des appels à manifestations et action directes et des communiqués d’actions publiés durant le temps de notre séjour. Nous voulons préciser que les différents éléments de contexte sont tirés de nos discussions avec des compagnon.nes sur place, de recherches historiques rapides et de ce que nous avons compris directement en participant à la lutte contre les expulsions. Tout ce que nous avons écrit a été relu ou validé par des habitant.es du House Project qui nous a hébergé. Les textes issus de blogs ont été traduits avec l’aide d’habitant.es du House Project et comme toutes traductions elles sont sujettes à une certaine interprétation. De plus, nous avons choisi de féminiser les textes allemands qui ne l’étaient pas pour rendre compte de la participation des meufs dans la lutte. Nous avons annoté par le sigle « NDA » (note des auteur.e.s) certains textes traduits pour faciliter leur compréhension.

Pour des raisons de sécurité numérique, nous conseillons vivement de visiter les liens qui figurent dans la brochure par l’intermédiaire du système d’exploitation Tails et du navigateur de recherche Tor.

Berlin, les Houses Projects et l’Interkiezionale

Les modes d’organisation que nous avons expérimentés nous semblent liés de près à la morphologie de la ville. Berlin est une ville beaucoup plus étendue et beaucoup moins dense que Paris. Il y a aussi plus de parcs qui restent ouverts toute la nuit. La limite entre le « centre » et la périphérie est moins marquée, voir difficile à cerner. Comme il y a moins de relief, et aussi pour des raisons de surveillance, tous nos déplacements se sont faits à vélo - et il est assez facile de s’en procurer ;). Pour le plus grand bonheur des individu.es mobiles, il n’y a presque pas de caméras, ce qui donne parfois l’impression étrange que tout est envisageable. D’autant plus qu’il est possible, à l’aide d’une simple carte découpée dans une bouteille en plastique, de pénétrer dans beaucoup de halls de la ville, ceux-ci donnant accès à des cours intérieures.

L’omniprésence des tags, les traces d’actions passées, les petites rues pavées, les parcs ouverts et les nombreux House Projects semblent rendre la ville plus habitable. Dans tout Berlin, on peut trouver plus de 200 House Projects. Ce sont des lieux d’habitation collectifs qui existent depuis la vague de squat des années 90. Après la chute du mur, durant plusieurs mois, l’Est Berlinois s’apparentait à une zone libre. Les flics de l’Ouest ne pouvaient pas encore se rendre à l’Est tandis que les flics de l’Est désertaient. Cette année a permis la réquisition d’énormément de bâtiments, certaines rues étaient même entièrement squattées. Cependant, après l’expulsion de tous les squats de la rue Mainzer qui a donné lieux à des émeutes sur plusieurs jours, de nombreux squats ont choisi la voie de la légalisation par peur de l’expulsion. La majorité des Houses Projects aujourd’hui à Berlin sont donc des anciens squats qui ont obtenu des baux précaires et ne sont parfois même plus considérés comme des lieux politiques. La plupart sont loués ou achetés individuellement voir collectivement, parfois à travers des sortes de coopératives, et peuvent aussi tout à fait être récupérés comme des lieux alternatifs qu’il fait bon avoir dans sonquartier branché. Certains House Projets, comme la Rigaer94 ou la Liebig34 sont cependant encore totalement ou partiellement squattés et sont ainsi emblématiques du Berlin autonome et révolutionnaire. Ces House Projects minoritaires qui refusent de négocier avec les pouvoirs publics ou le proprio subissent des menaces constantes d’expulsion.

En effet, Berlin n’échappe pas aux processus métropolitains propres au capitalisme mondialisé, et la plupart de ses quartiers « centraux » se gentrifient ou sont déjà totalement embourgeoisés. Les House Projects squattés sont un frein à la promotion immobilière, en plus d’être des lieux d’organisation politique. Ils subissent donc une double pression agissant conjointement : celle des propriétaires, souvent des grands groupes immobiliers qui ont racheté les immeubles et souhaitent aménager la parcelle ; celle des flics qui patrouillent autour en camion, stationnent à proximité ou harcèlent les habitant.es des House Projects les moins conciliants.

Les House Projects, bien que pratiquement tous situés à l’Est de Berlin, ne sont pas forcément dans des quartiers dits alliés. Certains sont même plutôt situés dans des quartiers définitivement perdus car trop avancés dans le processus de gentrification. Ils sont alors des îlots de résistance dans des quartiers devenus luxueux, entourés d’immeubles neufs, de restaurants pour jeunes branchés et d’espaces de co-working, mais n’hésitent pas à entretenir une dynamique offensive par rapport à leur voisinage. D’autres se trouvent dans des quartiers encore populaires mais en cours de gentrification. La question des rapports entre les House Projects et leur voisinage est donc un sujet majeur de réflexion.

Comme nous l’avons dit, les House Projects squattés subissent des menaces d’expulsion constantes. Et si chaque House Project est autonome dans son organisation, une structure inter-quartier, l’Interkiezionale (kiez signifie quartier), permet depuis 2018 de coordonner la lutte contre les expulsions en fédérant 7 ou 8 projets menacés, malgré certaines différences politiques. C’est l’Interkiezionale qui organise des manifestations ou qui publie des appels à soutien et à action lorsque des lieux sont menacés. Cette lutte contre les expulsions s’est articulée à la lutte contre la gentrification de la ville. Ce n’est plus seulement la question de la préservation des lieux existants, c’est une lutte pour une certaine vision de Berlin, comme peut le montrer ce communiqué tiré du blog de l’Interkiez :

Projets menacés d’expulsion
Attaquer la ville des riches - défendre les projets

La gentrification à Berlin se poursuit sans cesse. Non seulement les personnes mais aussi les espaces sont touchés : les espaces du mouvement radical, les espaces ouverts, les espaces plus sûrs pour les personnes discriminées, les espaces non commerciaux, les espaces de la sous-culture, les réseaux politiques et les espaces où les gens essaient de vivre des utopies concrètes.

Une lutte - un combat

Ces dernières années, des espaces tels que le projet de maison Liebig14, le centre de jeunesse Drugstore, l’espace communautaire Friedel54, l’espace DieselA & Sabot Garden occupé par des roulottes (« wagon place »), l’occupation de la O- Platz et l’école occupée sur la Ohlauer Straße ont déjà disparu.

Mais cela ne s’arrête pas là. De nombreuxautres espaces sont actuellement menacés. Le centre de jeunesse Potse, le House Project Liebig34 et le bar collectif Syndikat & Meuterei s’attendent à une expulsion avant la fin de l’année (NDA : le Syndikat a été expulsé le 7 août 2020). D’autres espaces comme le House Project Rigaer94, le House Project Köpi137, la maison communautaire Lause10/11 ou le jardin communautaire Prachttomate sont confrontés à une menace similaire dans un avenir proche. (NDA : les projets portent souvent le nom de la rue dans la quelle ils se trouvent).

Pas d’espace - pas de mouvement

Ce sont des espaces qui vivent et se battent pour un Berlin différent : un Berlin dans lequel nous connaissons nos voisins, dans lequel nous créons nos maisons et notre quartier ensemble et déterminons conjointement la manière dont l’espace public est utilisé. Un Berlin où il y a de la place pour des manières de vivre que nous choisissons par nous-mêmes. Un Berlin dans lequel nous pouvons expérimenter des alternatives aux relations d’exploitation et d’oppression du travail salarié, du travail du care, du système éducatif, du loyer et de la propriété.

Comment voulons-nous nous battre pour une telle ville lorsque ces espaces sont expulsés ? Où nous réunissons-nous pour des assemblées ? Où peignons-nous des banderoles ? Où pouvons-nous organiser des événements pour nous éduquer ? Où pouvons-nous organiser des événements non commerciaux et sous-culturels, des concerts, des groupes de lecture, des ateliers, des formations ou avoir une cantine populaire ? Où peut-on se sentir en sécurité face à la violence patriarcale et raciste ? Où pouvons-nous nous réunir loin du contrôle autoritaire - par exemple des parents, des enseignants, des professeurs, de la police, des supérieurs ou du personnel de sécurité - ou sans rien consommer ?

Dans notre lutte pour une ville vivable, la lutte pour ces projets est un élément essentiel. Nous luttons pour la préservation de :

Liebig34 : La Liebig34 est un House Project anarchiste, queer-féministe et auto-organisé, situé directement sur la "Dorfplatz" à Berlin dans le quartier Friedrichshain. La maison est utilisée par différents collectifs : l’info-kiosque "Daneben", le L34-bar et le collectif d’habitant.es qui est organisé sans mec cis. Des personnes du monde entier, avec des origines et des identités de genre différentes.
Il est urgent de créer des espaces où nous pouvons expérimenter la vie collective, modifier le genre et l’identité, où nous pouvons développer, étendre et exercer des structures anti-patriarcales, des espaces où nous révélons les structures de pouvoir et les privilèges et où nous pouvons nous renforcer mutuellement.
Notre contrat s’est terminé en décembre 2018 et le propriétaire G. Padovicz a refusé de le prolonger, mais nous sommes resté.es. Le 3 juin 2020, le tribunal a tranché en faveur de notre propriétaire et nous nous préparons maintenant à l’annonce de notre jour d’expulsion (NDA : l’expulsion de la Liebig34 est prévue pour la mi-septembre 2020).

Meuterei : Meuterei est un pub de quartier organisé collectivement à Berlin dans le quartier de Kreuzberg depuis près de 11 ans. Il sert de lieu de rencontre, de salle de réunion ou de lieu d’information et de manifestations musicales pour les gens de la scène et du quartier. Depuis un an maintenant, le pub existe sans contrat de location et risque une expulsion, car Goran Nenadic de Zelos Properties ne veut pas prolonger le contrat de location et est arrivé avec des offres d’achat absurdes entre 650.000 et 750.000€.

Syndikat : Syndikat est un bar collectif qui existe depuis 1985 à Berlin dans le quartier de Neukölln. Dès le début, ce fut plus qu’un bar habituel, mais plutôt une salle de séjour étendue et un espace d’organisation pour les résident.es et au-delà. En 2018, son contrat a été résilié sans raison et sans négociations. Des recherches menées par le collectif et ses amis ont mis au jour un réseau de boîtes aux lettres appartenant à la famille milliardaire britannique Pears. Jusqu’alors totalement inconnues à Berlin, elles font aujourd’hui partie des 10 plus grands propriétaires immobiliers de Berlin. Le procès devant le tribunal a été perdu en novembre 2019 et l’expulsion est datée du 7 août.

Potse : Le Potse et le drugstore sont les deux plus anciens centres autonomes de jeunesse à Berlin. Depuis près de 50 ans, les jeunes ont une activité antifasciste, non commerciale et autonome à Berlin dans le quartier de Schöneberg. En 2015, cependant, le district berlinois de Tempelhof-Schöneberg a arrêté de payer leur loyer et a mis fin à leur contrat. Les loyers n’étaient plus abordables car le quartier connaissait une violente gentrification. Les 2 centres de jeunesses autonomes ont été remplacés par l’agence de cohabitation et de co working Rent 24 et l’école de commerce BSBI. Fin 2018, le Drugstore a dû mettre les clés sous la porte. Le Potse continue d’occuper les lieux afin d’exercer une pression sur les politiciens et de lutter pour des espaces alternatifs. Le 8 juillet, le tribunal a ordonné l’évacuation du centre de jeunesse.

Et davantage :
Hausprojekt B5355 (le contrat touche bientôt à sa fin) - Wagenplatz DieselA (squatté depuis septembre 2018, s’est fait expulser et a déménagé, nouvelle occupation depuis juin 2020) - Kiezladen Friedel54 (expulsé en juin 2017, en exil jusqu’à ce qu’iels trouvent un nouveau lieu en juin 2020) - Großbeerenstr.17A (expulsion illégale en avril 2019) - Hausprojekt Köpi137 (les propriétaires ont vendu au printemps 2020, avenir incertain) - Hausgemeinschaft Lause 10/11 (menacé depuis un changement de propriétaire en 2017) - Besetzte Ohlauer Schule (expulsé en janvier 2018) - Jugendzentrum Drugstore (en exil depuis décembre2018) - Hausprojekt Rigaer94 (le gouvernement cherche des moyens de les expulser, propriétaire inconnu) - Wagenplatz Sabot Garden & öffentliche Brache “Widerst(r)and” (squatté sous le nom de DieselA en septembre 2018, expulsion illégale en février 2020) - Gemeinschaftsgarten Prachttomate (menacé d’expulsion depuis novembre 2018, futur incertain).

Organiser la guerre sociale sans mouvement social

En France, nos luttes se structurent généralement autour des « mouvements sociaux ». Mis à part lors du dernier mouvement des gilets jaunes, les manifestations, blocages, occupations et actions se concentrent majoritairement pendant quelques mois, lorsque les syndicats majoritaires décident de hausser le ton pour tenter de s’imposer dans des négociations autour d’une loi ou d’une restructuration d’entreprise. C’est triste à constater, mais nous n’avons pas encore réussi à dépasser cette temporalité qui nous échappe, et le cortège de tête en est l’exemple le plus flagrant : l’expression de notre radicalité peine parfois à dépasser les manifestations syndicales.

En Allemagne, il n’y a plus de mouvements sociaux à proprement parler. Ou plutôt, la pacification semble plus étendue encore qu’en France. Imaginez que la CFDT devienne le modèle du syndicalisme : plus de grèves massives, plus de manifs tous les jeudis et surtout vous n’êtes vraiment plus les bienvenu.es en tête des cortèges. Les festivités du 1er mai sont organisées par la mairie donc vous n’êtes plus les bienvenu-es non plus.

Pour exister politiquement, s’organiser et se défendre, les compagnon.nes ne peuvent compter que sur elleux-mêmes. Ainsi, les groupes autonomes constituent une force politique à part entière. Les différents groupes affinitaires, qui ne correspondent pas toujours aux différents House Projects, se rencontrent régulièrement pour réfléchir aux stratégies les plus adaptées selon leur analyse du rapport de force actuel et planifient leur propre calendrier d’actions ou de manifs de façon autonome, puis se répartissent les taches d’organisation. Il nous a semblé que l’autonomie des compagnon.es quant à leurs pratiques de luttes permet une importante diversité de modes d’actions. Des actions centralisés ou décentralisés, appelées publiquement ou entre groupes affinitaires, offensives ou plus conviviales peuvent très bien cohabiter sans qu’il y ait de hiérarchie entre elles. Par exemple, dans la mobilisation contre l’expulsion du Syndikat, il y a eu des rassemblements, des manifs appelées publiquement, des manifs sauvages (appelées Sponti) et des actions décentralisées. Construire sa propre force politique permet ainsi d’être autonome quant à la façon de mener une lutte. Voici un exemple d’une des façons dont l’Interkiezionale compte réagir à l’expulsion des projets menacés :

Appel pour les "Jour J" d’expulsion :

Nous appelons à des actions décentralisées et à une manif sauvage déter et vener à 21H, le jour de l’expulsion (jour J). Cela signifie que si le Syndikat, Liebig34, Potse ou Meuterei sont expulsés, il y aura des actions décentralisées dans la journée et une manif sauvage à 21H. Le point de départ sera annoncé ici dans la journée. On ne sait pas encore si le jour J sera annoncé à l’avance par les flics. C’est la raison pour laquelle nous appelons à des actions décentralisées toute la journée dans Berlin et ailleurs. Préparons-nous et agissons de manière auto-organisée !

Mais nous ne voulons pas seulement attendre le jour J. Invitez-nous à vos événements pour des moments d’information, venez à Berlin ou organisez des actions dans vos propres villes. Soyons créatives, solidaires, résistantes et militantes, contre la ville des riches, défendons nos squats !

Ce texte et le suivant proviennent de l’Interkiezonale et peuvent être retrouvés ici en anglais.

Rejoignez-nous !

Pour nous, le jour J (jour de l’expulsion) c’est déjà trop tard. Nous voulons empêcher une expulsion et nous défendrons nos espaces quoi qu’il arrive. C’est pourquoi nous luttons déjà contre ceux qui veulent nous expulser : entre autres les propriétaires, les tribunaux, la police et le Sénat de Berlin. Des élections auront lieu à Berlin l’année prochaine et ceux qui vendent la ville cherchent des voix. La dernière chose que les partis gouvernementaux veulent, ce sont des émeutes et des actions directes qui assombrissent leur campagne électorale.

Vous voulez vous battre avec nous ? Invitez-nous à des événements d’information, passez nous voir ou faites des actions dans votre propre Kiez et votre ville. Surveillez les annonces, venez à nos événements d’information. Soyons créatif.ives, solidaires, résistant.es et militant.es. Contre la ville des riches - défendons les projets !

En plus de ces appels à sponti (manif sauvage) les jours d’expulsion, l’Interkiezionale organise aussi des manifestations déclarées. L’auto-organisation de ses propres manifs permet une meilleure préparation de celles-ci. Le trajet est pensé pour permettre le plus de conflictualité possible, des points de départ en sponti et des points de dispersion sont planifiés à l’avance, des codes visuels et sonores sont choisis, un plan B est prévu, les premières lignes sont pré-établies. Une carte de la manif avec le parcours et les points de tensions potentiels est rendu publique quelques jours avant les manifs. Organiser des manifs avec ses propres forces permet aussi de se sentir plus à l’aise quant à certaines pratiques : tout le monde est masqué, ganté, vêtu de noir et personne ne viendra vous faire la morale si vous vous en prenez à la première banque qui passe. Le 1er Août 2020 a eu lieu une manifestation déclarée, organisée par l’Interkiezoniale, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes avec un fort degré d’intensité. Voici un compte rendu par l’Interkiezionale de cette manif.

(...)

Parallèlement à ces moments de manifs déclarées ou sauvages il y a eu, pendant notre séjour, beaucoup d’actions directes réunissant parfois un grand nombre de compagnon.nes et pouvant être synchronisées dans plusieurs villes/secteurs différentes pour faire pression contre les expulsions. Nous vous avons traduit quelques communiqués d’actions en lien avec le mouvement qui ont eu lieu pendant que nous étions sur place, vous pouvez les retrouver en allemand pour la plupart sur le site chronik.blackblogs.org :

Couleur et pierres contre la Startup Factory

2 août 2020, Berlin

Le 1er août 2020, une manifestation organisée à l’échelle nationale sous le slogan "Sortons de la défensive" a eu lieu à Neukölln. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre les prochaines expulsions du Syndicat, et d’autres projets menacés tels que la Liebig 34, le Potse/Droguerie, la Mutinerie et Rigaer94. Du début à sa dissolution prématurée, la manifestation a été exceptionnellement puissante et dynamique.

Plusieurs lieux symboliques de la répression et de l’embourgeoisement ont été attaqués pendant la manifestation, et même après la dissolution, les gens marchaient encore dans les rues en petits groupes pour exprimer leur colère. Dans la soirée, une manifestation spontanée a eu lieu à travers le Prenzlauer Berg. Nous étions très heureux.ses de cette manifestation, pour laquelle beaucoup de gens avaient évidemment déjà pensé à des actions décentralisées.

Nous aussi, nous ne voulions pas laisser cette journée se terminer et nous voulions apporter une nouvelle contribution à l’Interkiezionale. Dans la nuit du 1er au 2 août, nous avons visité la startup Factory de Treptow. Avec beaucoup de gens, nous avons attaqué le bâtiment avec des pierres et de la peinture . Certains spectateurs ont remarqué l’action et ont demandé si nous étions des Antifa et s’ils pouvaient participer. Il est évident qu’il y a aussi des personnes en dehors de nos structures qui ne veulent pas accepter les conditions qui prévalent et qui comprennent et partagent notre langage et notre motivation. Dans la Factory, la nouvelle classe créative et enthousiaste de la technologie se réunit et, sous le patronage de grandes sociétés de technologie et d’investissement, elle est censée faire vivre son idée de start-up. Les lieux comme la Factory ont un effet rétroactif sur le quartier dans lequel ils s’installent. Depuis des années, Berlin tente de devenir le nouveau point chaud de la scène des start-up. Le fait que cela change la ville au détriment des personnes à faibles revenus est politiquement calculé et voulu.

Nous continuerons à lutter contre le bradage de la ville et à empêcher l’expulsion de nos lieux et projets.

Vendredi prochain, le 7 août 2020, le Syndikat, en tant que premier des projets menacés sera évacué. Si l’on en arrive là, le jour X sera déclaré.

Nos idées et nos conceptions d’un autre monde ne peuvent pas être effacées !
Sortons de la défensive !

Attaque de pavés sur des voitures de la société immobilière Vonovia
Réaction militante à l’occupation du Schillerkiez, quartier du squat Syndikat

6 août 2020, Berlin

Nous sommes partis en petit groupe hier soir pour mettre hors service trois voitures de l’entreprise Vonovia [1] à trois endroits différents de la ville. Nous avons utilisé des pavés pour nous assurer que les voitures seraient belles et bien hors d’usage le jour suivant.

Cette action est une réaction à l’opération d’expulsion du Syndikat qui a commencé hier. Le SPD, la gauche, les Verts et leurs sbires ont décidé d’occuper le quartier résidentiel environnant deux jours avant l’expulsion de demain pour réprimer les protestations. L’autorité chargée d’accepter ou non les rassemblements et manifs, qui pendant des semaines n’a tout simplement pas réagi à l’enregistrement de la « Longue Nuit » [2] de la Weisestraße, l’a maintenant interdite en coordination avec les flics responsables du plan d’expulsion. Cette stratégie montre qu’il est définitivement temps de passer de la protestation à la résistance.

Il existe une longue pratique militante contre les grandes sociétés immobilières comme Vonovia. En lançant nos pavés, nous sabotons leurs opérations et développons nos compétences en matière de conspiration, qui font tout simplement partie intégrante de journées comme celle-ci.

Défendons le Syndikat !
Vive la solidarité inter-quartiers !

Destruction d’une bagnole de flics
Une patrouille dispensée

7 août 2020, Berlin Kreuzberg

Bonjour, chers porcs,

A l’occasion de l’expulsion du Syndikat, nous avons brisé les vitres de l’une de vos bagnoles devant l’hôpital Urban.
Mais ne vous inquiétez pas, vous pourrez les retrouver en mille morceaux sur le siège de votre voiture.

Amusez-vous bien à les assembler !

Syndikat Jour J – Barricades enflammées contre l’expulsion

7 août 2020, Berlin

Alors que des centaines de personnes étaient dans les rues de Schillerkiez, s’opposant aux sbires du capital, nous avons décidé de saboter l’expulsion du Syndicat à un autre endroit. Avec des pneus et quelques litres d’essence, nous avons barricadé le Britzer Damm [3] à 5h30 du matin, à la hauteur de l’accès à l’autoroute , qui a ensuite été fermée pendant plus d’une heure. Depuis le pont piéton, une banderole a fleuri enmême temps, visible de loin : « Feu et flammes pour la ville des riches - le Syndikat reste ! »

Le gouvernement du SPD, des Verts et de la Gauche a montré une fois de plus comment il défend les intérêts du capital : avec la violence de ses tas d’ordures en uniforme. Notre haine est dirigée envers ceux qui sont au pouvoir, notre sympathie et notre solidarité vont au peuple qui lutte pour une ville d’en bas !

P.S. : +++ 21 heures Day-X Sponti Richardplatz +++

Attaque des locaux de Vonovia à la boule de peinture et portes scellées à l’est de Leipzig

7 août 2020, Leipzig

Dans la nuit du 6 au 7 août, nous avons laissé un petit message de solidarité pour le Syndikat du quartier Schiller de Berlin sur la façade du site de Vonovia dans la Oststraße.

Si vous nous prenez nos locaux, nous savons qu’ensuite ils participeront de manière significative à la planification, à la construction et à l’obtention de revenus dans les villes des riches - qu’il s’agisse d’une société de boîtes aux lettres ou d’une société immobilière de plusieurs milliards de dollars.

Une lutte, un combat !

La boutique de serrurerie hors service

7 août 2020, Berlin - Charlottenburg [4]

Le service de serrurerie "Karlheinz Hinz" qui a été sollicité par l’huissier, ne participera pas au spectacle de l’expulsion du Syndikat.

Vers 3 h 30 du matin, toutes les vitrines de son magasin au 93 de la Kaiserin-Augusta-Allee à Charlottenburg ont été détruites. Sa voiture a été aplatie et du hareng fermenté (une friandise suédoise qui sent mauvais) a été versée dans la cabine du conducteur.

Chaque expulsion a son prix !

Commentaire : Fenêtres brisées sur la flottwellstraße près de Ziegert
7 août 2020
Pendant la nuit, les fenêtres de deux salles d’exposition de Ziegert-immobauten dans la flottwellstraße ont été endommagées.

Peinture et verre brisé pour SAGA, un cadeau pour Schenz

8 août 2020, Hambourg

En réponse à l’expulsion du Syndikat, nous avons décidé d’attaquer un acteur local du déplacement de population et de l’embourgeoisement. Nous, une cellule anti-terroriste autonome, avons été obligés de décorer la façade du bureau de gestion de biens de la SAGA (Methfesselstraße 37, Eimsbüttel) dans la nuit du jour J. Avec 10 bombes de peinture, faites de simples bombes à eau et de peinture murale dissoute dans l’eau, une pierre et des graffitis , nous avons reçu la mission de venger l’expulsion du Syndikat ! Le pavé est un beau cadeau et la vitrine est percée d’un trou de 20 cm de large. Les bombes de peinture décorent maintenant la façade du bâtiment en rouge et annonce "Syndi lives" - en signe de solidarité avec le Syndikat malheureusement expulsé.

SAGA est le premier groupe immobilier de Hambourg et possède plus de 135 000 appartements et plus de 1 500 immeubles commerciaux. Cela en fait l’une des forces les plus puissantes de l’embourgeoisement de notre ville. (...) Nous n’accepterons ni ne tolérerons que nos quartiers et nos espaces ouverts soient encore plus dégradés ! C’est une raison suffisante pour mener à bien une telle action. ALERTA !

Jour J : La sauvage s’est faite défoncer - Nous avons exprimé notre colère ailleurs

8 août 2020, Berlin

Au cours des dernières semaines, des émeutes répétées ont eu lieu à Berlin entre des personnes déter et les flics. Que ce soit parmi les jeunes qui traînent aux parcs Mauer et Gleisdreieckspark, de manière spontanée ou lors de manifestations. (NDA : pendant la crise du coronavirus des jeunes se réunissaient dans les parcs cités pour s’attaquer à la police).

Lors de la manifestation de samedi dernier, plusieurs centaines de flics ont dû manger des pierres et divers autres objets jetables. En outre, des bâtiments et des institutions qui, selon nous, représentent la ville des riches, ont été attaqués. Un sentiment d’impuissance, qui prévaut souvent lors des manifestations (berlinoises), a été collectivement brisé et transformé en une dynamique offensive.

Après que la sauvage du Jour J ait été arrêtée et encerclée après 50m la nuit dernière, nous avons utilisé le courage gagné ces dernières semaines pour exprimer ailleurs notre colère à propos de l’expulsion du SyndiKat. La même nuit, nous avons attaqué le bureau de la société immobilière Covivo et martelé ses fenêtres . Covivo est l’une des plus grandes sociétés immobilières d’Europe et possède également 40 000 unités résidentielles en Allemagne. Ici, à Berlin, ils font la publicité de la vie branchée dans le centre-ville.

Surtout lorsque les manifestations se soldent en défaites, sont arrêtées ou dispersées, la soirée n’est pas terminée pour nous, elle ne fait que commencer !

En solidarité avec le Syndikat et tous les autres projets menacés ! Flics, chacals de l’immobilier – cassez-vous de nos villes !

Du feu pour le Syndikat

8 août 2020, Berlin

Dans la nuit du 8 au 9 août, nous avons laissé un camion de l’entreprise de construction Strabag partir en flammes dans la Wadowstraße. Après l’expulsion du Syndikat et la destruction de plusieurs de nos manifs par les flics, nous tenons notre promesse de rembourser ces attaques par des dommages matériels.

Prolongez le jour J !

Une pelleteuse Eurovia-Vinci incendiée

9 août 2020, Berlin

Dans la nuit du dimanche 9 août, nous avons mis le feu à une pelleteuse appartenant au géant français de la construction Eurovia-Vinci dans la rue Alexandrinens à Berlin dans le quartier de Mitte. Ce groupe gagne son argent, entre autres, grâce au commerce de l’enfermement, sous forme de projets de construction de prisons, de construction de camps de détention de sans papiers ou de sécurisation des frontières. Mais Eurovia- Vinci est aussi un acteur majeur dans les projets d’infrastructures tels que les autoroutes et les aéroports, et est responsable de la destruction massive de la planète et de la transformation de notre environnement en désert de béton.

C’est donc une cible appropriée pour exprimer notre colère face à l’existant et, actuellement, contre l’évacuation d’espaces collectifs et auto-organisés tels que le Syndikat vendredi dernier. Mais cette attaque doit également être comprise comme un geste de solidarité avec les prisonnier.es et en particulier avec les accusé.es du procès de Parkbank à Hambourg [5]. Même si la situation a été un peu plus calme ces derniers temps, nous ne vous avons certainement pas oublié ! Salutations chaleureuses et beaucoup de force ! (A)

Tous les jours c’est pareil, on casse les vitres du SPD

10 août 2020, Berlin

Ce que le SPD de Berlin [6] et les flics n’ont pas signalé jusqu’à aujourd’hui, ce sont les fenêtres brisées du bureau du SPD de Thomas Isenberg dans le centre commercial de Hansaplatz, dans le quartier de Tiergarten à Berlin, avec le slogan "chaque expulsion a son prix".

Le même bureau a déjà été la cible de jets de pierres en 2017.

Les lignes de conflit sur le terrain sont restées les mêmes. Un service de sécurité privé vient d’être engagé pour patrouiller sur la Hansaplatz afin d’expulser les sans-abri. 40% des coûts sont payés par le district.

Que les expulsions s’arrêtent maintenant !

De la couleur et des pierres pour le campus EUREF - Chaque expulsion a son prix

11 août 2020, Berlin

Au bord de l’île rouge à Schöneberg, un "quartier urbain intelligent" [7] se développe depuis 2008 autour du « gazomètre » sous le nom de Forum européen de l’énergie, ou Campus EUREF en abrégé. Des dizaines d’entreprises font des recherches et développent la "ville intelligente du futur" sur le site, qui sert de référence pour la stratégie de la ville intelligente du Land (NDA : région) de Berlin, au sein d’un consortium de grandes sociétés établies comme la Deutsche Bahn, GASAG ou bientôt Tesla et des start-ups. Un véritable laboratoire pour rendre Berlin attrayante en tant que site technologique sur le marché mondial.

Mais à y regarder de plus près, ce qui est présenté ici sous le couvert de la protection du climat et de la durabilité se révèle être un cauchemar cybernétique. Après tout, la ville intelligente et le réseau global qui l’accompagne impliquent avant tout un contrôle de grande envergure. Pour qu’une ville devienne intelligente, elle a besoin d’une énorme quantité de données, et chaque mouvement doit donc être enregistré et évalué afin d’être valorisée puis rentabilisée. Cela rend le comportement des habitant.es de plus en plus prévisible et contrôlable, et c’est précisément l’intérêt des entreprises qui travaillent sans relâche à la restructuration de la ville à l’aide d’innovations technologiques. Il est évident qu’il n’y aura pas de place pour une vie autodéterminée et des espaces incontrôlés au-delà du recyclage et de la consommation [8].

Mais attention, là où des visions d’un avenir effrayant prennent forme, là où les machines sont censées apprendre à agir et à se déplacer de manière autonome, les lanceurs de pierres autonomes ne sont parfois pas loin. Nous aussi, dans la nuit du 11 août, nous avons déclaré que cet endroit était notre véritable laboratoire et nous nous sommes entraînés à jeter des pierres et des verres de couleur en tant que spectateur.trices indésirables. Deux immeubles de bureaux sur le site sont maintenant bien sales et la caméra est devenue aveugle grâce à notre extincteur de peinture. (...) La raison de notre action est l’expulsion du Syndikat vendredi dernier, qui nous met sacrément en colère.

(...)

Sur la défense collective et la répression

La question de la répression et la façon de s’organiser face à celle-ci a été très présente lors de notre passage. Nous avons été impressionné.es par la volonté de se défendre collectivement. Pour vous donner une idée, voici une série d’infos partagées sur le blog de l’Interkiezonale visant à se préparer au mieux à la manifestation du 1er août.

Infos sur l’anti-répression pour la manif du 1er août

La manif aura lieu dans le quartier de Neukölln à Berlin. Le Nord Neukölln est depuis longtemps un quartier où vivent des personnes précaires et aux faibles revenus, et aussi des personnes issues de l’immigration. Jusqu’il y a quelques années, le quartier était composé d’appartements et au rez-de-chaussée des kiosques, des bars à chicha, des boulangeries, des épiceries et des petits commerces. Le secteur s’est de plus en plus gentrifié depuis quelques temps maintenant. Du coup, des cafés et magasins hors de prix ainsi qu’une population plus aisée s’est installée à la place des anciens petits magasins et locataires. De plus en plus de magasins ou de grandes entreprises aparaissent sur les places et dans les rues principales de Neukölln. Ces dernières années, l’État a notamment contribué à l’embourgeoisement et au déplacement des habitant-es. Les grands projets de construction, les raids réguliers contre les petites entreprises de migrants et les flics qui criminalisent et expulsent les gens dans la rue jouent un rôle central dans le changement qui a lieu à Neukölln. Le quartier abrite également le Syndikat, le bar menacé d’expulsion.

[...]

Quelques tactiques des flics de Berlin :

Les flics berlinois ont une tactique anti-insurrectionnelle vieille de dix ans, dont certaines sont spécifiques à Berlin. Les représentations suivantes sont basées sur des expériences du passé et ne constituent pas une prédiction de la stratégie des flics ce jour-là.

Une procédure courante pour les manifestations autonomes consiste à encercler le point de départ de la manifestation et à contrôler et fouiller les personnes qui veulent se rendre au point de départ. En outre, mais moins fréquemment, les flics contrôlent les routes et les stations de métro à proximité. Il est rare que les flics contrôlent les points d’accès à Berlin (gare centrale, Ostkreuz, etc.).

Souvent, les flics essaient de contrôler les manifs en marchant à proximité ou en se plaçant en rang juste à côté de la manif. Dans des cas extrêmes, les flics créent une nasse ambulante, où la manifestation est accompagnée de près par des flics de tous les côtés. Les flics de Berlin filment beaucoup et se concentrent sur des détails tels que les chaussures ou d’autres caractéristiques des vêtements (marques, coutures colorées, patchs, etc.). Outre l’obtention de "preuves", l’objectif est d’identifier les auteur.trices présumé.es à un stade ultérieur, car les arrestations n’ont souvent lieu qu’à ce moment-là.

Les flics attendent souvent la dissolution officielle de la manifestation ou arrêtent même les gens des heures plus tard dans les rues autour de la manifestation.

Comment vous préparer à la manifestation :

Portez des masques et des gants pour vous protéger et protéger les autres. Familiarisez-vous à l’avance avec l’itinéraire et les environs. Réfléchissez à la façon dont vous pouvez participer à la manif avec votre ami.e, vos ami.es et/ou votre groupe affinitaire afin de prendre vous-même des initiatives. Faites attention aux personnes qui vous entourent et aux annonces par mégaphone. Si vous observez des arrestations, signalez-le à l’équipe juridique.

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Ce que vous devez laisser à la maison : téléphone portable privé, stupéfiants, objets pouvant servir d’armes, chiens, vélos.
Ce que vous devez apporter : un masque, des gants.
Ce qui peut être cool d’avoir : la carte d’action imprimée, banderoles, parapluie, veste de pluie ou vêtements de rechange.

Lieux de couchage :

Veuillez envoyer toutes les demandes et offres le plus tôt possible à : interkiezkissen[at]riseup.net.

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La version originale en anglais peut être retrouvée ici :
https://eninterkiezionale.noblogs.org/

mande pour sa gestion anti-émeute basée sur la désescalade, c’est-à-dire la diminution de la tension entre flics et manifestant.es, comparée à une police française jugée trop agressive. A certains moments, nous avons eu l’impression que la police choisissait effectivement d’éviter de rentrer dans la foule, là ou on aurait bien imaginé des BRAV charger et matraquer dans le tas. A ces moments là, les anti-émeutes allemands se contentaient de bloquer la manif ou de « pousser ». ACAB cependant, et les anti-émeutes allemands sont aussi bourrins et violents que leurs homologues français. Ils peuvent décider de disperser la manif, sans gaz, sans flashball, mais par de longues charges en colonnes, à coups de poings. L’organisation de la manif prend en compte ce type d’intervention et souvent les premières lignes pré-organisées, compactes ou équipées de banderoles, tentent d’empêcher ces incursions. Les garde-à-vue sont moins longues, mais la détention provisoire plus fréquente, notamment pour les étranger.es.

Un autre élément qui nous a marqué, c’est une certaine forme de rigueur dans l’organisation. De ce qu’on a vu, les gens arrivent à l’heure (quelle que soit l’heure), et quelque soit la météo, ne boivent pas d’alcool dans les réunions, s’écoutent, viennent sans leurs portables ou sont capables de se transmettre des messages rapidement sans passer par les moyens de communication traditionnels, réalisent leurs tâches à temps et sans qu’on les relance, ne parlent pas de tout n’importe quand et n’importe où. Et tous ces éléments relèvent de l’évidence, c’est à dire que les 57 compagnon.nes ne prennent même plus la peine de les préciser. Là ou parfois en France on a l’impression que ce sont les mêmes personnes qui galèrent à répéter toujours les mêmes infos ou à demander de respecter des protocoles de sécurité basiques, sur place ces questions ne se posaient même pas. C’est peut-être caractéristique du lieu et des gens que nous avons rencontré, mais ces pratiques semblaient tout de même répandues.

Pour certain.es d’entre nous, il a semblé lourd de s’organiser avec autant de rigueur. Pour d’autres cette rigueur était nécessaire à leur participation aux actions. Dans tous les cas, selon nous, il manquait parfois un travail d’accompagnement et de care entre les gens qui pourrait très bien s’articuler avec cette rigueur.

Malheureusement, c’est peut-être le renseignement et la criminalisation des compagnon.nes qui engendre cette rigueur. En effet, les personnes les plus ciblées par la police ou la justice ne sont pas mises au ban de la lutte, mais c’est l’organisation collective qui s’adapte à leur besoin de sécurité. Par ailleurs, le renseignement allemand, c’est autre chose que chez nous. On a entendu pléthore d’affaires où les compagnon.nes apprenaient dans leurs dossiers qu’ielles étaient suivi.es, que leur ADN les avaient trahi.es ou qu’ielles étaient sur écoute. On nous a même raconté une histoire où la voiture d’un.e compagnon.ne avait été remplacée par une reproduction au détail près équipée de micro et de GPS. Les compagnon.nes s’organisent en prenant sérieusement en compte la menace du renseignement et attendent que vous fassiez de même. Penser la possibilité des filatures, des écoutes etc n’est pas considéré comme une peur exagérée mais comme une nécessité pour éviter de se faire prendre.

En plus de la répression générale du mouvement, certains lieux connaissent une répression spécifique ciblée géographiquement. A Berlin, il existe des « Danger zones », des zones définies par les keufs où ils peuvent contrôler, fouiller, ou arrêter les personnes sans motif, pénétrer les logements et perquisitionner sans avis du juge. Il en existe une par exemple pour le Gorlitzer Park, réputé pour être une zone de vente de drogue, mais aussi sur la rue Rigaerstrasse, qui abrite entre autre deux House Projects anarchistes et combatifs, la Rigaer94 et la Liebig34. Dans les faits, cela permet aux flics de venir et d’intervenir comme bon leur semble dans la zone dite dangereuse.

Dans le cas de la Rigaerstrasse, la zone n’est même pas officiellement délimitée géographiquement, sûrement pour empêcher une organisation collective contre celle-ci, et les patrouilles sont incessantes. Il est arrivé que des camions de flics restent devant la porte des lieux, contrôlent toutes les personnes qui souhaitent y rentrer et vérifient que leur domiciliation officielle corresponde. Les flics peuvent même interdire à une personne de revenir sur la zone pendant 48h. Ils ont également mené un raid début juillet 2020 contre Rigaer94, occupant une petite partie de l’immeuble pendant plusieurs semaines après avoir découpé la porte d’entrée, sans autorisation préalable d’un juge. Pour un marché ouvert à prix libre ou pour un concert de rap, les flics ont déjà déboulé et attaqué les compagnon.nes, qui n’ont pas tardé à riposter à coups de pierres ou de barricades.

Perspectives

Si nous écrivons cette brochure, c’est à la fois pour partager l’expérience de la lutte berlinoise contre la gentrification et pour nous inspirer des modes d’organisation des compagnon.nes de Berlin. Depuis trop longtemps nous faisons le constat d’un manque de coopération entre les groupes à Paris. Combien de fois avons-nous renoncé à certaines actions car nous nous sentions incapables de réunir suffisamment de personnes pour les réaliser ? Que chaque groupe ait ses propres objectifs politiques ne doit pas nous empêcher de pouvoir construire notre propre force autonome par des projets communs.

Nous pensons qu’apprendre à se faire confiance est une étape indispensable pour nous permettre d’atteindre la portée d’action et de subversion que nous désirons. Pour gagner en offensivité, nous devons démocratiser certaines pratiques comme l’utilisation d’outils de sécurité numérique pour communiquer. Créer une culture de la défense collective dans la rue, que ce soit en manif (se changer/masquer/ganter, utiliser des banderoles ou des parapluies, rester groupé.es en cas d’incursion, tenter de désarrêter les compagnon.nes, se donner des moments de débrief collectifs à posteriori) ou en action (repérer les caméras, faire attention à l’ADN, mettre des guetteurs, débrieffer) nous semble nécessaire. Cette sécurité est un gage de durabilité de notre présence politique, permettant de limiter la répression et de maintenir la capacité d’action des individus et leur confiance mutuelle le plus longtemps possible.

Pour cela, nous pourrions ouvrir des espaces d’organisation collective hors de nos cercles affinitaires, coopérer en premier lieu sur des actions moins risquées juridiquement, et monter progressivement en intensité au fur et à mesure que la confiance s’installe. A terme, nous pensons que nous sommes capables d’imposer notre propre calendrier d’action dans les mouvements sociaux, ne plus être éternellement dépendant.es des syndicats mainstreams ou des partis politiques qui au mieux nous trahissent et au pire nous dénoncent.

À Paris, nous avons l’impression que le militantisme est souvent un passage pour les étudiant.es, qui s’éloignent ensuite quand iels doivent trouver un travail. Dans le lieu qui nous a hébergé, nous avons eu l’impression d’une moindre dépendance à la nécessité de travailler, permettant une plus grande mixité d’âge dans le milieu autonome allemand, où des très jeunes côtoient des vieux/vieilles militants.es de la chute du mur. Construire une force politique autonome doit selon nous aussi passer par prendre en charge collectivement nos besoins. Nous pensons que squatter offre des solutions aux problématiques quotidiennes (logement, nourriture, loisirs) en libérant du temps, nous permet de nous investir plus durablement.

Cette mixité permet une certaine transmission des savoirs, évitant de repartir de zéro sur les réflexions et pratiques à chaque nouveau mouvement social. Nous pensons qu’il est nécessaire pour cela de réduire au maximum l’écart que nous ressentons parfois entre les personnes qui ont une certaine expérience dans ces pratiques et celleux qui n’ont pas les codes de la culture militante (culture de la sécurité ou de l’action par exemple).

La gentrification implique la pacification de nos espaces de vies et la marginalisation des éléments gênants à la marchandisation de la ville : les pauvres, les étranger.es, les subversif.ves et les révolté.es. Elle aménage une ville rentable, une métropole verte, policée, surveillée, monotone et sans goût. Nous avons le sentiment que la lutte contre la gentrification, qui passe notamment par la réquisition de lieux, pourrait fédérer assez largement les différents pans du mouvement social : anticapitalistes, féministes, anti-racistes, anti-autoritaires, écologistes.

La capacité des compagnon.nes de Berlin à partir de leur problématiques (défense de lieux) pour construire des perspectives plus large de lutte (contre la violence policière, contre la gentrification) et surtout leur volonté de sortir des logiques défensives pour proposer d’attaquer frontalement les dynamiques urbaines actuelles nous ont fortement marqué.

Si nous avons écrit cette brochure, c’est aussi pour donner envie à nos compagnon.nes de venir à Berlin participer avec nous à la lutte contre les expulsions, et elle est loin d’être terminée ! Le prochain projet menacé d’expulsion est la Liebig34, un House Project anarcha-féministe. Des dates sont d’ores et déjà posées et nous tenions à vous les transmettre.

Tract d’appel à solidarité contre l’expulsion de la Liebig34

Liebig 34 est occupée depuis 1990 et a été légalisée a posteriori. Quand le collectif Liebig 34 a essayé d’acheter la maison en 2008, Gijora Padovicz a fait une proposition d’achat supérieure et a donc acquis la propriété. Il a donné un contrat de location au collectif qui a pris fin en décembre 2018.

Padovicz possède plus de 200 immeubles dans Friedrichshain et ses alentours et il est connu pour l’achat, l’expulsion, et la destruction d’ensembles de maisons. Pour nous, le collectif Liebig 34, Padovicz ne nous laisse aucune perspective légale de rester. Au contraire il a déjà demandé un titre d’expulsion, mais cela ne nous pousse pas à quitter la maison.

Pour Padovicz notre maison ne représente qu’une propriété potentiellement rentable de plus. Quant à nous elle est un refuge contre les injonctions du capitalisme et du patriarcat. Un endroit où nous pouvons vivre des alternatives aux formes de domination loin de la vie quotidienne classiste raciste cis-sexiste, et de l’état de normalité de l’exploitation et de la domination. Un lieu de résistance. Un lieu que nous défendrons à tout prix contre un système que nous voulons détruire ensemble.

Nous nous battrons pour garder Liebig 34. Et nous avons besoin de votre soutien pour réussir.

Fais une banderole, écris un texte de soutien, diffuse ces infos. Organise un événement de soutien, participe aux frais d’avocats et d’antirépression, écris des lettres en masse à Padovicz, sois créatif.ve, écris sur tous les murs « Liebig 34 stays ». Organise-toi contre la gentrification le capitalisme l’État et le patriarcat.

Nous nous battrons.
Liebig 34 résiste !

Appel pour une semaine d’action du 7 au 13 septembre 2020 à Berlin

Liebig 34 est menacée d’expulsion. Lorsque l’État, les flics et le propriétaire voudront procéder à une expulsion, ils n’auront qu’un désastre sur les bras.

En tant que house project anarcho-féministe auto-organisé sans mec cis, situé directement sur la place "Dorfplatz" à Friedrichshain, Liebig 34 est un lieu où des actions de résistance et des moments collectifs sont décidés et organisés. Un lieu où l’auto-organisation devient un mot dangereux, où un projet devient un point de départ de luttes et pas seulement un espace d’autoréférence et de divertissement alternatif. Le projet lui-même a participé à la planification de nombreuses manifestations, a publié de nombreux appels et textes et a mené diverses actions radicales. Mais il est aussi un symbole de radicalisation et d’empowerment pour la scène antagoniste à Berlin et en Allemagne, car il montre comment résister par différents moyens.

Liebig34 est un collectif qui s’efforce de surmonter les structures de plus en plus intériorisées du capitalisme et du patriarcat. Dans un monde où le patriarcat constitue l’un des principaux piliers du système capitaliste, les groupes et collectifs féministes militants, qui font clairement savoir que la résistance et la riposte ne sont pas un privilège des mec cis, sont plus que nécessaires. Dans un monde patriarcal, où le patriarcat et le capitalisme sont entremêlés, il est plus que nécessaire de lutter réellement contre le patriarcat et de ne pas le voir figurer en marge d’un texte. Ne nous laissons pas diviser par l’oppression et luttons ensemble pour une société libérée.

Rejoignez le combat et défendons Liebig34 ! [9]

Appel à venir à Berlin pour la manif internationale contre l’expulsion des projets menacés le 31 octobre 2020

Le 1er août 2020, une grande manifestation auto-organisée, fédérant des milliers de personnes dont des autonomes de plusieurs villes d’Allemagne et d’ailleurs, a parcouru les rues d’un quartier populaire en soutien aux projets collectifs et auto-organisés menacés d’expulsion. Malgré la violence des flics, cette manifestation fut considérée par beaucoup de compagnon.nes allemand.es comme une réussite, par sa taille et son offensivité. En parallèle de cette manifestation, des dizaines d’attaques nocturnes ont ciblé dans toute l’Allemagne des entreprises participant aux expulsions, des symboles du capitalisme moderne ou de la répression.

La lutte contre les expulsions de lieux collectifs à Berlin s’est structurée depuis plusieurs mois autour d’une lutte plus générale contre la gentrification de la ville. « Attaquons la ville des riches, défendons nos projets » introduit désormais les tracts et marque les banderoles de tête. Il ne s’agit plus seulement de défendre la dizaine de lieux subversifs menacés constamment par les flics et les propriétaires, mais d’attaquer directement les logiques urbaines contemporaines. La gentrification, c’est-à-dire l’éviction toujours plus loin des populations pauvres des centres urbains, touche avec la même intensité nos quartiers et nos villes. Les loyers augmentent au fur et à mesure que les stations de métro s’ouvrent, des éco-quartiers aux prix inabordables surgissent sur les ruines des quartiers populaires ou industriels. La pression des promoteurs et de leurs alliés flics se fait toujours plus pressante là ou subsiste encore quelques espaces solidaires fonctionnant en dehors des logiques marchandes, sexistes et racistes qui structurent l’ensemble de nos sociétés.

Le 31 octobre prochain, les compagnon.nes de Berlin organisent une nouvelle manifestation dans le centre ville, une fois encore contre la gentrification et pour la défense des lieux autogérés. Les acteurs de la gentrification berlinoise sont parfois les mêmes qui gentrifient ici-même et dans tous les cas, les mêmes logiques sont à l’oeuvre dans toutes nos villes. Nous relayons leur appel et invitons à se rendre massivement à cette manifestation, en soutien aux compagnon-nes en lutte à Berlin, contre la gentrification. Nous appelons également à développer partout la lutte contre la gentrification. Reprenons les slogans allemands ! Attaquons les promoteurs et les multi-propriétaires, squattons massivement !

Pour plus d’infos sur la manif, RDV sur eninterkiezionale.noblogs.org.

anonymes

P.S.

Krawall Cavale Editions 2020


[1] NDA : Vonovia est un des plus grands propriétaires et gestionnaires immobiliers allemands. Cette entreprise figure dans le DAX 30, soit le top 30 des entreprises les plus côtées à la bourse de Francfort.

[2] NDA : Nom donné à la nuit précédant l’expulsion.

[3] NDA : Équivalent du périph’.

[4] NDA : Charlottenburg est un quartier de Berlin.

[5] NDA : détails sur ce procès sur le site parkbankprozess.blackblogs.org.

[6] NDA : parti social-démocrate.

[7] NDA : Smart city.

[8] Plus d’infos : https://anarchistischebibliothek.org/library/anonym-smarter-shit.

[9] NDA : ce texte est un communiqué de la Liebig34 publié sur le blog de l’Interkiezionale.