BROCHURES
Zaza et Clairon (première parution : 1er janvier 2026)
Mis en ligne le 2 février 2026
Thèmes :
Queer, transpédébigouines
(68 brochures)
Sexualités, relations affectives
(56 brochures)
Le Sexpo expliqué par des chatons mignons
"Une brochure pour sensibiliser aux pratiques et vertus du sexpo et
essaimer la culture du consentement dans les milieux militants.
On est une enseignante chercheuse et un graphiste illustrateur engagé.
Après avoir participé et organisé des événements sexpositifs en France et
en Belgique, on s’est posé plein de questions :
• Pourquoi on fait du sexpo ?
• Comment les outils autour du consentement
peuvent-ils contribuer à la lutte contre les violences sexistes et
sexuelles ?
• En quoi le sexpo peut-il avoir un potentiel révolutionnaire ?
Quels liens avec le militantisme, quels apports pour les collectifs ?"
- lire le texte sur le site
- télécharger la brochure mise en page : Le Sexpo expliqué par des chatons mignons - version cahier - PDF (3.6 Mio) - 12 planches A4 à imprimer en recto-verso.
- télécharger la brochure mise en page : Le Sexpo expliqué par des chatons mignons - version page par page - PDF (3.7 Mio) - 24 pages A5 à lire sur écran ou à imprimer en format livret.
- version papier diffusée par Infokiosque fantôme (partout)
* Dans le sexpo on appelle paniers de chatons les câlins en groupe, et on aime aussi souvent ronronner.
Sommaire
Édito
Le sexpo, c’est quoi ?
Les origines
Les tribus qui peuplent le sexpo
La culture du consentement
Les outils
Sexpolitique
Quelques témoignages
La FACUL
Les ressources
Édito
Comment échapper à la monogamie, à l’hétérosexualité et à la misère affective de Tinder ? Commencer à vivre sa meilleure vie de slut ? À qui faire une fellation pour la première fois, parler des plaisirs et des galères de l’amour libre, des familles queer ? Comment se (re)connecter à soi et son corps ? Avec qui se marrer au lit et s’endormir en cuillère ? Les cases “amour” et “amitié” font-elles sens ? Peut-on combiner levrette et féminisme ? En bref, comment sexer après MeToo et prendre son pied avant la fin du monde ?
Nous sommes deux personnes blanches, une queer et l’autre un peu moins, l’une très diplômée et l’autre un peu moins, et travaillons dans l’éducation. Nous sommes co-fondateurices du BROL (Brigade Révolutionnaire des Orgasmes et des Léchouilles), un collectif sexpositif bruxellois né en 2023 qui organise des week-ends. Dans le monde merveilleux du sexpo, le BROL s’identifie comme pro-sexe, anti-capitaliste, anarcho-queer et transféministe.
Les cercles militants ou anarchistes ne sont pas exempts de “machos” ni de violences sexuelles. Certain·es de ses membres peinent parfois à saisir les évolutions transféministes en cours et les enjeux politiques de l’intime, relégués à la sphère “privée” et vus comme secondaires par rapport aux luttes. Les valeurs et principes du sexpo minent certains piliers de la culture du viol et de l’exploitation capitaliste. Ses bonnes pratiques en matière de transparence, de cadre négocié et de communication non-violente fournissent une boîte à outils utile aux individus et aux collectifs dans beaucoup d’autres domaines, comme la médiation des conflits, les dynamiques de groupe et les relations interpersonnelles, la déconstruction des rôles et stéréotypes de genre, la réduction de la domination affective et sexuelle des populations minorisées (dans une perspective féministe/LGBTQIA+), la culture du soin et du câlin, la queerness, mais aussi des paillettes, des bisous et des fessées à foison !
C’est pour ça qu’on a eu envie de réaliser ce fanzine : sensibiliser aux pratiques et vertus du sexpo, essaimer la culture du consentement dans les milieux militants, pour que nos copaines sachent faire Amour et bien baiser ! Le sexpo a changé nos vies. Si ce qu’on vous raconte vous tente, on espère bien qu’il embellira aussi vos vies et vos combats.
Zaza & Clairon
Contactez-nous à fanzinesexpo@protonmail.com
Le sexpo, c’est quoi ?
Le sexpositif (ou sexpo) est un mouvement qui accueille et célèbre toutes les formes de sexualité. Il émerge de différentes théories et expérimentations du 20e siècle, mais a pris son envol et un tournant avec MeToo depuis 2017.
Ses membres se retrouvent lors de week-ends, sexparties, jeux ou ateliers dans lesquels la sexualité est bienvenue (mais jamais obligatoire). Grâce à son cadre, ses valeurs, ses pratiques, ses outils, le sexpo contribue à produire de nouvelles normes, plus éthiques, en matière de sexualité et de relations.
Un événement sexpo peut prendre la forme d’un brunch-orgie le dimanche aprem, d’un atelier avec des inconnu·es, d’une soirée entre ami·es, d’une teuf en club avec DJ, d’une retraite. On y trouve :
• Un cadre et des ateliers consentement (on t’en parle dans la partie « La culture du consentement »)
• Des brise-glaces : exercices ou mises en situation pour se rencontrer et/ou faire monter la température
• Des groupes de discussion et cercles de parole : sur le polyamour ou l’anarchie relationnelle, les masculinités, les IST, les identités de genre, le désir, le travail du sexe, la jalousie, les familles queer, etc.
• Des moments chill
• Des jeux et explorations sensorielles : le playfight (lutte non violente) et la Liquid Love (glisser les yeux bandés sur des corps huilés) sont des classiques du genre.
• Un peu de teuf, des performances (striptease, drag, cabaret, slam)
• Des ateliers : massages, câlins en groupe, plaisir prostatique, danse sensuelle, pegging, cunnilingus, bisous, (auto-)observation de vulves, food porn, dessin de nus, chant, écoute d’audios érotiques, (post-)porn, etc.
• Des espaces BDSM : jeux de domination, morsures, impact, etc.
• Des moments de senxualité (contraction de sensualité et sexualité) collective/orgies, dans ce qu’on appelle des playrooms.
• Du drama : personne ne veut de moi, je suis moche, je ne bande/mouille pas, tout le monde a l’air à l’aise sauf moi…
• Des fous rires !
Un week-end sexpo, c’est un peu comme une colonie de vacances pour adultes.
Le sexpo est un espace de socialisation riche, un super laboratoire pour expérimenter de nouvelles postures (être plus dominant·e ou soumis·e, être orga, animer un atelier, etc.) et normes, et explorer son genre et les relations.
Les origines
SO SMART : LA THÉORIE
Depuis des lustres
Le libertinage :
À partir du 17e siècle, les libertin·es mettent en question les dogmes religieux et les normes sociales qui brident la sexualité – au péril de leur vie.
L’anarchisme :
Au début du 20e siècle, Alexandra Kollontai réfléchit à la condition des femmes et prône « l’amour-camaraderie ». Dans le contexte de la révolution russe de 1917, elle oeuvre à l’égalité des sexes.
La psychanalyse :
Le mot « sexpositif » apparaît à la fin des années 1920 dans les travaux de William Reich, un médecin et psychiatre autrichien. Formé par Freud, communiste, il crée Sexpol, un centre public de recherches sur la satisfaction sexuelle dans les milieux populaires.
Reich combat répression sexuelle et exploitation des masses : idéologie (re-)productive, mariage obligatoire, morale et famille hétéropatriarcale.
Il prône la révolution sexuelle, le matriarcat, le réagencement de la sexualité des femmes et des adolescent·es. Il met en place des playrooms, pièces consacrées à l’exploration des désirs et plaisirs.
CRAZY HIPPIES
1960-1970
Mouvement étudiant contre la guerre et le racisme (aux États-Unis) et pour la libération sexuelle.
Apports au sexpo :
• Avec le début de la contraception, la sexualité devient une source de plaisirs (non-reproductive).
• Critique de l’autorité et des institutions (État, religion).
• Expériences de vie communautaires, de l’amour et de la sexualité « libre ».
Un mouvement au service des hommes ? Il restait du travail à faire pour que la libération soit accessible à toustes !
Une partie des hippies ont ensuite évolué vers le « New Age » et le développement personnel.
LES GUERRES DE SEXE
1970-1980
Des universitaires et militantes hétéras et lesbiennes s’affrontent à propos de la sexualité des femmes : est-elle le site et l’instrument privilégié de la domination masculine, ou un espace d’émancipation ?
Les féministes pro-sexe défendent le second point de vue : malgré tous les dangers qui y sont associés, la sexualité (même hétéro) peut être un espace de subversion des rapports de genre (porno, travail du sexe, BDSM…), de plaisir et d’émancipation des femmes.
Apports au sexpo :
• La fabrication/diffusion de sextoys.
• L’(auto-)observation des vulves.
• Le lesbianisme.
• La masturbation féminine.
• Le post-porn (féministe et queer).
• Les porn/queer studies, dans le champ universitaire.
AÏE, OUILLE : LE BDSM
Depuis 1970-1980
Le BDSM est d’abord gay et lesbien (1970-80), puis hétéro. On note de plus en plus de codes et communautés BDSM queer !
Apports au sexpo :
• L’idée que l’on peut consentir à la soumission et à la douleur.
• La dé-génitalisation du plaisir (on ne s’intéresse pas qu’aux parties génitales !)
• Des modes d’expression du consentement très explicites, verbaux : cadre détaillé négocié en amont et révocable, limites fixées à l’avance, safe words pour indiquer qu’une pratique ou interaction doit s’arrêter.
SAN FRANCISCO ET BERLIN ZINZIN
Depuis 1970-1980
Dans les grandes villes états-uniennes :
La communauté gay est victime de criminalisation, de stigmatisation, et de la pandémie du VIH/SIDA. Mobilisée, elle invente ses propres codes en matière, notamment, de sexualité. En 1972, le San Francisco Sex Information (SFSI) est créé. Suivront le Center for Sex and Culture (des années 1990 à 2019) et le Center for Sex Positive Culture (1999) à Seattle.
Dans Berlin post-réunification :
On trouve une scène underground (DJ et substances) dans des clubs mythiques (Kitkat, Berghain) et des teufs/soirées sexpo (Crude, Pornceptual, Floorgasm, etc.)
Apports au sexpo :
• La relation libre.
• L’usage du préservatif.
• Le sexe furtif, anonyme, dans les espaces publics : dans les sex ou circuit parties, les saunas, les darkrooms, les pissotières, les parcs (cruising), etc.
• Les modes d’expression du consentement sont non verbaux.
WHAT YOU REALLY REALLY WANT
Depuis 2017
Les violences sexuelles sont dénoncées sur les réseaux sociaux avec #MeToo. L’initiative prend d’abord de l’ampleur dans l’industrie du cinéma (Hollywood) avant de s’étendre mondialement et infuser toutes les sphères de la société.
Apports au sexpo :
• La diffusion de la culture du consentement devient centrale dans le mouvement sexpo : dimension de formation, invention d’outils et apprentissage de nouvelles normes, de nouvelles façons de sexer.
• Le sexpo devient pour certain·es un espace de réparation et d’empouvoirement suite à des VSS (Violences Sexistes et Sexuelles). Il s’autonomise en partie des milieux festifs et gays/lesbiens.
Les tribus qui peuplent le sexpo
Sous le parapluie “sexpo”, on retrouve des formats (payants ou pas, publics ou privés), codes et tribus assez différentes, mais pas hermétiquement séparées. Ici on te donne quelques repères pour naviguer et trouver ton bonheur !
Les polyamoureux·ses
Vivent des relations affectives et amoureuses en dehors des normes sociétales (mariage, monogamie).
• Croyance en l’abondance de l’amour.
• Invention d’un vocabulaire (polycule, métamour, compersion, etc.), d’une littérature (La salope éthique) et d’outils utilisés dans le sexpo. Par exemple, le « cadre » qui précise, dans une relation, des règles et les limites de chacun·e.
• Consentement explicite, verbalisé, de toutes les personnes impliquées.
Les kinkys
Il n’est pas rare de trouver ces petit·es coquin·es dans les évènements sexpo : les deux milieux se recoupent.
La team développement personnel
• Approches corporelles, psychosomatiques, thérapeutiques, énergétiques.
• Recherche d’un consentement authentique, profond, de connexions, de la connaissance de soi (ancrage, décodage de ses émotions, guérison des traumas).
• Massage, (Néo-)Tantra, self-care, méditation, mouvement.
• Variantes : spiritualité, New Age, coaching, féminin et sexualité « sacrée », astrologie.
Note : c’est le groupe dominant/le plus visible dans les milieux sexpo professionnalisés/payants.
Les burners
Organisent des gros festivals de plusieurs jours dans la nature. Iels sont nombreux·euses dans le sexpo, mais le sexpo est secondaire dans les burns.
• Autonomie et autogestion.
• Liberté et expression radicale.
• Créativité.
Les libertin·es
Peu connectés au sexpo, les milieux libertins et échangistes sont plus âgés, plus centrés sur le couple, plus hétéros - et peut-être plus diversifiés sociologiquement ?
Les anarchoqueers transféministes
Encouragent la libre expression et célèbrent toutes les identités de genre.
• Lutte contre le patriarcat et l’hétéronormativité.
• Causes LGBTQIA+.
• Anticapitalisme.
• Recoupements/liens avec des collectifs militants.
• Anarchisme et/ou anarchie relationnelle.
• Fonctionnement communautaire : care, famille choisie, justice et gestion des conflits/agressions (punitive ou réparatrice).
• Rigolade et DIY.
• Performances : pole dance, post-porn, drag, etc.
La culture du consentement
Le consentement, c’est...
• “sentir avec” (un peu d’étymologie…),
• une exploration, une conversation, un échange entre 2 ou plusieurs personnes,
• une compétence qui s’apprend de nos expériences et interactions avec les autres,
• partout, pas que dans la sexualité,
• un sujet et une pratique qui suscitent questionnements et débats. C’est normal, parlons-en !
Il consiste à...
• identifier et exprimer ses désirs et ses limites, et les exprimer,
• respecter les non et les limites des autres,
• oser, essayer, se tromper, en parler, recommencer, faire autrement, etc.
• utiliser différentes techniques d’expression, verbales ou non.
La culture du consentement...
est ce qui distingue le « sexpo » du libertinage, des backrooms dans les clubs gay et des partouzes entre ami·es. Elle consiste en des mises en situation et un partage d’outils pour discuter avant un moment de senxualité, proposer des checks et pauses pendant, faire un débrief ou de l’aftercare après…
Dans certains espaces sexpo, on invite les gens à remercier une personne qui nous a répondu ou communiqué un “non”, ce n’est pas obligatoire.
Pour diffuser la culture du consentement, les milieux sexpo mobilisent différents outils, tels que :
... des ateliers consentement
Souvent obligatoires - pour apprendre à pratiquer les non, les oui, la discussion, le respect des limites, etc.
... un cadre
En début d’événement, un cadre est présenté, qui vise à réduire les risques d’agressions, à créer un espace de confiance et d’exploration, de soin. Il peut être minimaliste ou au contraire très fourni, avec :
• des angels :
Présence de personnes en observation qui veillent à ce qu’il n’y ait pas de bris de consentement entre participant·es.
• une team de soutien émotionnel.
• un protocole de gestion des bris de consentement, des conflits et agressions.
• des quotas :
Certains événements sont totalement mixtes en termes de genres, d’autres ont un quota de mecs cis (ex : 50% ou un tiers maximum) ou sont réservés aux personnes queer ou FLINTA* (Femmes, Lesbiennes, Intersexes, Non-binaires, Transgenre, Agenre). Certains espaces sont réservés aux personnes racisées.
• des triggers :
Certains événements proposent d’établir une liste de pratiques interdites dans certains espaces, car elles risquent d’entraîner chez certain·es la réactivation d’un trauma, le déclenchement d’une phobie, d’une crise d’angoisse ou d’un état psychotique. Attention, une pratique qui ne te plait pas, ce n’est pas un trigger. Pas de kink/slut-shaming !
... le safer sex
Il s’agit de réduire au maximum le risque d’IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans des configurations de sexualité à plusieurs. Les milieux sexpo invitent chacun·e à se responsabiliser avant les événements (se faire tester) ou pendant : se laver les mains régulièrement, utiliser des protections adaptées et en changer aussi souvent que nécessaire, ajuster ses pratiques, etc.
... la sobriété ?
Certains événements se font en sobriété afin de faciliter le respect du consentement, la cohérence du groupe ou d’éviter certains comportements. D’autres espaces sexpo autorisent la consommation de produits, avec modération ou pas.
Les outils
Ces outils sont largement utilisés dans le milieu sexpo, à toi de choisir ceux qui te conviennent le mieux !
Le consentement R.É.E.L.S.
• Révocable : « Finalement, j’ai plus envie. »
• Éclairé « J’ai besoin de toutes les infos. »
• Enthousiaste « Ça me tente de OUF ! »
• Libre « S’il y a une pression, c’est non. »
• Spécifique « J’ai dis oui pour CE truc précis. »
Le consentement au pluriel
Le consentement R.É.E.L.S est un consentement affirmatif, exprimé par des outils verbaux : discussion préalable et/ou checks réguliers. C’est le consentement le plus souvent recommandé dans les espaces sexpo. Il s’agit d’une posture « tant que c’est pas oui, c’est non ». On le recommande si c’est difficile pour toi de dire « non » ou « stop », si tu ne connais pas une personne/que tu n’as jamais interagi avec elle, etc.
Si tu es à l’aise pour poser tes limites et que tu estimes que le contexte le permet, tu peux fluidifier les interactions en adoptant la posture « tant que c’est pas non, c’est oui ». Les « non » et les « stop » peuvent alors être exprimés sur le moment avec des mots ou des outils non verbaux (voir outils suivants).
On suggère ainsi, avant une interaction, de demander à la personne/aux personnes avec qui on va interagir leur modalité d’expression du consentement préférée : plutôt check verbal et/ou en amont ou plutôt « tant que c’est pas non, c’est oui » ?
Le consentement affirmatif propose des repères, mais présente aussi des limites et il est possible de penser une approche plurielle : franc ou ambivalent plutôt qu’enthousiaste, sous substances, avec risque, anonyme, léger ou spontané, etc.
Le système de tapes (outil non verbal)
permet d’adapter ou d’interrompre une interaction physique.
• 1 tape : « J’ai besoin d’une pause/d’un check/d’une adaptation. »
• 2 tapes : « Je veux que cette interaction s’arrête. »
• 3 tapes : « Stop, je ne veux plus avoir d’interaction avec toi. »
• Redirection : « Je prends la main de l’autre et je la redirige vers une autre zone de mon corps. »
Les couleurs
Vert : Tout est ok, continuons comme ça !
Orange : On approche de ma limite/je ne sais pas si je veux continuer.
Rouge : STOP, on touche à ma limite.
On peut faire la même chose avec des chiffres : dans le BDSM par exemple, on peut demander à saon partenaire d’évaluer l’intensité (douleur) de l’interaction sur une échelle de 1 à 10 (10 étant la limite).
La roue du consentement
(de Betty Martin)
Le cercle représente le consentement. La roue permet de faire la différence entre deux actions - donner un cadeau ou le recevoir - et deux rôles différents : la personne qui fait l’action et celle qui la reçoit/en bénéficie. Ces deux facteurs se combinent de plusieurs façons, formant 4 quadrants.
S’exercer à être dans chaque quadrant permet d’initier et faire des demandes claires. Par exemple, dire “j’ai très envie de te faire un massage, en as-tu envie aussi ?” plutôt que “est-ce que tu veux un massage ?” Ça n’a l’air de rien et ça demande un peu de pratique, mais la roue change tout et se révèle super utile dans plein de situations !
RBDSM
(outil similaire : STARS)
Il s’agit d’une liste de dimensions que l’on peut aborder avec une ou des personnes avant ou après une interaction ou dans/avec une relation, qui aide à clarifier les besoins, attentes et disponibilités :
• Relations - Ex : Dans quel(s) type(s) de relation(s) es-tu actuellement ?
• Boundaries (Limites) - Ex : Quelles sont tes limites en lien avec notre interaction/relation ?
• Désirs - Ex : De quoi as-tu envie avec moi ?
• Santé - Ex : De quand datent tes derniers tests de dépistage ? Comment veux-tu que l’on se protège ?
• Meaning (Signification) - Ex : Quel est le sens de notre interaction pour toi ?
Quelques définitions
Bris de consentement :
Ne pas avoir respecté une limite explicite.
Défaut de consentement :
Ne pas avoir vérifié le consentement en amont.
Biais de pouvoir :
Altération du consentement liée à la position de pouvoir due à l’identité de genre, l’âge, la classe sociale, la couleur de peau, le statut relationnel, la conformité aux standards de beauté dominants, la santé (mentale), etc.
Ces biais font qu’il est plus difficile pour certain·es d’exprimer leurs désirs, ou au contraire de dire non. Il est important de ne pas laisser proliférer ces situations, de les identifier afin d’éviter qu’elles ne se convertissent en de la domination ou des abus. Par exemple, les organisateurices et animateurices d’ateliers sexpo peuvent se mettre ou se retrouver en position de biais de pouvoir vis-à-vis des participant·es.
Sexpolitique
Dans nos espaces sexpo, on se demande beaucoup : en quoi peut-on dire que le sexpo a un potentiel émancipateur, qu’il est politique, militant ?
• La culture du consentement attaque à la racine la culture du viol, qui se reproduit grâce aux violences et agressions, aux tabous ou mythes autour du sexe, au manque d’informations (sur les IST, sur les pratiques, etc.).Les espaces sexpo sont des bulles dans lesquelles on peut expérimenter le consentement, le désir et l’égalité des genres. Le sexpo est un bon endroit pour avancer sur ses privilèges et sa déconstruction.
• Le sexpo remet en cause quelques-uns des piliers du capitalisme : il remplace le sentiment de rareté par l’abondance (d’orgasmes, de tendresse, de compliments, etc.) et celui de la concurrence par la collaboration, le partage, l’empathie, la vulnérabilité, la bonne communication, etc.
• Le sexpo crée des conditions d’une sexualité nourrissante, joyeuse, festive et ludique. Qu’il est doux, rassurant, drôle de pouvoir oser quand on sait que ses “non” seront entendus et respectés ! Ce climat safeR*est encore plus bénéfique aux personnes queers et/ou sexisées, qui ont plus à craindre ou à perdre dans la sexualité « à deux » /dans la sphère privée. (*espace dans lequel on fait des efforts et on utilise des outils pour créer un climat plus respectueux et sécurisant que le reste de la société)
• Le sexpo permet la sexualité en dehors du dating classique et des enjeux d’une relation romantique de long terme. Le sexpo ouvre des portes et des pistes pour vivre les relations différemment : on peut partager du plaisir seul·e, à 2 ou avec ses ami·es…Il est un laboratoire où l’on peut explorer autour du genre et de son orientation sexuelle.
• Dans leur versant plus « communautaire », les espaces sexpo fournissent des ressources et outils, et la possibilité de faire l’expérience concrète de l’inclusivité, l’autogestion, la communication non-violente, la gestion des conflits… en bref, l’expérience du collectif !
• Les milieux sexpo sont généralement plus ouverts que le reste de la société aux personnes sexisées, queer, neuroatypiques, racisées et/ou qui correspondent moins aux critères de beauté dominants (personnes grosses, par exemple).
Les limites du sexpo
• La sexualité libre ou en groupe n’est pas exempte de violences ou de rapports de domination. Certaines personnes peuvent en profiter davantage, ou profiter des autres (on vous a parlé des biais de pouvoir !).
• Sexer en collectif ne suffira pas à faire la révolution : ça n’a aucun impact sur les salaires, la distribution des richesses, les modes de production, etc. Le sexpo ne se substituera pas au militantisme, aux mobilisations sociales ou à l’action directe. L’idée est plutôt de les combiner et construire des ponts entre ces milieux, leurs membres et leurs pratiques !
• Il reste beaucoup à faire en matière d’inclusivité : la majorité des personnes dans le sexpo sont des personnes blanches, cisgenres, issues des classes moyennes et supérieures, dotées de papiers et de diplômes, valides, jeunes et conformes aux critères de beauté dominants dans la société. Il peut être plus difficile de pratiquer la senxualité en groupe/public pour celleux qui sortent de cette norme (personnes transgenres, grosses, timides, âgées, racisées, etc.). Aussi, le prix des événements peut être un frein à la participation de toustes.
Une bonne question, alors, est la suivante : comment faire en sorte que le sexpo, plutôt qu’un hobby de classes supérieures ou un nouvel avatar dépolitisé du développement personnel, agisse comme un véritable outil politique et profite au plus grand nombre ? À vous de jouer !
Quelques témoignages
• Je suis sur le spectre asexuel, et ma sexualité est empreinte de traumas. Les espaces sexpo me mettent face à mes peurs et limites liées à la sexualité tout en me permettant d’explorer les endroits où ma sexualité est fluide et joyeuse.
• Cet espace m’a apporté la possibilité d’être autre : me reconnaître parmi les autres, apprécier les corps et le mien, apprécier les non, avoir de la joie à voir, tester ce que je n’osais pas, ces êtres libres qui m’inspirent à l’être, dévier les normes, et s’aimer fort. Vouloir rejoindre un peu plus le collectif même si la peur, la frousse, les pétoches. Connecter encore et encore.
• Ma première expérience sexpo en sobriété fut assez intimidante, voire anxiogène. J’ai eu l’impression de redevenir cet adolescent mal à l’aise avec le sexe et toute tentative d’interaction me semblait difficile. Puis j’ai réalisé que je pouvais atteindre des niveaux de stimulation assez similaires à ceux que pouvaient me procurer les drogues, que ce soit par le désir, les jeux, le plaisir, les fous-rires. Mieux encore, je transpose ce processus dans d’autres contextes festifs et ne vois plus « la défonce » comme une nécessité en soi.
• Grâce au sexpo, j’explore beaucoup de pratiques et je me découvre bi !
• Le sexpo m’a permis de conscientiser et assumer que je suis hypersexuelle, que c’est quelque chose avec lequel je peux composer joyeusement, sans honte, sans être renvoyée à l’image de la salope qui pense qu’à baiser que j’ai subie toute ma vie. Le sexpo a aussi été un endroit de grande tendresse et de solidarité.
• Je suis une meuf trans et c’est un des rares endroits où je peux être qui je suis, dans mon corps. C’est souvent dur dur de retourner dans le monde normé après un week-end sexpo…
• Ça me rassure blindé de ne pas dépendre de Tinder ou de vieux types pour avoir accès à du bon sexe, d’autant que je suis une meuf de + de 40 ans. J’ai découvert que les baisers et caresses de personnes vers qui je ne serais sûrement pas allée autrement me procurent énormément de plaisir, et c’est trop bien ! C’est pas dans le sexpo que j’ai eu mes plus gros orgasmes ces dernières années, mais mes plus gros fous rires, c’est sûr. Et de belles amitiés. Je suis devenue plus militante, aussi.
La FACUL
Le sexpo ça me fait peur …
Et oui c’est inconfortable, ça confronte, ça remet en question, des fois on est en PLS, des fois c’est trop socialement, des fois on sait pas ce qu’on veut, on sait pas comment l’exprimer, on sait pas si on va être à l’aise, où sont nos limites, etc. MAIS c’est super parce qu’on peut craquer et demander du soutien, yeah ! Et qu’on apprend tellement sur soi !
Et je fais quoi si personne me plait ?
D’abord, rien n’est jamais obligatoire. Il y a des gens qui vont aux événements sexpo pour manger et danser ;) Et si personne ne te plait, tu rencontreras sûrement des personnes chouettes avec qui discuter. C’est peut-être aussi une bonne occasion pour déconstruire tes critères en matière de désir et d’attirance ? Pour finir, il y a plein de motivations et raisons de vouloir faire du sexe (ou pas) - désirer l’autre/les autres en est une, mais on peut aussi le faire car on désire l’expérience de ce qui est en train de se passer, car on désire être désiré·e, etc.
Et si je suis triste / si j’ai pas le moral ?
Si c’est pas insurmontable pour toi, viens ! Des compliments, des câlins et des chouettes discu peuvent te faire du bien…Et si à la dernière minute tu le sens pas, annule ! Tu auras d’autres occasions.
Donc en fait, vous mangez, vous discutez, et tout d’un coup, tout le monde se jette sur tout le monde ?
En fait, il arrive même que l’on continue de manger ou danser pendant que d’autres baisent autour de nous haha ! Mais personne ne saute sur personne sans consentement. Dans une playroom, certain·es sexent à 2, d’autres font des paniers de chatons, d’autres font des caresses à 3. Certain·es regardent, discutent, se masturbent (sans trop fixer/avec l’accord des personnes). C’est pas “tout le monde couche avec tout le monde”, pas du tout !
Mais je suis timide…
Viens avec un·e ami·e, ou fais appel au soutien émotionnel sur place (s’il y en a un). Aussi, la timidité c’est relatif, tu es peut-être timide dans les grands groupes mais moins dans les interactions à deux, avec les mots mais moins avec les interactions corporelles…Des exercices et jeux sont là pour faire connaissance et mettre à l’aise.
Et si ça me met mal à l’aise de voir des gens nus/faire du sexe à côté de moi ?!
C’est clair que c’est impressionnant ! Certain·es trouvent ça super excitant de regarder ou être vu·es. Si vraiment ça te dérange, même après plusieurs expériences, la playroom ou une orgie ne sont peut-être pas ton truc, et c’est vraiment pas grave…
Mais c’est super risqué pour les IST, non ?
Certes, la sexualité à plusieurs pose des défis particuliers, mais des pratiques safeR permettent de réduire les risques : adapter ses pratiques et les modes de protection, se laver les mains souvent…En vrai, le sexe à plusieurs peut être aussi (voir plus) safe que du sexe hétéro à 2, en privé…
Et ça te dérange pas de voir tes potes faire du sexe ?
Non, même qu’on fait du sexe avec et entre potes ! Au début, peut-être oui, puis plus, ou moins, et en général il y a plusieurs espaces et ils sont assez grands que pour laisser la possibilité à chacun·e de regarder ailleurs…
Comment je m’habille ?
Si c’est une soirée teuf, tu peux te saper comme pour une soirée teuf, en moins vêtu·e, plus kinky ou plus sexy si tu veux. Pour les autres événements, pyjama, cuir, lingerie fine ou ton jean préféré ! Pour des ateliers, plutôt une tenue confo. C’est chic d’amener son essui aussi, à glisser sous tes fesses dans la playroom si besoin, ainsi que du matériel safeR et des sextoys si tu veux !
Je peux aller à un événement sexpo quand j’ai mes règles ? Et si je suis pas épilé·e ?
Ben oui !
Est-ce que j’y vais avec un·e pote ? Une relation ?
Aller accompagné·e à un événement sexpo peut apporter de la sécurité affective, mais aussi ses propres défis (prendre soin, être attentif·ves, ressentir de la jalousie, etc.). À toi de peser le pour et le contre, et de te faire tes expériences !
Et si j’ai pas envie de faire l’atelier / l’activité / de faire du sexe ?
RIEN N’EST JAMAIS OBLIGATOIRE ON A DIT ! Venir, c’est participer. On connaît des personnes qui viennent pour manger, danser et discuter. Pour de vrai !
Les ressources
À lire en français
Mouvement sexpositif - Page Wikipedia fr.m.wikipedia.org/wiki/Mouvement_sexpositif
Surveiller et jouir : Anthropologie politique du sexe Par Gayle Rubin - Livre
La doctrine du consentement
Par Clara Serra - Livre
Éropolitique : Écoféminismes, désirs, révolutions
Par Myriam Bahaffou - Livre
La Conversation des sexes : Philosophie du consentement
Par Manon Garcia - Livre
Le sexpo : C’est quoi le sexpo ? Par Olin - Brochure à trouver sur Infokiosk infokiosques.net/spip.php ?article2020
À lire en anglais
Sex-positive movement - Page Wikipedia en.m.wikipedia.org/wiki/Sex-positive_movement
Feminist sex wars - Page Wikipedia en.m.wikipedia.org/wiki/Feminist_sex_wars
1982 Barnard Conference on Sexuality - Page Wikipedia en.m.wikipedia.org/wiki/1982_Barnard_Conference_on_Sexuality
Pleasure and danger : exploring female sexuality Édité par Carole S Vance - Livre disponible gratuitement en ligne archive.org/details/pleasuredangerex0000unse_l3l7
Real Live Nude Girl : Chronicles of Sex-Positive Culture Par Carol Queen - Livre disponible gratuitement en ligne archive.org/details/reallivenudegirl00quee
À écouter
Hot Stories - Sexualité décomplexée Par Bliss - Podcast
Pillow Talk - Épisode 1, Le mouvement sexpositif Par Esther Taillifet - Podcast
La communauté Sexe Positive en Belgique (FR)Par le Love Health Center - Podcast love-health-center.org/podcast/la-communaute-sexe-positive-en-belgique-40-fr/
À voir
Tracks - 50 nuances de sexpositif Par ARTE arte.tv/fr/videos/116040-051-A/tracks/
Rebel Dykes Un film documentaire sur les “sex wars” à Londres pendant les années Tchatcher.
Short Bus Un film sur un lieu sexpo à New York.
Le sexpo à Bruxelles
Association Sex Positive Belgium - Une porte d’entrée pour le sexpo à Bruxelles. sexpositivebelgium.be
Beautiful Things - Un lieu bruxellois qui propose des ateliers sexpositifs, un sexshop inclusif et un cabinet de sexologie. beautifulthings-bxl.be
Typographies
Poppy de Bye Bye Binary
Curse Casual de Jayvee D. Enaguas (Grand Chaos)
Sources
La culture du consentement :
– Fresque du consentement, www.fresque-du-consentement.fr
– Collectif La bulle sexpo
Définition trigger : Jo Passereux
Remerciements
Un énorme merci à la fondation Mycélium pour le financement du fanzine grâce à la Bourse Racines & Pollens, à Beautiful Things pour l’accueil de notre soirée de lancement, à Paillette pour sa douce relecture, aux personnes qui ont envoyé leurs témoignages et à BROL pour tout l’amour, le soin et les câlins que ce collectif nous procure <3