BROCHURES
Déroule ta paille
Témoignages autour de la toxophobie et des addictions
Les contributions qui suivent ont été recueillis à la suite d’un appel à témoigner autour de situations vécues de toxophobie. Il s’agit donc de retours d’expérience, sous diverses forme. En aucun cas il ne s’agit pour nous d’avoir quelque forme d’avis que ce soit sur le fait de consommer, ou pas ! Le propos a pu dévier de l’appel initial, et témoigner également de situation ressentis comme des manques d’attention à des tentatives d’échapper à des consommations.
En sommes, ces contributions viennent notamment d’une envie de témoigner afin de mettre en lumière certaines attitudes normalisées et de là, pouvoir les questionner et les transformer pour tendre à plus d’attention aux vécues de chacun.e.
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INTRO OU INTOX ?!
Les contributions qui suivent ont été recueillis à la suite d’un appel à témoigner autour de situations vécues de toxophobie. Il s’agit donc de retours d’expérience, sous diverses forme. En aucun cas il ne s’agit pour nous d’avoir quelque forme d’avis que ce soit sur le fait de consommer, ou pas ! Le propos a pu dévier de l‘appel initial, et témoigner également de situation ressentis comme des manques d’attention à des tentatives d’échapper à des consommations.
En sommes, ces contributions viennent notamment d’une envie de témoigner afin de mettre en lumière certaines attitudes normalisées et de là, pouvoir les questionner et les transformer pour tendre à plus d’attention aux vécues de chacun.e.
Nous considérons également que les tabous enferment et empêchent de progresser collectivement. Les addictions sont parties intégrantes du monde dans lequel on vit et de nos vécus, directs et indirects. Et comme tout le reste, nous souhaitons les penser depuis un regard politique. Cependant peu de ressources existent.
Notre proposition fantasme l’idée d’ouvrir des espaces de discussion, des envies de publier des brochures, des échanges… Il ne s’agit pas d’apporter des vérités mais plutôt d’une tentatives d’ouvrir aux questionnements.
Aussi, tout ce qui va suivre témoigne de vécus pouvant faire échos de situations de violence à divers endroits, degrés... et venir faire résonner des expérience douloureuses pour certain.es. On vous espère la possibilité de vous saisir de ces émotions sans trop de heurts, d’être entourées si le besoin en est.
On ne peut pas garantir la possibilité d’une écoute et d’un dialogue, mais si le besoin ou l’envie vous venait de nous faire des retours, on aimerait beaucoup ça, pour continuer à se pa/enser ensemble. Hésitez pas à envoyer vos témoignages aussi, sous forme de textes, dessins, BD etc. On pourrait assez vite avoir de quoi faire un tome 2 !
Voila un contact : derouletapaille@riseup.net
Bonne lecture !
INDEX MAJEUR
- Extrait de l’appel à témoignages
- Completement defs
- Peur (du) toxique
- I know my worth bitch
- Post-tox
- Tox-zinzin
- Prince des shlagus
- Oups I did it again
- Je sais pas si j’assume
- Vomit
- Dors bien
- Alors, quand et par où commencer
- Parce que l’amour est plus fort que la mort
- Bouteilles à la mer
- Signal
- Se droguer c’est garder le contrôle

EXTRAIT DE L’APPEL A TEMOIGNAGE
Alors voila l’idée/envie ça serait de faire une petite compil de témoignages personnels autour des questions de dépendances, (poly)toxicomanie, et toxophobie du point de vue de ceulles qui se consirèrent addicts / (poly)tox (les mots eux-même sont surement discutables justement, mais vous voyez l’idée). Ou dit autrement, continuer de causer du rapport aux consos de drogues et aux addictions, comment on le vit et le ressent, comment ça pourrait être mieux...
Parce que on est plusieurs à en avoir déjà un peu/beaucoup parlé, surtout entre "tox", avec le constat que ya des choses qui nous le font pas, et que c’est problématique autant à l’échelle individuelle que collective. A voir quels mots on met sur le "problème" : jugement, manque de tact, déresponsabilisation, discriminations, exclusions, renfermement...
Paske les dépendances, la drogue et la polytoxicomanie peuvent aussi réellement être problématique pour ceulles qui les vivent et pour l’entourage.
Et du coup ça pourrait faire avancer le bidule de tchatcher un peu plus de tout ça. Mais c’est pas évident de parler à quelqu’1 de ses dépendances (des siennes ou de celles de l’autre), et ya des façons d’en parler qui sont vraiment pires que d’autres ! Et ya comme un tabou sur la conso de guedro, ou en tout cas des préjugés, des idées reçus, des projections, des peurs, des constructions sociales... et mêmes des systèmes politiques oalalla !!
Et c’est problématique que l’alcool ait un statut particulier alors que (de mon point de vue) c’est une des pires drogues sous tout les aspects.
Et comme d’hab, les personnes concernées par le sujet sont les plus à même d’en parler. Alors ça serait pas débile ni inutile d’expliquer ce qu’on ressent, et la forme écrite en mode anonyme peut être plus simple pour certain.e.s, et de compiler des témoignages ça donne plus de richesses, de nuances etc.
Si ça peut aider, voila une ptite liste de questions où ya moyen de venir piocher pour s’inspirer (ou pas), ou d’y répondre comme un questionnaire lol !
C’est quoi les mots que tu utilises / point vocabulaire ! ?
C’est quoi tes rapports à la drogues ? En quoi c’est problématique dans ta vie En quoi ça peut aussi être un choix assumé ? Qu’est ce que ça t’apporte ?
Est ce que la drogue change des choses dans tes rapports sociaux ?
Eske t’as des exemples / anecdotes de situations où tu as ressenti de la toxophobie ?
Eske ya des toxophobie spécifiques pour chaque drogue ?! Eske ça t’arrive de te planquer pour consommer ? Si oui, pourquoi ?
Eske t’as envie/besoin de parler de tes dépendances et de ton rapport à la drogue, eske tu y arrives ? Si oui avec qui ?
Est ce que t’as l’impression de plutôt parler tout le temps de drogues ou plutôt jamais ?
Qu’est ce que t’aurais envie de dire aux potes qui "s’inquietent pour toi" ?
Si t’es en galère avec une/des consos, comment tu fais ? Eske t’aurais envie/besoin de soutien de proches et si oui
Comment tu deale (haha !) avec tes potes les questions d’incitation, d’influence ?
Comment tu te remets en question : tes propres réactions/comportements toxophobes ; impacts/conséquences de tes consos sur ton entourage ; capacité à s’ouvrir Vs enfermement ; rapport à l’incitation/l’influence sur les autres.
Ça serait quoi pour toi être un.e polytox/drogué.e/junky "responsable" !?
Eske polytox et straight edge peuvent cohabiter ?!
Comment tu deale que des personnes plutôt straight s’exclut / se sentent exclut à cause de la présence de drogues ?

COMPLETEMENT DEFs
Avant de commencer, quelques définitions de base. On a choisit volontairement des définitions de wikipédia, vu que c’est une référence pour beaucoup de gens, notamment parce c’est une encyclopédie libre. Ça veut pas dire que c’est complet, objectif, ni que ya pas de conneries ou que c’est la vérité absolue. Mais ça en fait un dictionnaire assez révélateur des imaginaires collectifs, cad de comment les gens définissent les choses et vers quelles vérités iels se tournent ensemble.
Drogue
Une drogue est un composé chimique, biochimique ou naturel, capable d’altérer une ou plusieurs activités neuronales et/ou de perturber les communications neuronales. La consommation de drogues par les humaines – afin de modifier ses fonctions physiologiques ou psychiques, ses réactions physiologiques et ses états de conscience – n’est pas récente. Certaines drogues peuvent engendrer une dépendance physique ou psychologique. L’usage de celles-ci peut avoir pour conséquences des perturbations physiques ou mentales. Pour désigner les substances ayant un effet sur le système nerveux, il est plus généralement question de psychotrope.
Le terme « drogue » recouvre essentiellement deux aspects : la nature des effets biologiques que la drogue induit d’une part et, d’autre part, les rapports que celui qui la consomme entretient avec elle. Il faut qu’un composant chimique donné soit consommé pour qu’il puisse répondre à l’appellation de « drogue ». Le mode et la fréquence de consommation influe directement sur l’accoutumance ou la dépendance au produit.
Toxicomanie
La toxicomanie (du grec : toxikon, « poison » et mania, « folie ») est un terme désignant la dépendance physique et/ou psychologique une ou plusieurs substances chimiques exogènes, généralement toxiques (analgésique, stimulants et autres psychotropes) sans justification thérapeutique. L’OMS recommande depuis 1960 l’utilisation du terme dépendance, plus précis et moins stigmatisant. En effet, "manie" signifiant "folie" est une description inadaptée de ce trouble.
Il est actuellement question d’addictions au pluriel car les pratiques de consommation ont évolué du côté des polytoxicomanies (tabac, alcool, médicaments, drogues diverses, synthétiques ou naturelles, etc.). Les usages évoluent vers un besoin incontrôlable de continuer à consommer le produit, accompagné d’accoutumance puis de dépendance.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la définition stricte de la toxicomanie correspond à quatre éléments : une envie irrépressible de consommer le produit (addiction, craving) ; une tendance à augmenter les doses ( tolérance) ; une dépendance psychologique et parfois physique ; et des conséquences néfastes sur la vie quotidienne (émotives, sociales, économiques).
Craving
Le craving (de l’anglais : « désir ardent, appétit insatiable ») représente une impulsion vécue sur un instant donné, véhiculant un besoin irrépressible de consommation d’un produit psychoactif et sa recherche compulsive ou encore l’application d’un comportement. Le terme « craving » est utilisé en addictologie.
Addiction
L’addiction, dépendance, ou assuétude, est l’envie répétée et irrépressible de faire ou de consommer quelque chose en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s’y soustraire.
L’anglicisme addiction désigne tout attachement nocif à une substance ou à une activité. Le terme plus ancien d’assuétude est d’usage courant dans certaines régions de la francophonie, notamment au Québec. Dans d’autres régions, il est vieilli, mais reste parfois utilisé pour qualifier des dépendances faibles comme celle au chocolat.
Il peut exister des addictions pour tout ce qui permet de se donner du plaisir : alcool, drogue, jeux d’argent, jeux vidéo, sexe, pornographie, nourriture (boulimie), achats (oniomanie), malgré la conscience aiguë qu’a le sujet — le plus souvent — d’abus et de perte de sa liberté d’action, de dégradation de la santé ou de ruine.
On parle d’addiction pour désigner un phénomène de manque qui se manifeste lorsqu’une personne est privée d’un besoin et que ce besoin n’est pas vital (sommeil, nourriture). Cette addiction est dite grave si son sevrage entraîne de la violence ou de l’agressivité. Les problèmes engendrés par une addiction peuvent être d’ordre physique, psychologique, relationnel, familial et social. La dégradation progressive et continue à tous ces niveaux rend souvent le retour à une vie libre de plus en plus problématique.
Toxophobie
Consiste dans des craintes imaginaires relatives à l’action nuisible de certains agents ou dans la frayeur d’être empoisonné.
Toxicophobie
Peur morbide du poison. Du latin toxicum, du grec ancien τοξιϰόν, « poison dont on imprègne les flèches » composé avec le suffixe -phobie.
La toxicophobie, au delà de son sens premier, a été utilisée par des usagers de drogue pour décrire une peur, un sentiment négatif, ressenti à l’encontre d’un usager de drogue et pouvant être à l’origine de comportement de haine, de rejet, de stigmatisation et de discriminations que peuvent subir ces derniers.
PEUR (du) TOXIQUE
On dirait bien que la conso de drogues et les addictions sont des sujets complexes, délicats et assez tabous ! Ptetre notamment parce que ça vient remuer dans la même gamelle : des choses intimes comme les émotions et le rapport à soi-même, des enjeux relationnels comme les amitiés et les responsabilités collectives, et des influences morales genre anges et démons ! Et le sel de la soupe serait la peur !
On a plus ou moins tout.es plus ou moins peur de la mort, de la maladie, peur que les autres (ou soi-même) changent trop ou se "perdent", peur de la perte de contrôle, du point de non retour, de l’isolement... Peur de ce que les drogues peuvent faire, peur pour les personnes qui consomment (soi y compris), peur de l’addiction et ses conséquences dans nos vies. Est ce que ça serait pas un peu ça fianalement la toxophobie ?
Ces peurs peuvent venir d’expériences vécues, parce que les drogues et les addictions ont pu faire des dégâts dans nos vies. Parce que ça peut rendre certaines personnes reloues, violentes, inaccessibles, isolées... Parce qu’il y a des passifs et des traumas. Parce que ya des gens qui s’entre-kiffent et qui veulent prendre soin d’eulles. Parce que ya des personnes sensibles, émotif.ves et empathiques. Aussi parce que ya des réflexes et/ou besoin de garder le contrôle.
Mais ces peurs sont aussi entretenues par des imaginaires sociétaux, des mœurs, des clichés, des principes moraux. Pour faire simple : "la drogue c’est très mal !" On veut nous en préserver depuis l’enfance vu qu’elle est souvent associée à toutes les dérives morales : la "délinquance", la "prostitution", la "folie", l’"oisiveté", l’"autodestruction" ou même les "déviances sexuelles". Dans des milieux anti- autoritaires, elle peut être montrée du doigt comme " nuisible aux luttes", "outils d’assujettissement du capitalisme".
Elle fait aussi miroiter le spectre de la mort, par la maladie, le suicide ou l’overdose. Et puis elle suscite la peur de la punition dans le rapport à l’autorité et à l’interdit, vu que la détention, la vente et la consommation sont sévèrement punies par la loi. Ya d’ailleurs une sorte de stupidité hypocrite de la part des États et du corps médical quand on voit l’énorme business légal fait avec certaines drogues, comme l’alcool et les médocs psycho/neuroactifs. Et bon, peut importe qu’on pense que ce soit normal, justifié ou pas, d’avoir peur, c’est une émotion, donc un truc pas simple à maîtriser, qui prend facilement le pas sur le rationnel, et influence notre vision des choses et nos comportements, même au dépend du sens de la justesse.

I KNOW MY WORTH, BITCH
(Je sais ce que je vaux, connasse)
TW : drogues - overdose - agression - viol – mort
Le processus de stigmatisation et l’assignation à un rôle, l’infantilisation, le mépris qu’il implique m’ont heurté et écrire ce texte aura été bien plus douloureux que je ne l’avais imaginé, je crois même, qu’il a essayé de me tuer.
Prologue
Dimanche vers 21h j’ai présenté des signes d’une overdose. Plus précisément j’ai fait un choc serotoninergique. J’ai reconnu tout de suite ce qui était en train de se passer dans mon corps parce que ça m’était déjà arrivé une fois il y a deux ans. La petite trace de 3 à 21h après 24h de teuf a quasi instantanément déclenché les premiers spasmes que je tente de maîtriser. À ce moment là je suis allongé, en excellente compagnie et je ne panique pas, je me dis que ça va passer mais que je ne dois plus rien consommer. Ce n’est que vers minuit quand je me mets debout pour rentrer chez moi que des énormes spasmes traversent tout mon corps, en fait, je commence à convulser, mon cœur s’emballe, je me rallonge. Je sais que je dois prendre des benzodiazepines (type Xannax) je sais que c’est le remède à une crise serotoninergique. Je prends 0,5 pendant que mon amie me masse les mains pour essayer de me détendre. Malgré le fait que je sois allongé, malgré le fait que dans 20min sous l’effet du Xanax ça ira mieux, et malgré le fait que je sois bien entouré, la peur de mourir me gagne. Je sens mon corps m’échapper. De nouveau, je suis traversée par des micro épisodes de convulsions, je sers la main de mon amie, elle me sert la main en retour comme pour me dire tkt tu vas y arriver, je lui fais confiance et ça m’aide. Si je panique la crise va s’empirer. Après 30min je sens les effets du Xanax, je fais le test de me relever et de m’habiller pour rentrer chez moi (accompagnée, de mes ami.es qui vont dormir avec moi) mais de nouveau je convulse ce n’est pas du tout calmé. Je reprends 0,5 et j’attends, je bois de l’eau, je mange des tenders en quantité. J’écoute de la musique douce et on essaie de me distraire avec des histoires de poisson Napoleon. Je passe des coups de téléphone « Alors oui c’était pour te dire que je suis en train de faire une OD enfin peut être mais je ne panique pas et faut pas que tu paniques non plus mais vraiment je t’assure je suis pas du tout en train de paniquer » lol le coup de file à 1h du mat alors que d’habitude je dors à 22h. La meuf panique pas du tout non non. Finalement vers 3h je suis complètement défoncé.e au Xanax, la crise est loin derrière moi. Je peux rentrer dormir sans aucune peur de mourir. Mais dimanche j’ai clairement vu la mort et je me suis battue contre elle et le trauma de ce combat dimanche soir me hante. Je sens le trauma dans mon corps, dans mon cœur et j’ai pleuré tous les jours depuis. Parce que je ne veux pas mourir.
Je me défonce le crane depuis mes 16 ans. J’ai toujours consommé de façon décomplexée notamment parce que j’ai eu le privilège de pouvoir rester « intégrée » tout au long de mon parcours d’addicte. Des bonnes notes, des bons boulots, une belle gueule. Un privilège que j’ai entretenu. Quand j’ai commencé à conso, j’ai passé un pacte avec moi même. Je devais d’abord faire mes devoirs. Parce que ma toxophobie intériorisée à tout fait pour m’éloigner de l’image du/de la « drogué.e ». Y a toujours eu le.a bon.ne et le.a mauvais.e « drogué.e », même dans ma tête et j’avais choisi mon camp. J’avoue que c’était aussi le moyen pour moi de faire en sorte que ma mère me lâche la manche sur mes conso et j’avais jamais trop revécu la toxophobie depuis cette époque jusqu’à récemment avec une meuf que j’ai fréquentée. C’était en effet assez difficile d’accueillir un « je ne veux plus jamais être en couple avec un.e drogué.e ». BAM mange toi ça dans la gueule. Des années de réflexion et de travail chez le psy pour améliorer ma communication, travailler sur ma colère, comprendre ce que sont les bases d’une relation saine, une décennie à faire et défaire des liens tout ça pour être ramené à ma seule identité de drogué.e. Franchement ça fout le seum. Iel me dit : « tu ne crois pas que quand on consomme autant ça révèle un mal être ? ». Ptdr la meuf est sous antidépresseurs et c’est iel qui me dit ça. Et puis d’où iel se permet d’utiliser le mot « autant », sur quoi iel se base pour utiliser ce mot ? La seule fois où on a consommé ensemble dans la même pièce à la même soirée iel ne se souvient pas m’avoir vu. C’est iel qui consomme jusqu’à ne pas voir ce qu’il y a devant son nez et c’est moi qui consomme trop parce que je suis mal dans ma tête ? Mais surtout iel se permet de poser cette question alors qu’iel n’a aucune idée de ce que je consomme ni en quelle quantité ni à quelle fréquence et encore moins jusqu’à quelle heure. Tout ce qu’iel sait c’est que je fais partie de ce groupe d’ami.es.x à Marseille identifié comme teuffeur.euses et « drogué.es ». Je sais qu’on a déjà dit de nous qu’on était dangereux.euses. Sur la base de quoi exactement ? Dans notre groupe certain.es ne consomment pas et pour autant, subissant avec nous le processus de stigmatisation iels ne sont pas identifiables par les outsiders. Je comprends qu’il suffit d’être identifié.e comme faisant parti de ce groupe pour recevoir l’étiquette correspondante, il suffit d’être un.e habitué.e de tel club, il suffit de poster des stories de teuf un peu trop tôt le matin. Après un G_hole assez impressionnant d’un.e pote que j’ai cru voir mourir pendant que je le.a portait à bout de bras pour le.a balancer à l’arrière d’un utilitaire prêt à partir pour les urgences, iel me dit : « Je suis toxophobe à ce stade - Là j’avoue ça me dépasse - Ça ne refroidit personne ces derniers décès ? - Bref je ne suis pas là bonne personne pour parler de ça - Ça me saoule » Bah oui c’est bien connu il suffit de savoir que le tabac tue pour ne jamais commencer. Espèce de grosse merde comment tu parles de mon.a pote. Comment est ce que tu parles de moi, de nous ? Tu nous prends vraiment pour des demeurés, tu crois vraiment que tout ça c’est qu’une question de volonté, de se secouer les puces. Comme si on était trop con.nes de continuer à conso alors que des gentes meurent autour de nous. Alors que toi avec tes antidép t’es un putain de prix Nobel de mathématiques. Je trouve ça extrêmement dangereux de ne pas pouvoir parler de ses conso ou de ce type d’évènement avec son policule.
Est ce que j’allais me retrouver à lui mentir sur les produits et les quantités, et me mettre en danger ? Est ce que j’allais me trouver à lui cacher une mauvaise redescente, et me mettre en danger ? Est ce que j’allais me retrouver à ne pas pouvoir parler d’un évènement traumatique, et me mettre endanger ? Je suis peut être une drogué.e mais si toutes ces années de travail pour devenir un bon petit policule m’ont appris quelque chose, c’est que je n’ai rien à faire avec une personne qui me méprise et m’infantilise autant à travers sa toxophobie. Alors envahi par la colère de ne pas être reconnue pour qui je suis et par respect pour moi même, je décide d’arrêter cette relation. Parallèlement à ça j’apprends qu’un autre groupe de queeros bitch sur le notre, en partie au sujet de la drogue. Oui peut être que mes potes et moi on glamourise la prise de produits sans le vouloir mais franchement c’est au moins à la hauteur de ce que la société nous met dans la gueule alors arrêtez de regarder requiem for a dream et laissez nous être bon.nes en sniffant, en fumant, en gobant, en se piquant, en se plugant. Franchement on a d’autres soucis. Des vrais soucis. qui nous inquiètent beaucoup plus que la teneur de nos pochons. Du type : doigt en charpie depuis des mois à cause d’une agression homophobe, ne faire qu’un repas par jour par manque d’argent, être dépouillé et agressé par un plan Grindr, densité osseuse réduite à peau de chagrin à cause de la PREP et se retrouver fragile comme du verre, être violé par un client, un tentative de suicide, ...
Du coup j’avais besoin d’écrire sur le sujet. Pour faire le ménage dans vos têtes. J’en pouvais plus de toute cette bave fascisante sur le dos de nos malheureuses traces. Mais je n’arrivais pas à écrire. Je me suis retrouvée comme une con.ne devant mon clavier. Peu de choses ont réussi à sortir et c’était principalement moche et brouillon. Je voulais faire le ménage dans vos têtes mais c’était dans la mienne qu’il fallait que le fasse. Qu’est ce que je veux dire ? De quoi j’ai besoin ? Qui est ce que j’essaie de convaincre ? J’ai envie de vous dire que c’est en after à 14h quand tu as plus de thune, plus de drogue, plus de clope, que tu sais vraiment qui sont tes potes. J’ai envie de vous dire que c’est en raclant les coins du pochons en parlant des traumas que ton taré de daron t’a refilé que tu rencontres vraiment les gentes. J’ai envie de vous dire que c’est en tapant du speed pendant 12h autour d’une table basse y a deux ans que j’ai rencontré un.e ami.e. Ce jour là j’ai fait la rencontre d’un génie. La personne la plus intelligente qu’il m’ait été donné de rencontrer. Génie émotionnel et intellectuel, ami.e honnête et généreux.se, réflexif.ve, inventif.ve, avec la rage mais pas moins doux.ce pour autant, prêt.e à décrocher son plus beau coup de boule s’il le faut, badass sur tous les plans. Un être quasi parfait et polytoxicomane qui vaudra bien tous les straights handicapés du cœur des relations bitchy et méprisantes du monde. Mais si je vous disais ça je perpétuerais la toxophobie parce qu’en un sens j’essaierais de rendre les conso fonctionnelles en disant « c’est trop bien tu te fais des vrai potes ».
Sauf que même si c’était pas le cas nos conso auraient quand même leur place. Elles ont leur place dans des afters glauques, elles ont leur place tout.e seule chez toi comme un.e con.ne, elles ont leur place même si c’est pour te mettre minable, elles ont leur place que tu sois « intégré.e » ou pas, elles ont leur place que tu sois malheureuse comme les pierres ou au top de ta forme, elles ont leur place pour t’automédicamenter ou non, elles ont leur place partout et tout le temps si tu es consentant.e et que tu ne fais de mal à personne. Pour moi la pire des toxophobies c’est celle de celleux qui consomment aussi, iels sont mal a l’aise avec leur propre conso et te font chier parce que toi tu t’en branles. Retournez vous faire péter les cloisons nasales occasionnellement et laissez nous rider toute la semaine si on le veux. Qu’on soit les pires clochard.es ou non on vaudra toujours plus que vous.
Epilogue
Mon corps me menace. J’ai le coeur serré, pincé. Je n’avais pas prévu d’arrêter de conso. Mais là clairement ce n’est plus moi qui décide. Je sens que si là je reprends une trace elle me fait tomber par terre instantanément. Mon corps me menace, c’est le comble, il est devenu toxophobe. De toutes les conversations toxophobisantes que j’ai pu avoir au cours de ma vie, il n’y a que celle avec lui qui en vaille la peine. Alors je vais attendre que mon corps soit prêt et si un jour il me le permet, je ferai mon plus beau plongeon pour m’y remettre. Si ce n’est pas mon corps qui parle je me sens infantilisée et je préfère clairement retourner assembler des legos avec mes déglinguos préférés. Si j’échappe à une mort sous OD ce ne sera pas grâce à vous, votre combat est stérile. Mon corps et moi sommes maitres.ses, les seul.es. Par honte, j’ai failli ne jamais parlé de mon OD. Honte de ne pas avoir réussi à gérer mes conso, honte d’avoir dépassé mes propres limites, honte d’être la « drogué.e » à laquelle vous vous attendiez. Ça faisait des mois que j’essayais d’écrire ce texte en vain et quelques heures avant mon choc serotoninergique, on en parlait avec les copaines. On était en train de passer un bête d’after et on essayait de décortiquer les raisons pour lesquelles je n’arrivais pas à l’écrire. Il m’aura fallut en passer par là. Il m’aura fallut une overdose pour réussir à assumer mon identité de drogué.e qui vous emmerde. Ce texte, aura tenté de me tuer.
Dédicace à l’adolescente que j’étais : Waiting for yesterday - 12 stones


POST-TOX ?
des questions sur l’arrêt
L’idée de ce texte c’est de témoigner de mon parcours perso et de pouvoir transmettre quelques billes si ça parle. En aucun cas ça juge les personnes qui se défoncent actuellement et/ou celles qui n’ont pas prévu d’arrêter de le faire.
14/10/2023
Pour poser un peu le contexte…
J’ai pris ma dernière trace il y a 10 mois. Dernière trace de ké dans l’idée d’arrêter les traces de tout.
Polytox (ça fait pas long que j’emploie ce terme) depuis mes 13 piges, j’ai arrêté pleins de consos dans ma vie… en compensant toujours avec une autre ! Beaucoup d’alcool, les joints puis en alternant avec le reste : amphets (speed, taz, md), coke, kétamine, crack, opiacés, médocs, psychotropes (champi, lsd…), et autres joyeusetés (tout . Plus ou moins à long terme et à forte dose. Avec une conso de ké quasi quotidienne durant les deux dernières années. Tous types de prises mais pas d’injections. Ça me paraît juste de préciser que j’ai jamais vécu un sevrage de came ou de crack après des prises d’une durée de plus d’une ou deux semaines (c’est pas pour renforcer le stigmate, c’est pour éviter d’invisibiliser certains vécus).
Là l’idée idéale c’était de stopper la spirale, tendre vers une sobriété presque totale.
10 mois plus tard j’en chie encore.
Pour pas me faire trop violence je m’accorde un peu d’alcool de temps en temps. Pas plus de 3 verres dans l’idée et quelques clopes. Gérer l’anxiété sociale. Ça a « dérapé » quelques fois. Pas mal d’anxios quand je suis au fond du trou et j’ai un neuroleptique/antipsychotique que j’utilise en si besoin et pour dormir. Encore quelques béquilles quoi.
CERVEAU ET CORPS ET PRODS
Hyper intense de se retrouver face à tout mon cerveau qui fonctionne tout seul. De me bouffer toutes mes émotions, toute ma sensibilité en clair, en net (cf. SE DROGUER C’EST GARDER LE CONTROLE). Être a balle d’à jeun. C’est un état de défonce en soi, la sobriété. Tout se vie à fond, en entier, en hd.
J’ai pris la décision de TOUT ARRÊTER parce que j’en pouvais plus de mes descentes morbides. J’en pouvais plus des crises d’angoisses à répétitions, tellement défoncée que je savais plus comment en sortir ni d’où ça partait.
J’avais aussi envie de voir si ma santé mentale serait plus facile à gérer sans substances. Envie de voir si j’arriverais à être plus fidèle à mes petits projets, sans. Plus concentré.e, sans. Plus sociable, sans. Moins parano, sans. Moins colérique, mois démente. Être plus à l’écoute de mes sensibilités/spiritualités, sans. Moins dissociée, moins d’hallus, moins obsessionnelle, moins de tout. Plus tranquille, plus adaptable, plus adapté.e...
Et bah franchement la diff est vraiment pas flagrante. Pas incr. Jsuis toujours autant vrillé.e (dans ma bouche c’est pas une tare), l’axe de compréhension de tout le merdier de ma tête n’est juste plus le même. Impression que quelques couches de brouillard chimique se sont dissipées pour faciliter la rencontre avec moi-même et y a du taf. Je continue de faire des crises de toutes sortes et j’ai refait des passages aux urgences psy.
Aussi j’en avais marre de cette impression que tout soit vécu plus puissamment pour moi que pour les autres dans mon histoire des consos. La perche toujours plus élevée et profonde que pour ma voisine. La descente beaucoup plus suicidaire que celle de mon voisin. Taper toujours plus, partir toujours plus loin. Les effets inversés par rapport aux autres. Et galérer de ouf pendant des semaines. Marre d’être la personne inaccessible avec des yeux de merlan frit au milieu des crews festifs qui tapent des barres pendant que je discute avec des extraterrestres ou que je meure d’envie de me cacher dans une penderie.
Ptètre en fait j’ai des fragilités/sensibilités psys en plus ou en moins jsais pas.
Ah et aussi après mes 2 dernières grosses envolées de kétosorus, j’ai pissé du sang et j’ai eu des galères urinaires pendant plusieurs mois. Non la ké n’est pas une drogue magique sans effets secondaires. J’ai atteint quelques limites et y a fallut que j’en arrive là pour faire un choix radical.
Attention : j’ai aussi beaucoup beaucoup rigolé et a plein de moments j’aurais pas supporté le quotidien sans substituts. De longue période de défonce sans encombre et sans que ce soit un plus gros problème qu’un autre. On dit merci bisous...
PETITES CONSÉQUENCES DU PROJET
Saches que tu vas te sentir seul.e et tu seras sûrement très seul.e. Le processus est solitaire. La quête est initiatique et intime. Tes potes ne vont pas arrêter de consommer, ni d’en parler à outrance. Le monde continuera d’être incitant . Les événements militants et/ou festifs continueront d’avoir lieu avec tout le lot de consos que cela implique. Tu trouveras pas de brochures intéressantes et aidantes sur le sujet. Je parle à la seconde personne mais c’est juste un partage de constats faits avec moi-même. Et si les plateaux ne tournent pas ou plus dans les espaces co, même si quelques personnes feront attention à ne plus te proposer, toi tu sauras. Tu verras les yeux, les gestes. Les odeurs. Tu connais trop bien.
On crée des espaces RDR pour pouvoir consommer en sûreté et sans stigmates et c’est trop super ! Par contre quand j’ai commencé à réduire en vue d’arrêter, impression forte qu’il n’y avait pas un seul espace au monde sans substances à part mon lit.
J’ai d’abord voulu faire comme si de rien était, continuer de sociabiliser et de vivre comme d’hab. Pas changer ni mes potes, ni mes activités, pour pas que ce soit triple peine. J’avoue j’ai vite déchanté ! La frustration était permanente. La tentation d’y plonger le pif ou de tout gober, n’en parlons pas. Sentiment d’être le cheveu sur la soupe dans des ambiances auxquelles je ne pouvais plus réellement prendre part.
Alors quitte à mourir de FOMO, j’ai ralenti et je me suis un peu coupé.e de tout. Pour le meilleur ou pour le pire, j’ai entamé un presque huit clos avec mon binôme amoureux (également en processus de sobriété) et on s’est consommé jusqu’à l’abus. Youpi.
Ce serait trop beau qu’il suffise d’arrêter les cons’ pour stopper les conduites addictives. Trop facile en fait. Mais le problème va plus loin, c’est tout un fonctionnement chez moi, l’impulsivité, la compulsivité. Je suis accro à l’intensité et c’est là que ça se joue. Il y ce foutu gros vide incompréhensible que j’essaie de combler avec tout ce que je trouve. Les raisons sont insidieuses, complexes et multiples. Ça on le sait toustes.
Il y a aussi le retour des troubles alimentaires, quand je réduisais ou depuis que j’ai stoppé, qui font « kikou nous non plus on est pas stabilisés ! ». A plus manger, ou trop manger, à se faire vomir. Trop se prendre la tête sur quoi bouffer ou ne plus se la prendre du tout. Les achats/chourses compulsives… la sur-sociabilité, les mille projets, tout ce qui nous rempli et nous vide en même temps.
Je mets beaucoup en avant les enjeux sociaux et festifs mais je suis aussi kelkun qui adorait conso solo. Ya aussi tous ces moments où les ongles de ces mains virtuelles griffent l’intérieur des parois de mon crâne, de manque, du besoin d’extinction du fil de pensées incessant et pas souvent très funky.
« ARRÊTER » c’est devenu un projet en soi. J’arrête pas d’en parler, de jeter des fleurs à ma détermination dès que je peux et je me la raconte pas mal. Franchement y a de quoi. Les gens me disent « je sais pas comment tu fais », moi non plus.
A pleins de moment je me suis dit à quoi bon nanani nanana, dans ce gros monde de merde y a t il vraiment du sens à s’infliger ça ? Et c’est une vraie question et elle revient souvent. Mais jtiens bon et je trouve que j’ai un peu plus d’espoir personnel et d’espérance depuis que j’ai réduit et/ou arrêté tout un tas de trucs. C’est une mission quand même super rude, je trouve, mais ça se fait et j’y vois beaucoup beaucoup de sens.
AUTO-PERCEPTION ET REGARDS DES AUTRES
Quand j’annonce à certain.e.s potes, impression que ça regarde de trav. Un peu comme si devenir sobre c’était passer dans le camp des toxophobes et/ou des straights. Comme si tu pouvais pas avoir le cul entre deux chaises, être mi-figue mi-raisin toussa toussa.
En soirée ça m’est arrivé que je tchatche, je rencontre des gens puis vient le moment où « ah on va taper ceci, ça te tente ? », là jle dis « non cimer, moi je tape plus rien ». D’abord la personne me regarde comme si j’étais un ovni illuminé de tous les cieux, en mode whaouh puis très vite viennent le désintérêt et l’incompréhension. Sentiment que bon ducoup on a plus grand-chose à partager.
Y a aussi toustes celleux qui m’ont connu et identifié comme distribueuse de pochons, comme un.e pote toujours matossé.e car consommateurice quotidienne. Qui viennent te redemander si t’as pas un truc, si t’as pas un plan. Plusieurs fois. A chaque fois. Parce que c’est dur à imaginer qu’en fait c’est la vérité, je veux plus et j’en ai plus.
Après c’est des auto-jugements à la con aussi, si j’arrête tout total est ce que je garde mon âme de vieux punx/schag/jsaispakoi ? La petite voix de l’ex-fonfon en moi qui me crie « traaaaaiitre ». Mais est-ce que je deviens vraiment quelqu’un.e d’autre ?
Et puis ya comment je me ressens, comment je m’enferme dans le rôle de la personne nulle, pas fun et fade qui se dévergonde pas. Plus je me le dis, plus je me sens naze de penser ça, plus ça existe, plus j’en viens à m’isoler.
L’angoisse d’être le/la relou.e de service qui casse l’ambiance. En fait tout ça c’est aussi très significatif de la manière dont on se positionne par rapport aux prods et de comment on se retrouve toustes à en taper toujours plus. Cette façon qu’ont les prods, la tize, etc, d’agir comme liant social et permettre des connexions intenses entre les êtres. Et quand tu coupes ce lien que se passe-t-il ? Bah t’es plus dans le game. Et c’est la faute à personne, vraiment, c’est juste un fait. Inévitable et logique.
La dernière grosse teuf où j’ai cru que j’avais des supers pouvoirs. J’y suis allé.e sans assurer mes arrières, j’ai cru que j’étais trop détachée kwa. Ça allait me glisser dessus, j’allais danser et faire abstraction. Trop pas. Y avait pleins de potes proches pourtant. Toustes fonfons, iels m’ont demandé mille fois si ça allait. Iels étaient mimis, je les connais mille fois dans ces états, je peux pas leur en vouloir. Mais c’était rude. (j’ai fini par passer la journée sous un peu de lsd). Au bout d’un moment il n’y avait plus que ça qui existait : « a quoi les gens vont iels se défoncer mtn ? ». J’étais solo dans mon mood avec ma mâchoire qui sert d’envies. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j’ai fortement souhaité disparaître et j’en ai profité pour faire le deuil du personnage foncedé en moi.
STRATÉGIES ET POSSIBLES SOINS
Très personnellement, j’ai toujours arrêté une conso en gardant le produit à proximité voire sous l’oreiller. Je m’en débarrasse jamais tout de suite. Un peu comme si apprendre à vivre avec sans le taper c’était s’assurer un avenir meilleur avec ce prod. Je m’en débarrasse seulement plus tard quand je sens qu’il n’y a plus de tension entre lui et moi.
Même si c’est des aventures qui se traversent plutôt seul.e, à mon sens c’est bien de se faire aider ou accompagner. C’est risquer de se faire très mal sinon, voire de se mettre en danger. Je sais qu’il y a des potes qui arrêtent avec des addictos par exemple. C’est pas aisé d’en trouver des bon.ne.s mais il y en a ! Perso j’en ai vu un quand j’avais 16 ans de façon plutôt contrainte et ça m’a dégoûé t . Certain.e.s voient des psys. D’autres font de l’hypnose ou de l’acupuncture. Des soins du corps, de la co-écoute ou autres. Partir marcher ou à vélo pendant des jours. Taffer à donf. S’acharner aux sports. Protocole nada. Substitut aux plantes. Une bulle à la campagne… De mon côé t , je suis suivi.e depuis plusieurs années par une sorcière touche-à-tout en qui j’ai grave confiance, ça me soutient fort. J’ai aussi commencé à voir une psychologue pour les autres problématiques du cerveau. Et j’ai pas trop de mal à mettre la tête dans le guidon, à m’occuper à m’activer (voire un peu trop) alors ça aide à pas tropboucler. Je suis tout le temps occupée, avec peu de répit.
L’important (je trouve) c’est d’être accompagné.e par une personne qui s’y connaît, par qui tu pourras te sentir écouté.e et non-jugé.e. Une personne qui ira dans ton sens et à ton rythme. Y a des périodes ou j’aurais pas eu les moyens de voir un.e psy cependant. C’est cool de pouvoir demander du soutien financier à son entourage, aux milieux, ou de s’organiser pour voir quelqu’un.e que l’on choisi. Plusieurs choses se font aussi à prix libre.
Faut que j’arrête d’avoir honte de le dire mais : donner de la place à la magie et assumer la folie, c’est une grosse part de mon taf.
Concernant les évènements collectifs et les soirées, je pense c’est stratégique d’y aller avec des allié.e.s sobres ou en processus pour éviter de se jeter seul.e, fébrile et en keukeu dans la fosse de sociabilité. Ça peut être pas mal aussi d’avoir des potes à qui parler dans les moments de serrage ou pour aller à des rdv. Moi j’ai pas eu ça et ça m’a vraiment manqué.
POSER SES LIMITES ne veut pas dire être TOXOPHOBE. A inversement, ne pas pouvoir les poser dans un processus d’arrêt ou de pause, c’est ne pas être reconnu.e dans sa propre difficulté liée aux prods. Et c’est vraiment chiant. Le sevrage, les ralentis, font partie du monde des consos et c’est pas R. Évidemment faut pas exiger à son entourage de changer son mode de vie mais on est légitime à demander des ptits aménagement pour survivre en collectif. A mon avis, utiliser la toxophobie à toutes les sauces dés qu’il s’agit de cadrer un peu les bails, c’est nier la multiplicité des vécus.
Pour finir…
J’ai envie de démystifier les notions « être dedans » et « en sortir ». Impression que ça nous enferme, comme si c’était soit l’un soit l’autre. Des fatalités.
En fait c’est un processus sinueux et sans destination finale. Il y aussi l’existence des pauses et des reprises. Et pour l’instant même en ayant presque tout stoppé, j’ai pas l’impression d’en sortir, ni même de vraiment m’en sortir tout court.
Je souhaite aussi de pas se culpabiliser quand on craque, quand on arrive pas à tenir. C’est déà j tellement une épreuve de faire le pas. Même quelques jours c’est toujours ça de pris. Alors voilà, j’en chie encore, je sais pas si c’est vraiment mieux qu’avant mais il y a pleins de choses qui s’éclaircissent et globalement mon esprit est moins confus. Rien est adapté, à part les adaptations que je me propose.
Déso pour mon ton parfois amer dans ce texte, le sujet me met encore à fleur de peau. J’arrive grave à faire la fête maintenant et à taper des barres, dans certains contextes. Je m’ouvre de plus en plus aux autres et j’entrevois le bout de certains tunnels.
Force et doudouceur <3
14/10/2024
ACTU
Voilà un an après l’écriture de ce texte. Y aurait des trucs à redire sur ma perception du délire. J’ai toujours pas fini de régler les problèmes du fond de ma cuve mais je reste dans le mood général de jeveuxplustop. Je rebois quasi quotidiennement (avec parcimonie ou pas du tout selon les jours) pendant plusieurs mois et je refume. Les xanax toujours à portée de main. J’ai aussi retapé quelques traces (tous styles) par ci par là, rebouffé un bout de ceci ou refumé un peu de cela, pour me lâcher la grappe quand j’en avais beaucoup trop envie. Sans grande conviction, j’ai éé t souvent déçu.e. Je m’attendais à la perche du siècle ou a un gros soulagement. Kedal. Souvent ce fut anxiogène ou dissociatif. Un peu comme si je voyais ce que ça me faisait sans vraiment le vivre. J’ai pas repris les doses que je pouvais prendre avant mais je pense pas que ce soit ça le problème.
Je rempli mon vide en travaillant beaucoup, en me surmenant, en remplissant mon planning. J’ai globalement le moral malgré le contexte du monde, les mauvaises nouvelles et galères en flux tendu. Névroses, anxiété, dispersion, seum, paranos… sont toujours là mais c’est bien plus passager et gérable qu’avant. Je vois la psy et continue les soins quand j’ai suffisamment de tunes. J’ai pas changé d’ami.e.s, ni de milieu social/politique/affectif.
Actuellement je suis à nouveau dans un gros désir de sobriété totale. La santé ne permettant pas le contraire. Et je bouffe des plantes.



PRINCE DES SCHLAGS
Je fais pas partie de cette sale race,
Qui se la joue,
Qui se croit chez elle partout,
Entre dans une pièce sans dire bonjour,
Des gens qu’ont pas de face.
Moi je suis poli madame, poly toxicomane.
Pendant l’opulence ou durant la misère,
Je me mets en transe,
Je transpire,
Quand toutes les minutes trente,
J’expérimente,
L’impression de mort imminente.
La vie est déprimante,
Mais je survis,
Cherche de la drogue avec appétit.
Pour lutter contre le craving,
Je suis pas prêt à faire n’importe quoi.
Mes soeurs et mes frères savent.
Je suis quelqu’un de droit,
Muet comme une tombe.
Contrairement à beaucoup qui bombe
Le torse. Et quand ils tombent,
Pénavent en Gav,
Jacassent,
Sur un casse ou de la casse,
Parfois poukavent
Puis appellent papa, maman,
Pour gérer leurs tourments.
Au comico, chacun sa classe,
Et j’ai pas de sous.
Ce qui souvent fout à bout.
On a pas de quoi payer les factures
Mais on trouve toujours quand il s’agit de bitures
Putain c’est triste
Dûr d’être heureux dans cette vie.
Que tu vendes des journaux,
Livres de trucs à vélo
Ou bien que tu tailles des pipes,
Tu me feras jamais croire que le travail émmancipe.
Dans ce monde qui rend fout,
Qui crée des psychotiques,
Prince des Schlagues est pensif,
Souvent dépressif.
Je reste au fond du trou,
En attendant de foutre le feu à tout.

OUPS I DID IT AGAIN ! SO WHAT ?
Prologue : les 2 versions ☣︎
J’ai écris une première version de ce texte il y a presque un an. C’était un peu cash, avec de la colère et de l’amertume bien palpable à plusieurs endroits. J’ai capté que j’avais accumulé un petit paquet de non-dit et de blessures qui avaient fermenté gentiment. Et ça m’a fait du bien de décharger tout ça sur du papier plutôt que sur des gens ! Mais en me relisant quelques mois après et en en discutant avec 2-3 potes (merciii !), je me suis dit que c’était pas ça que j’avais envie de communiquer, en plus on pouvait avoir l’impression d’entendre un petit accent légèrement condescendant sauce "je t’explique", que j’ai beaucoup de mal à supporter ! Je me suis rappeler que l’objectif était de créer des ponts plutôt que des murs, de chercher de la compréhension plutôt que du braquage, d’amener de la discussion, pas un réglage de compte. Surtout que je m’adresse à des potes voir des proches.
Alors j’ai fait une deuxième version, sans nuancer le fond mais avec une intention, et donc une forme, plus apaisée. J’ai aussi voulu essayer de sortir du "je" Vs "tu", pour aller un peu plus vers un "nous". Partir de mon propre point de vue situé, et à travers mes expériences aller vers une dimension communautaire, des enjeux collectifs. Tout simplement parce que j’ai du mal à voir les choses autrement !
Au final, le processus d’écriture de ce texte est en soi assez révélateur de ma démarche : un besoin personnel de décharger, d’être plus pris.e en considération ; un besoin qu’on se comprenne mieux, qu’on avance ensemble ; un besoin qu’on collectivise ces discussions, qu’on prenne soin de nos communautés.
Aussi j’ai capté que je parle beaucoup de toxophobie et peu de ma propre toxicomanie et de comment ça peut être galère dans ma vie. Je trouve ça assez parlant : la toxophobie décale le focus et rend difficile de parler réellement du fond. Parce que c’est pas facile de parler de ses fragilités en étant montré du doigt.
J’ai cru voir un.e polytoxicomane !
Je me toxoprésente ! : je consomme régulièrement presque toutes les drogues qui croisent mon chemin (principalement alcool, speed, ké, taz, lsd, opiacées, 2cb, coc, gbl...), j’aime bien en tester des nouvelles, je consomme de l’alcool au quotidien depuis plus de 10 ans, et durant ces 6 dernières années, j’ai consommé du speed et de la ké au quotidien pendant de longues périodes. Quand on me propose je ne sais pas trop dire non, et tout seul j’ai beaucoup de mal à ne pas consommer si j’en possède. Même si j’ai décidé de ne pas le faire, il me suffit d’une fraction de seconde pour changer d’avis.
Alors c’est sûr que ça vient me poser pleins de questions, déjà sur mon rapport à moi même : mon rapport à ma santé mentale et physique, mes comportements addictifs, les impacts sur mes émotions etc. Tant que ça ne concerne que moi j’ai une petite tendance au déni, à la minimalisation et à la procrastination ! Mais ça vient aussi questionner mon rapport aux autres, et par contre là j’ai envie de faire hyper attention aux impacts que ça peut avoir sur mes proches et sur la qualité de nos liens. J’essaie d’être le plus à l’affûtpossible, et en demande de critiques. Mais que je le veuille ou non mes consos ont des influences sur les autres à différents niveaux, notamment en terme d’incitation. Et là on touche à un petit nœud : comment on fait ensemble avec nos différents rapports aux consos ? Pour éviter d’inciter, mais sans avoir à se cacher. Pour ne pas être incité.e, mais sans s’auto-exclure ni condamner. Comment on est tolérant.e mais aussi responsable.
Et d’un autre côté les drogues m’apportent pleins de choses dans la vie, j’aime ça, elles m’aident à différents niveaux, ça fait partie de mon rapport complexe au monde. Pour pleins de raisons j’ai aucune envie de tout arrêter. En ce moment j’ai envie de diminuer pour pouvoir mieux continuer. J’ai envie de diminuer aussi parce que j’ai pas envie d’être trop dépendant.e à un/des produits, parce que ça peut me fragiliser émotionnellement et que dans la vie j’ai besoin d’une bonne stabilité émotionnelle. Aussi parce que je mange moins, dors moins, et j’en ressens les conséquences physiques (douleurs, fatigue...). Aussi parce que ça me coûte trop cher et je suis trop pauvre ! Et puis j’imagine que je dois avoir intégré de la toxophobie et qu’elle a de l’influence dans les embrouilles entre l’ange et le démon sur mes épaules !
Alors voila j’ai envie et besoin de me poser des limites, surtout en terme de fréquence. On est plusieurs dans ce cas. Et pis ya aussi des gens qui veulent pas forcément arrêter ou diminuer, d’autres qui ont tout arrêté, d’autres qui commencent, et d’autres qui ont jamais commencé. C’est pas toujours très compatible alors ptetre ça peut aider d’arriver à mieux communiquer là dessus.
De moins point de vue de "tox", qui en parle régulièrement avec d’autres "toxs", je trouve que globalement ça marche pas très bien, qu’on a du mal a gérer ça collectivement, et que la toxophobie est très présente, même dans les milieux où ça consomme couramment. Concrètement ya souvent des propos et postures stigmatisantes, blessantes, jugeantes, voir rabaissantes et humiliantes, et qui peuvent vite amener à développer des mécanismes de défense, à se renfermer et éviter le sujet, à se cacher pour consommer, à s’isoler seul.e ou entre "toxs", à augmenter ses consos, et au final à renforcer les mécaniques de l’addiction... (Ça rappelle malheureusement les schémas toxophobes classiques)
Notabéné : les "toxs" ne sont pas non plus des saint.es bisounours dépourvu.es de jugement et de préjugés ! #on-est-toute-le-toxophobe-de-quelqu’1 !
Pour rentrer dans du concret voila quelques exemples de propos qu’on m’a dit, qui m’ont fait chelou sur le moment, et qu’après réflexion je pourrais qualifier de toxophobes. J’ai entendu tous ces propos plusieurs fois, souvent en combo voir même en all-in !, dans différentes situations, dans différents contextes, par différentes personnes, la plupart du temps des potes ou des proches.
Généralement c’est compliqué de réagir et d’en parler sur le moment, parce que ça active en moi des mécanismes de protection/défense qui ne facilite pas la compréhension mutuelle. Aussi parce que la plupart du temps les personnes ont l’air d’avoir besoin d’exprimer leurs ressentis, mais pas forcément de connaître les miens (pas de questions, pas vraiment d’écoute). Et aussi parce que le contexte est rarement propice : soirée, consos, dispo émotionnelle, autres personnes en présence.
Le mieux serait sûrement d’en rediscuter à un autre moment choisi, avec chaque personne séparément. J’y travaille mais c’est pas simple pour moi, parce que je manque de confiance en moi, parce que j’ai été blessé et que je ne me sens pas en confiance, parce que c’est un sujet sensible pour tout le monde et que je ne veux pas avoir ce genre de tchatch sur un mode défensif. Mais ces situations persistent et le manque de compréhension mutuelle peut creuser des fossés. Et j’ai besoin d’en parler pour canaliser l’amertume qui vient avec le temps et la répétition. C’est plus facile pour moi d’écrire, de manière anonyme, en sachant que d’autres personnes partagent ce vécu, et qu’on peut y travailler un peu plus collectivement.
L’intention n’est pas de condamner ou d’incriminer, mais de partager mes ressentis, en essayant d’expliquer ce qui me va pas et pourquoi, et d’imaginer comment on pourrait faire mieux, en tout cas de mon point de vue.
*** « Je m’inquiète pour toi » *** ☣︎
C’est compréhensible de s’inquiéter pour ses proches, mais derrière la bonne intention je ressens souvent des postures assez autocentrées et peu à l’écoute. En tout cas je me sens dépossédé.e par des projections souvent hasardeuses, qui en plus créent en moi de la culpa.
Il faudrait pas grand chose pour changer un peu la donne, genre dire « je voudrais t’exprimer un ressenti, et je sais qu’il est beaucoup basé sur mes peurs et mes projections, et je veux pas te le faire peser. Alors je me lance, attention : des fois je m’inquiète un peu pour toi ! Mais du coup si t’es ok à un moment j’aimerais bien que tu me raconte un peu comment tu te sens par rapport à tes consos (/ta relation). »
Et pour commencer, demandons nous ce qui est le plus important pour : notre propre inquiétude ? Ou la personne en question ?
*** « T’as changé » ou « Reviens ! » ou « Tu t’isoles » *** ☣︎
Y a pas besoin d’être très parano pour comprendre, entre les lignes : t’as changé en moins bien, t’es perché.e faut que tu redescendes, t’es tombé.e dedans, t’es aller trop loin faut que tu reviennes à la réalité, tu te renferme, tu oublies tes ami.e.s... Encore une fois, je me sens prisonnier.e de ton ressenti (réel mais potentiellement mal/in-fondé) et projetté.e dans ta représentation qui ne me semble pas s’intéresser pas à ma réalité. Alors probablement que sur le moment je vais essayer de te rassurer, et il est possible que je m’éloigne pour de vrai. Et c’est dommage parce que ça serait bien de tchatcher, mais ce genre de posture ne me met pas dans de bonnes conditions pour ça.
On peut pas vraiment hiérarchiser les ressentis, mais peut être que c’est cool si les tiens ne viennent pas écraser les miens. Mais peut être il y a autre chose derrière ces mots, genre « ça me le fait pas, ça m’importe de tel ou telle manière », et dans ce cas, j’aimerais bien qu’on puisse en parler avec transparence. Tu peux me faire part de ton avis et tes ressentis, mais il faut aussi qu’il y ait la place pour parler de mes rapports aux consos (/à ma relation) et au monde, vu que c’est aussi le sujet. Et partant de là, si t’as des exemples précis, j’aurais très probablement envie et besoin de les entendre. Mais ça ne marche que si toi aussi tu as envie et besoin de connaître les miens, et dans l’éventualité où ça serait le cas, que tuparviennent à me le faire comprendre. C’est pas forcément compliqué, tu peux poser des questions, ou juste le dire. Et si tu as peur d’être trop intrusive.f, pas de problème, au contraire c’est plutôt attentionné. Tu peux simplement le dire et demander si c’est ok pour moi. Et si on en arrive jusque là, ya de grandes chances que je sois ok pour de te partager des trucs, avec sincérité, sans être sur la défensive.
Si on est proche, tu pourrais dire par exemple « j’ai perçu des changements et je me questionne sur l’impact de tes consos (/ta relation) là dedans. Est ce que t’es ok que je donne des exemples et qu’on en tchatche ? ». Si on s’est éloigné.e, peut être que tu peux dans un premier temps garder tes craintes pour toi et te demander ce que tu sais concrètement de mon état psychologique, de mes consos (/ma relation), de mes relations et du soin que j’y apporte ou pas. Puis tu peux me questionner sur ce que je vis et comment je me sens, comme j’aurais envie de le faire pour toi. Dans les deux cas tu serais peut être rassuré.e d’entendre mes réalités, mes complexités, mes difficultés, ma lucidité dans mon rapport aux drogues (/à ma relation) et à mes addictions. Ou alors tes inquiétudes se préciseraient et tu saurais peut être mieux quoi en faire. Et si il y a des situations où tu trouves que j’ai eu une posture/un comportement pas ok, que ça soit en lien avec des consos (/ma relation) ou pas, ça m’importe de ouf que tu m’en parle.
*** « Les gens m’ont dit que » *** ☣︎
C’est pas très agréable de savoir que des personnes discutent de ça dans mon dos, même si ça peut partir d’une bonne intention. Les propos sont bien souvent déformés et accentués d’une personne à l’autre. Ça peut faire des dégâts dans mon cœur, ma tête, ma confiance, dans nos relations, et par extension, dans nos communautés. Si "les gens" s’inquiètent pour moi, je veux bien en être informé.e avec plus de précision ! Je trouve ça important qu’on déplace le sujet à une échelle collective ou communautaire, mais dans ce cas tentons de le faire collectivement et avec soin et transparence.
*** En regardant la petite poutre que je suis en train de me préparer :
« Ah ouais t’en est là » ou « T’y vas un peu fort quand même » ou « Tu vas prendre tout ça ? » ***
Demandons nous qu’est ce que ça apporte de mettre ça en évidence ? Et essayons d’imaginer ce que ça crée pour la personne. Perso je me sens jugé.e et mis.e dans une case toute faite, étiquetée, et, comme toutes les cages, pas forcément confortable.
Si tu ne connais pas mon rapport au produit et que tu veux t’assurer que je sais ce que je fais, tu peux discrètement dire quelque chose comme « he, scuze mais juste pour être sûr.e, tu connais ce produit et t’as fais ta trace en fonction ? ». Sinon, évitons les commentaires, tout simplement ! Surtout si ya d’autres personnes présentes, que ça soit des potes ou pas.
*** « Ton rapport à la drogue est comme ci ou comme ça » ***
Dans les quelques situations que j’ai en tête, je ne me souviens pas d’avoir discuter de mon rapport à la drogue avec la personne, ni qu’elle m’aie déjà posé des questions. Il y a aussi le problème récurent de l’amalgame : parler des drogues en général sans différencier le rapport spécifique qu’on a avec chacune. C’est dommage parce que ce lissage réduit grandement la finesse et la profondeur des discussions.
En gros, sauf si on en a déjà parlé, il est très peu probable que l’on sache, pour chaque drogue en question, comment, pourquoi, quand, à quelle fréquence et en quelle quantité une personne consomme, et ce qu’elle en pense. Demandons nous sur quoi se fonde notre avis, et si ça nous intéresse, peut être on peut commencer par demander « c’est quoi ton rapport à la drogue en ce moment ? »
*** « (haha) T’étais méga rabat’ toute la soirée mouahaha ! » ***
Là je parle plus particulièrement de la ké, vu que c’est la seule drogue avec laquelle j’arrive à lâcher le contrôle (#controlfreak !) jusqu’à parfois le perdre totalement (k-hole). Ça a a la particularité de se voir, et ça peut être flippant. Je m’en suis bien rendu compte et c’est pas hyper ok pour moi, alors maintenant j’évite les k-hole en public.
Mais du coup, qu’est ce que tu veux dire au juste ? Est ce que je t’ai inquiété ou fais des trucs chelous ou chiants ? Dans ce cas viens on en parle pour de vrai (voir les paragraphes précédents !). Ou alors est ce que c’est plutôt des projections ? Il peut y avoir une immense différence entre ce qu’on perçoit et ce qu’on ressent, et peut être c’est plus simple de demander comment la personne a vécu sa soirée, par exemple.
Et je crois que ça serait intéressant d’inclure dans ce genre de discussion les effets de l’alcool sur les gens en soirée. Personnellement je trouve les "kétozores" bien moins relou.e.s et intrusif.ves que de nombreuses personnes alcoolisé.es. Sauf que l’alcool a un passe-droit culturel et qu’il est souvent extrait de la catégorie "drogue", alors que c’est l’une des pires (en terme d’addiction physique et psychologique, de dommages sur la santé et au niveau neurologique, de comportements impulsifs voir agressifs, de vecteur de dépression etc.). Le fait que la consommation d’alcool et les comportements de personnes alcoolisé.es soient si peu mises en jeu, en comparaison avec d’autres drogues, comme, ici, la kétamine, montre bien la toxophobie latente.
*** « Je t’ai pas proposé vu que t’essaie de ralentir »***
J’ai pas envie que quelqu’un.e gère mes consos, sauf si on s’est mis.e d’accord là dessus au préalable. Je me sens infantilisé.e, on décide à ma place ce qui est bien ou pas, sans me demander au préalable. Ce que j’entends entre les lignes c’est " oui j’ai décidé pour toi parce que t’es un.e tox et que t’es pas capable de te contrôler et que t’as besoin d’aide ".
Si on se questionne, on peut par exemple demander à la personne comment elle aurait envie de fonctionner, dans la vie, ou juste pour une journée. J’ai régulièrement ce genre de deal avec des proches, genre je leur demande de ne pas me proposer pendant quelques jours, ou alors je leur confie ma drogue...
*** « Tu paye ta trace ? » ou « Ya moyen de passer commande ? » ***
Entre le soutien et l’incitation : la contradiction toxophobe opportuniste ! Si pour une raison ou une autre mes consos inquiètent quelqu’1 ou lui posent problème, ça me fait chelou qu’iel me demande de lui fournir de la drogue, ou que passer du temps ensemble sous-entendqu’iel va pouvoir consommer. En dehors du fait que c’est contradictoire parce que ça m’incite à consommer, ça me questionne sur la sincérité de ses intentions et sur l’opportunisme individualiste. Ça me dérange pas de fournir, ou de se droguer ensemble, au contraire, mais c’est mieux si on clarifie notre rapport aux bails.
En résumé, quelques propositions écrites au "nous" :
☣︎ - essayons de conscientiser et questionner notre vision des choses et nos ressentis, évitons de les projeter et de les faire peser sur d’autres
☣︎ - si nous nous soucions de quelqu’un.e, questionnons lx d’abord pour savoir où iel en est, ne décidons pas des choses à la place des autres, ne les dépossédons pas de leurs choix, ne les infantilisons pas
☣︎ - évitons de confronter quelqu’un.e à ses consos (/sa relation) quand il y d’autres personnes présentes, que ce soit de manière positive ou négative
☣︎ - demandons à la personne si elle est ok d’en parler avec nous, maintenant ou plus tard
☣︎ - essayons de bien choisir le moment, genre pas en soirée quand soi-même ou l’autre personne a consommé
☣︎ - posons nous la question : qu’est ce que je sais exactement sur les "consos" de cette personne (quantités, fréquence et type d’utilisation pour chaque drogue, histoire de vie...) ?
Et comment je le sais ?
☣︎ Et puis, si la personne exprime qu’elle est en galère, peut être c’est malin d’essayer de proposer des choses concrètes. Genre t’as envie qu’on aille marché ? Tu voudrais venir passer quelques jours chez moi ? Ou alors moi je viens ? Est ce que toi tu vois des trucs sur lesquels je pourrais t’aider ? Ça te dirait pas de t’inscrire à la piscine avec moi ?! Y a un sauna en plus !...
Pour finir, je trouve c’est intéressant de défocaliser cette discussion, qui est centrée sur la drogue, mais qui au fond parle d’addiction et plus précisément de comment parler à quelqu’un.e de son rapport addictif à quelque chose qui est jugé toxique. On peut faire par exemple le parallèle avec les relations toxiques, dans lesquelles il peut y avoir de la violence subie. Par exemple, comment se positionner avec un.e pote qui se retrouve dans une relation toxique, où il peut y avoir des signes d’emprises, de violences psychologiques voir physiques. Je te propose de relire les trois premiers exemples, où y a le signe poison "☣︎", en remplaçant les mots "consos, drogues", par "relation toxique". Pareil pour les quelques idées listées à la fin, je pense que ça peut être des attentions importantes à avoir quand on parle à une personne de sa relation jugée toxique.
Bisous !

Avec le goût de tes lèvres
Je suis sur un nuage
Tu es toxique
Je glisse en dessous
Avec un goût de paradis empoisonné
Je suis intoxiquée par toi
Ne sais-tu pas que tu es toxique ?
Et j’adore ce que tu fais
Ne sais-tu pas que tu es toxique ?
Britney Spears

JE SAIS PAS TROP SI J’ASSUME
Je sais pas trop si j’assume devant certain-e-s copain-e-s de vouloir être enceinte, de vouloir être mère, de vouloir élever un enfant, de vouloir l’emmener au parc le weekend, de projeter mon cerveau dans des petites histoires de maternité « réussie ». Et je sais pas trop si j’assume devant d’autres, devant des collègues, devant ma famille, de vouloir continuer de me poudrer le nez, d’avoir peur dans la maternité qu’elle me fasse perdre l’ivresse et l’abandon des drogues, d’avoir envie d’être une mère qui va au bar taper des traces dans les toilettes, une mère qui ne souhaite pas abandonner les drogues qu’elle aime tellement, parfois. Je sais pas trop si j’assume d’avoir peur de perdre l’un ou l’autre, de devoir choisir entre être du bon ou du mauvais côé t, et lequel c’est, le bon ou le mauvais ?
Un jour j’arrive à assumer un désir. Je démarre un parcours PMA dans un hôpital en France, en tant que meuf seule. Le rendez-vous se passe très mal. La médecin est plutôt méprisante, je me sens égoïste de vouloir un enfant, « sans amour », comme s’il n’y avait pas d’amour. Je me sens pas assez bien, pas assez entourée, pas assez en couple, et pourtant je suis tellement bardée de bouées autour de moi : j’ai un taff, un emprunt, une famille qui peut m’aider… Mais là, je me sens pas assez bien pour le projet que devrait être la parentalité à leurs yeux. Petit à petit je me réduis comme une petite fille dans leur trop grande chaise : « alors vous avez eu une IVG y’a dix ans, et c’est quoi la logique entre cette IVG et une PMA maintenant », et je me réduis, je me réduis. Et à un moment, la médecin me demande « et vous consommez ? » . Et je ne comprend pas du tout pourquoi, mais je dis la « vérité ». Oui, je consomme. De temps à autre (ça c’est pas vrai, je minimise beaucoup dans ce que je lui dis). Je lui dis ce que je consomme. Elle me regarde très mal. Me fait un sermon maternité + drogue. Du coup je me sens déconnante, j’ai l’impression qu’une personne comme moi devrait pas avoir le « droit » de décider de mettre un enfant au monde. A la limite, si ça arrive sans faire exprès, mais de là à ce qu’une droguée décide de le faire, c’est d’une inconséquence rare.
Je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai dit la vérité. Quelle vérité d’ailleurs. Mais je ne comprends pas pourquoi j’ai dit que je consommais. Pour partie, je pense que j’ai eu peur « qu’elle l’apprenne ». Que ça se voit dans des analyses de sang, et que je sois doublement une mauvaise personne : de consommer et de mentir. Si je le dis au moins je contrôle. Et puis je pense que j’ai eu une sorte d’espérance ou de croyance, pas conscientisée comme ça mais que je réalise après, que le dire me permette de confronter ça. Comment je vais me demmerder enceinte, avec mes cravings, mes envies ? Est-ce que l’hôpital peut m’aider à gérer ça ? Et puis après, si ce gosse existe, et que je suis seule, et que j’ai envie de conso, c’est comment, de consommer, seule, avec un-e gamin-e, sans me sentir une merde, sans mettre le gosse en danger, sans craindre de le mettre en danger ? Et j’ai presque cru à un moment que l’hôpital allait me donner un espace pour que ça soit parlé, pour le confronter, pour ne pas que ça représente un frein mais comme une manière de vivre dans le réel, le mien, le vrai, pas le fantasmé de la mère parfaite.
C’était pas vrai. Elle a mis une note probablement catastrophique, m’a jugée sur ma conso et m’a regardé avec ce que je juge être une condescendance qui n’a, en tous cas, pas éé t pire que celle que j’ai, du coup, porté sur moi-même.
Je ne sais pas si j’assume. Mais jeudi soir, ou plutôt dans la nuit, S. me parle de ce fanzine et je me dis qu’après tout, je ne vois pas pourquoi ça m’intéresse depuis une prétendue extériorité. Puisque de fait, je suis déà j dedans. Dans le déséquilibre, comme tout le monde. Ni plus ni moins.
Merci




DORS BIEN
Y’a eu le jour maudit de cette semaine de mort dans ce mois de zerm.
Celui ou j’ai eu le mauvais goût de me faire agresser par ma relation du moment.
Et de pas vouloir en rester quitte.
Je passerai la narration de ce qui s’en est suivi de répression à mon encontre.
Somme toute relativement banal, niveau sitcom, vue et revue. Avant.
Depuis.
Mais je m’arrêterai sur cette petite bassesse de mon agresseur de glisser, comme ça, à qui voudrait l’entendre déblatérer sur le statut du « consentement endormie », que quand même :
« Elle consomme pas mal ! »
Glissé, je l’entends presque, avec le ton de qui s’inquiète.
Glissé, je le sais pour sûr, dans l’idée ferme de me décrédibiliser.
Somme toute relativement banal, niveau sitcom, vue et revue. Avant.
Depuis.
Alors ce qui se dit là, c’est, à l’échelle de moi, que dire « vrai » m’est refusé.
Du fait de consommer. Conscience altérée.
Et c’est suite logique que, une personne qui consomme ne se fait pas agresser.
Car avant tout elle ment. Ou qu’elle l’a bien cherché.
État altéré
Privée, semble-t-il, de percevoir ce que je VEUX ou PAS.
Je le dis ici, et pour encore une fois.
Je VEUX :
Ma trace et celle d’après.
Et toutes celle qui ont précédées.
J’espère, celles qui suivront.
Je ne veux PAS :
Ni hier
Ni maintenant
Ni jamais
Tes sales pattes sur mon corps !

ALORS, QUAND ET PAR OÙ COMMENCER...
Deja, je vous previens toute suite : je sens que je vais vite sortir du cadre, vu que mon rapport à la consommation a fort changé ces dernieres années. Alors plus que de parler de la toxophobie, je vais parler de comment je galére a gerer mes dependances dans notre “milieu”, ou la drogue prend enormement de place. Et quand elle commence a faire plus du mal que du bien et on a besoin d’aide - comme c mon cas- on a peu des reponses. Je vais quand meme y revenir, au théme principal, parce que je me sens concerné par la toxicophobie, parce que bien sûr, le simple fait de vouloir arreter de consommer de la drogue ne me protege pas de vivre cette oppression.
Je precise direct que quand je parle de “drogues”, j’inclus l’alcool. J’arrive pas à comprendre pourquoi on fait une difference entre les 2...parce que cette drogue, elle est legale ? Ou est ce qu’on se fait avoir par une certain education culturelle, on va quand meme pas renoncer au petit verre de rouge.
On est plein à consommer. Pas etonnant, vu qu’on se ne retrouve pas par hasard dans notre petit milieu. Bien sûr, certains d’entre nous on plus choisis que d’autres. On n’as pas tous grandis dans la precarité pour exemple (heureusement !), on est pas tous touché par les memes oppressions, meme plutot on est entourée de pas mal des gens qui viennent de base d’un milieu aisé, meme bourgois, et qui ont choisis de prendre de la distace (ou meme pas forcement) avec cela, pour s’approcher d’un mode de vie plus anarchiste (etc. - je ne vais pas faire toute la liste, et surtout je ne vais pas nommer “anticapitaliste” – je ne dirais pas ça dans une brochure qui parle de la consommation de produits liés à du traffic et de l’exploitation). Disons juste qu’on a touxes pleins des raisons d’etre la, dans nos “cercles”. Des parcours compliqués pour milles raisons. On est nombreuxes a faire partie de la fameuse “population à risque”, qui a comme destin de tomber dans la drogue dure, tous ce qui viens apres le café quoi. Et ce petit verre de vin rouge.
Il y a bien sûr le coté rigolo de la drogue, le coté qui me manque. Ça raconte des anecdotes que-est-ce-qu’on a fait completement “rabat” (meme si des fois on a juste fait de la merde), mais on en rigole, on est “des schlags”, des cassos, on se donne du confort, on s’engraine, on se juge, on s’amuse, on se lache, on trippe, on vrille... et on crée toute une identité autour du fait d’etre “schlag”. Prendre de la drogue et etre “destroy”, debout jusqu’a la fin – entre nous c’est meme mis en valeur à plein de moments.
Quand j’ai voulu arreter certains produits, je me rendu compte que “être un schlag”, ça faisait tres fort partie de mon identité, et c’etait pas evident du tout de lacher ca, de ne plus faire partie de la bande qui est encore reveillé le lendemain. Ca ma fait peur. Deja a Berlin j’etais dans le milieu techno, j’etais aussi “toto”, “anarka-feminist”, tous ces labels auxquels je m’accrochais à des moments de ma vie.
Changer, ca fait peur. Lacher une identité, des habitudes, faire de la rupture - ca laisse un vide à combler, et c’est pas simple. Puis ca a fort changé ma vie sociale, m’a isolé à des moments, m’a pris mes repères. Parce que pour tenir, je ne sors plus, je ne vais plus à des soirées, des concerts, et ne vois plus mal de gens avec qui j’ai sociabilisé à ce moment la.
Mon vécu avec les substances :
L’alcool, j’ai commencé tard, sauf quelques excès quand j’etais tres jeune, mais a part ca c’etait pas la drogue qui m’interessait le plus quand j’etait jeune (faut aussi dire que j’avais pas trop le choix, parce que j’ai passé un bon bout de mon adolescense enfermé, et faire passer la tize c’etait compliqué). Jai vraiment commencé autour de mes 20 ans.
Sinon plutot je fumais des joints, puis j’ai consommé des drogues appelées “festives” : speed, MDMA, xta, ketamine, cocaine (meme pas vrai, à l’epoque on avait pas les thunes pour acheter la coke, ca j’ai commencé en france – et encore meme pas vrai ! J’ai pas plus les thunes aujourd’hui qu’à l’epoque, mais si j’ai envie de les claquer dans la coke ya pas grande chose qui m’en empeche). A l’epoque la coke pour nous c’etait la drogue des bourges…
Et pendant ces années que j’ai zoné dans le milieu techno dans la capitale, je me suis pas loupé. A Berlin chaque weekend il y a une teuf quelque part, et je les fais toute... je me mettais dans des etats bien intense. Mais j’y trouvais encore du plaisir.
J’ai rencontrer les “calmants” tres tot (benzodiazepine/neuroleptika), sans avoir choisis, mais par contrainte pendant mes sejours en HP quand j’etais ado. Alors un grand merci a l’equipe pour m’avoir fait gouter !
Aujourd’hui j’ai une forte dependance aux benzodiazepines, vivant dans le pays en europe où cette drogue est prescris le plus souvent, et je prends en plus des antidepresseurs, et des regulateurs d’humeur, et d’autres neuroleptica pour me faire dormir, pour me calmer à certains moments de la journée…
Chui alors “abstinent”, pendant je prends une 10aine des cachets chaque jour... une partie d’eux des benzodiazepine – qui sont classés comme stupefiants, mais qui sont legaux avec ordonnance.
Plus tot j’avais dis qu’on a peu de reponse quand la drogue commence à nous faire du mal et qu’on a besoin d’aide. Moi en consequence je me suis tourné vers des institutions comme le CSAPA et des centres de desintox. Où heureusement il y a un bon programme therapeuthique, sinon j’aurais l’impression de m’être sevré de drogues illegalles, juste pour finir enrobée par des drogues legales. Il est où notre centre de desintox autogeré, ou on se soigne avec de l’accupuncture, du shiatsu, par la music, le sport, des ballades dans la nature… ?
Retour en arriere :
Autour de mes 2O ans, encore à Berlin, j’ai commencé à boire plus, mon cercle de potes avait changé, ca buvait, alors je faisais comme tout le monde. Et surtout j’ai rencontré les opiacés, que j’ai pris au quotidien pendant plusieurs années, jusqu’à aujourd’hui. J’aimais bien, pendant longtemps ca m’a pas posé trop de problemes.
Jusqu’au moment ou j’ai commencé à maigrir, à avoir des troubles de memoire, à etre constipé et à chier du sang, à avoir des sauts d’humeur (encore plus que d’habitude), à deprimer (encore plus que d’habitude), à plus avoir de libido, à avoir des problémes cardiaques car je prennais beaucoup d’opium en faisant du sport intensif, et mon coeur n’a pas apprecié. Puis il y a a eu le confinement, j’avais moins access à l’opium, alors pour toutes ces raisons là j’ai plus ou moins “arreté”.
Je mets "arreté" entre guillement, parce que aujourd’hui je sais que j’ai jamais arreté de prendre de la drogue, j’ai juste remplacé une drogue par une autre, ou par un comportement excessif. Comme j’ai arreté l’opium avec du xanax, et un autre medoc, qui arrache bien la tete et qui est tres addictif. Et l’alcool avec du tramadol...et des xanax, à partir d’un certain moment les benzos sont toujours là, les autres produits ca peux varrier.
Quand je parle de comportement excessif, dans mon cas c’etait par exemple faire du sport, sans respecter mon corps, sans prendre en compte des blessures... puis il y avait plus que ca, tout ce que je voulais faire c’etait la boxe, plus precisement... ca vaux la peine de se renseigner sur la dopamine, qui n’est pas seulement relaché quand on fait du sport intensif, mais qui joue un role dans plein d’aspects de nos vies. Ou l’adrenaline. Ca me fait penser a des potes à Berlin qui faisaient des graffitis, et qui etaient d’une certaine maniere accros à la peur et aux substances qui sont relachées par les cerveaux quand on la ressents...
Me foutre dans des cases :
Assumer que je suis alcoolique, ca m’a pris longtemps. Je pense la premiere fois que j’ai reussi à arreter de boire pendant 2 mois c’etait il ya 5/6 ans (pour un combat de boxe, bien sûr). Depuis, l’envie de me debarasser de cette drogue a tourné dans ma tete plus ou moins fortement. Assumer que les opiacés me mettent pas que bien, ca m’a pris encore plus longtemps. De voir les aspects negatifs. Pour moi, au moment où j’avais assez pour consommer tranquillement, tout allait bien. C’est petit à petit que je me suis rendu compte que ce type de drogue me faisais du mal physiquement et mentalement.
Puis changer mon rapport aux medicaments, c’est venu encore plus tard, meme ca commence tout juste à vrai dire. Et c’est pas evident, maintenant que je suis sous “traitement” de valium, j’ai des ordonnances depuis bientot 2 ans pour 40mg par jour, prescris par ma medecin du CSAPA. Comment changer mon rapport aux produits pendant qu’une certaine categorie est completement banalisée dans le monde addicto ?
Une fois passé l’episode de la “consommation festive”, j’ai beaucoup consommé en cachette, pour ne pas a avoir a me confronter quand il y a des proches qui s’inquietent. J’ai beaucoup consommé seul, dans tous les cas j ai besoin de personne pour me defoncer. A des moments j’ai mentis à mes proches, parce que j’avais aucun probleme avec ma conso, aucun envie de changer des choses, alors je voulais juste me defoncer tranquillement.
Meme pire : j’ai volé des medocs à mes potes, en me sentant horrible apres... j’ai arnaqué des pharmacies pour avoir acces aux opiacés…
Et entre mon corps qui en pouvait plus et mon comportement qui a commencé à derapper de plus en plus, je ne pouvais et ne voulais plus me dire que il y a pas de problème…
Je pense à une epoque j’en ai eu marre aussi, alors j’ai demandé par exemple de ne pas laisser trainer ni l’opium, ni les 15 cuillieres cramées ; ne pas laisser certains medocs accessibles, ne pas laisser trainer l’alcool dans l’espace collectif – et j’ai eu la chance d’habiter avec des gens qui se soutiennent dans ces demarches, vu que j’etais pas la seule personne qui avait des besoins autour de la conso. Le debut d’un long chemin envers la gestion de mes dependances...
Apres c’est pas toujours simple de co-exister, entre personnes qui consomment et personnes qui veulent arreter. Tous le monde peut se sentir juger à des moments, puis à aucun moment je souhaite que quelqu’unE se cache pour consommer, mais c’est possible de trouver des arrangements. De fois ca crée des echanges blessants... j’ai vecu plusieurs fois – au moins j’ai eu l’impression – que quand je craque (quand je bois, je tape de la drogue), ca peux faire plaisir, soulager certaines personnes. Je me sens pas toujours soutenu dans mes demarches, des fois j’ai l’impression d’etre une menace pour les personnes qui sont pas contentE avec leur propre conso, mais qui arrivent pas (encore) à changer. Et ca me rend triste. Apres, quand j’ai commencé mon “processus”, je me suis senti si seul, et aujourd’hui j’ai pleins des gens autour qui veulent gerer autrement ou arreter certains ou tous les produits.
On veilli, on perd des amies à cause de la drogue, la mort qui s’approche, les maladies, et tous simplement on “tiens moins bien” qu’avant.
(Et voila, je le savais. J’ai pas encore ecris une phrase sur la toxicophobie.)
Un truc qui joue surement aussi, c’est la peur pour du futur. Dans un pays (bien sur bien tranquille comparé à pleins d’endroits sur cette planete) où on vit tres clairement une montée du fascisme (pas vecu de la meme maniere concernant notre “background”, etre blanc francais, pas blanc mais francais, ni blanc ni francais) – pour pleins d’entre nous la vie devient plus dur que ce qu’on a connu – je pense que ca peut jouer aussi dans le pourquoi on est plus nombreuxes à mettre en question le mode de vie “schlag”.
Pourquoi je consomme ?
Je pense je sais assez bien pourquoi je consomme : je sais pas bien gerer mes emotions, j’aime pas etre “sobre”, j’ai beaucoup de tention à l’interieur de moi, de stress, peu d’amour propre, l’envie de me tranformer en quelqu’un d’autre... lacher prise, etre drole, perdre le controle, jouer avec ma vie, oublier le temps, avoir des sensations fortes... puis, putain, pour m’amuser ! Ca a l’air si loin maintenant, mais j’ai passé des soirées magnifiques, à rigoler avec mes amies, raconter n’importe quoi, danser pendant 24h, tripper, c’etait super ! Pendant un temps.
Mon probleme c’est pas la drogue, c’est que je sais pas vivre sans me faire du mal, et je ne sais plus consommer joyeusement. Puis j’ai pleins d’autres manieres de me degommer sans prendre des produits classée comme drogue, comme deja evoquer avant. J’ai besoind’intensité pour me sentir vivant.
Mais je suis arriver a un moment dans ma vie où j’ai envie de gerer mes dependances, à cause de plusieurs raisons :
Mon corps ne tient plus, alors c’est carrement moins drole qu’avant.
Pleins de substances me rendent malade. L’alcool, les xta’s, la ketamine... tous en faite, mon estomac ne supporte plus.
J’aime pas qui je devient quand je suis trop rabat.
J’ai vu des gens devenir mauvaises et violents en lien avec la drogue. J’ai vecu de la violence en liens avec la drogue.
J’en peux plus des trous noirs, des crises de foie, j’en ai marre d’avoir la tete dans la cuvette pendant des heures apres une soirée, et de meme plus me rappeler les “meilleurs moments” – ou d’avoir la honte parce que j’ai fais de la merde, des choses qui, une fois sobre, me mettent mal a l’aise.
Je veux etre plus fiable pour mon entourage, et ca marche juste mieux depuis je ne suis plus la moité de ma semaine en descente.
Et bon, j’ai aussi une certaine reflexion politique la dessus, et ca me gene qu’on en parle presque jamais. De cette societé dans la quelle on est censée consommer, surtout la clope et l’alcool, parce que derriere il y a l’industrie qui se fait bien tranquillement et legallement de la maille. Par contre quand on tombe dedans, quand on sort du cadre permis : quelques verres tous les soirs, et un peu plus le weekend quand c’est la fete – bah, ya pas grande chose pour nous aider à sortir de là, si on le souhaite.
D’un coup on est juste des putains de tox qui ont fais des mauvaises choix, due à notre faiblesse, notre milieu malsain qu’on devrait plutot quitter pour (re)trouver le bon chemin...
La difference faite entre les drogues legales et illegales – l’heroine, c’est le diable, pendant que l’alcool, une drogue qui abime le corps tres vite, qui crée une forte dependance physique, qui peux rendre aggressive, qui est responsable de pleins de décès, une drogue qu’on peux plus trop arreter apres trop d’anées de consommation parce qu’on va juste en crever – comme l’heroine... ya aucun sens !
Aussi j’ai envie de dire, et je precise, je parle de moi : les moments où j’etais le plus dans la drogue etaient aussi assez clairement les moments où j’etais le moins dans la lutte. La drogue m’apaise et me distrait. Il y a beaucoup d’exemples dans l’histoire des luttes politiques, où la drogue etait rammenée expres dans des mouvements pour les etouffer, rendre dependants pour pouvoir controler... et punir, arreter, foutre derriere les barreaux des “delinquants”, peut etre par la même police qui a vendu le premier pochon.
On est censé consommer certains produits, ca nous occupe, ca nous cadre. Je souhaiterais qu’on en parle plus, sans que le but soit d’arriver à dire : “la drogue est mal et faudra tous arreter”. Mais discuter de quest ce qu’on consomme et pourquoi, d’où ca vient (la came, la coke, le shit qu’on achete au four…) - parler du traffic, de comment c’est sale... maispour se sentir à l’aise de faire ca faudra qu’on puisse en parler sans avoir peur du jugement, et tout ca nous rammene enfin à : la toxophobie ! Faudra trouver des manieres de chasser la honte, la peur du jugement, mais aussi etre pret à faire face au fait que... tout ce bordel est putain de complexe ! On peut en parler de plein de manieres differentes, il y a mille questions, mille approches... mais on le fait pas tant.
Pour revenir sur une des questions posées dans l’appel à témoignage :
Est-ce que j’ai vecu et je vis de la toxophobie ? oh oui. En parlant avec mon assistante sociale, qui me propose gentillement de prendre de la distance avec le milieu punk/squat, parce que ca se voit que je veux m’en sortir, mais avec toute cette mauvaises influence (alors que ce milieu m’a sauvé à l’epoque)... Chez les medecins qui refusent de me soigner parce que iels pensent de base que je viens les voir juste pour chopper des medocs. A l’hopital, de ne pas etre pris au serieux, parce que bien sur je viens juste pour gratter la morphine (bon, c’est pas faux que des fois j’en ai rajouté un peu pour en avoir, mais c’etait pas la raison pourquoi j’avais franchis la porte). Dans certains cadre politique : s’ouvrir une biere a 11h ou taper une trace avant une reunion n’est pas toujours tres bien vu et dans certains cercles ca veux dire automatiquement etre vu comme moins fiable et serieux (ce qui n’est pas vrai, c’est tres personel comment on vit la drogue).
Puis j’ai une tete de schlag, j’ai les yeux, c’est gravé dans mon visage, alors je peux etre (faux) abstinent depuis 1 ans, les gens vont me traiter comme un tox quand meme.
Mais de mon point de vu d’aujhourd’hui (je suis à l’instant meme en detox), je galere + à etre abstinent, à ne plus consommer les choses qui me font du mal, que je galere avec de la toxicophobie. Et avec ca je ne veux pas dire que c’est pas un gros probléme qui merite d’etre discuter serieusement, c’est plutot pour expliquer pourquoi je le mets pas du tous dans le centre de ce temoignage. Mon regard a juste trop changer.
Est ce que je peux etre toxophobe ?
Surement. Maintenant – j’ai envie d’etre honete – des fois j’ ai la flemme de parler aux gens completement degommés à 20h, je me fais chier, je ne trouve plus ma place... je ne vais plus en soirée, meme pas au bar pour un perrier tranche, mais quand je le faisais encore, il y avais un moment où j’arrivais encore à me marrer, puis à partir d’un certain degré j arrivais plus à me faire entendre, ca m’a fatigué de me battre pour avoir la parole, la tete trop clair pour co-exister avec mes potes rabat. Des fois c’est chiant, des fois c’est ennuyant, des fois j’ai à me justifier, des fois... avoir “la tete claire” en soirée, ca faisait aussi voir plein de choses moches et glauques.
J’essaye de me remettre en question quand je pose des jugements, je le fais surement pas toujours, pas assez. Apres, moi la drogue elle me tue à petit feu, alors j’ai du mal à en rigoler, de plus en plus. Et on perd des gens avec les années.
Je peux tres bien comprendre pourquoi quelqu’un tape du speed ou s’injecte de la cocaine ou de l’hero, pourquoi on peut avoir envie d’etre bourré du matin jusqu’au soir. Chui encore en pleins dedans. Mais faut juste pas me dire que c’est drole. ..Souvent je me pose la question : c’est quoi ma place maintenant... Parce que je ne veux plus boire. Je ne veux pas faire une pause, ou reduire, ou juste boire le weekend... je ne veux plus boire du tout. Je ne veux plus tapper du speed seul dans ma chambre parce que je sais pas quoi foutre avec moi meme, pour apres me faire redescendre avec des valiums. Je ne veux plus prendre des opiacés tous les jours, et si vite avoir l’impression de ne plus pouvoir fonctionner sans.
Je reve de ne plus prendre des benzo. De retrouver ma memoire, d’etre plus libre, ne pas toujours avoir à penser à combien je dois prendre avec moi pour aller quelque part... Je veux retrouver mes souvenirs, je veux pouvoir faire une soirée et rire et danser et etre drole et detendu sans avoir besoin de boire, je veux avoir le courage de dire a quelqu unE que je l’aime bien sans avoir besoin de consommer, je ne veux plus etre en garde à vue et avoir besoin de demander le medecin pour avoir mes medocs parce que sinon je vais tout simplement peter un plomb… et prendre le risque qu’il me donne d’autres choses ou 2 fois la dose parce que ca les arrange, les keufs, de me shooter. Je ne veux plus etre dependant des produits crées par l’industrie pharmaceutique, puis paniquer parce que mon traitement est en rupture de stock...
Je veux pouvoir dormir sans produits, du vrai sommeil, les yeux qui se ferment tout seul, me reveiller parce que mon corps a eu son repos, et pas parce que je suis en manque, ou des heures apres parce que j’arrive pas à sortir du lit les yeux tout collé… Je veux plus avoir le gout de l’alcool dans la bouche, me reveiller en sueur, faire des cauchemar… Voila, c’est là où j’en suis.
Je vais vite fait repondre à 2 - 3 questions proposées dans l’appel pour cette brochure, puis à un moment faudra bien que je me taise :
Quels mots j’utilise par exemple ? Pour moi : je ne dis plus trop que je suis schlag, parce que j’ai pris de la distance avec cette identité, je dis que je suis polytox, et je pense meme apres 10 ans d’abstinence/sobrieté, si j’y arrive, je vais encore m’appeler polytox. Encore plus apres 2 cures de desintox, où la base c’est de voir la dependance comme “maladie chronique”.
Avec qui j’en parle ? Avec ma famille choisie, avec des gens qui souhaitent en parler (des fois surement je casse aussi la tete à des gens qui ne souhaitent pas en parler – mais bon, vu la place que ca prend de parler de la defonce, je veux bien qu’il y a aussi la place de parler de l’ envie d’etre moins ou plus defoncé, alors c’est pas ca qui m’empeche de dormir le soir). Puis bah... je parle aux gens du centre d’addicto où je vais depuis un bon bout de temps, à mes camarades en cure de desintox... j’ai dis à un bout de ma famille que je suis alcoolique, mais que ca. Iels ont pas besoin de savoir que je me defonce aussi bien avec de la morphine si j’en trouve...
Comment finir moins isolé.e comme personne qui arrete des produits ?
Se decaler des soirées, plutot se proposer des RDV en journée, boire dans des gobelets pour que ca se voit moins qui boit quoi, je trouve ca aide (mais je peux comprendre la frustration de devoir foutre une bière bien petillante dans un gobelet). Toujours avoir de labière et d’autres boissons sans alcool. Des truc sexy, et en quantité. Ca peux aider enormement dans des moments festifs.
Ne pas se proposer de la drogue – si on en veux, on la trouve... et crée des espaces pour consommer, pour eviter qu’il y ait de la drogue partout et faire en sorte que les gens puissent consommer d’une maniere plus safe.
Sinon, je ne sais pas. Ma realité est qu’il y a plein de gens que je ne vois plus, aussi parce que moi j’arrive pas à proposer ce fameux café dans l’aprem, et parce que nos moments de sociabilité restent trop liés à la consommation. Je me suis habitué à être beaucoup seul, et je ne le vis plus si mal. La teuf me manque pas, mais les concerts oui.
Qui sait, un jour je serais assez bien dans mes basquettes pour etre confronter à des substances et tenir mon truc, pour l’instant je prefére l’eviter.
De fois je me mets de la musique dans mon studio puis je danse... et à un moment j’essaye de m’imaginer etre en soirée. Puis je me rappelle l’odeur de la clope et de la biere, de la transpiration de la drogue... chui pas pret. Et peut etre je le serais jamais et je danserais chez moi, sans me faire busculer, sans avoir quelqu’un qui veux me raconter des choses alors que la musique est juste trop fort, sans avoir à supporter le ou les relou qui sont present à chaque soirée. Juste moi et moi meme.

PARCE QUE L’AMOUR EST PLUS FORT QUE LA MORT
Vivre comme une toxe, c’est sûrement la pire des épreuves que j’ai dû traverser ces
dernières décennies. Après les incarcérations de mon frère & ma reuss, et la déchirure
familiale qui s’en suivait, les traumas cumulés, je pensais que plus rien ne m’atteindrait.
Le pire restait à venir...
Vivre comme une toxe, c’est la destruction.
C’est s’auto-exclure dans des boucles frénétiques de consommation et s’isoler.
C’est anesthésié en permanence ses pensées, ses émotions, ses rêves, ses désirs.
C’est la souffrance permanente en amoindrissant sa douleur qui grandit de plus en plus.
C’est observer le soleil au loin en restant dans l’obscurité.
C’est ne plus être capable de rêver. Ne plus vouloir se protéger.
Tout en imaginant que ça va s’arrêter.
C’est ne plus s’émerveiller, ni vouloir aimer. C’est ne plus s’aimer.
C’est abandonner tout son être, ses douleurs, ses peines, ses rancœurs.
Vivre comme une toxe, c’est favoriser les substances à l’amour.
Où vouloir vivre ces amours avec ces substances.
C’est se rendre compte, avec la plus grande des douleurs, que l’on a encore perdu.
Que l’on a échoué et s’en foutre.
C’est saisir que l’échec est immense, puis repartir dans la boucle.
Vivre comme une toxe, c’est vouloir s’émanciper de ses erreurs, de ses douleurs.
C’est avoir la rage en permanence que l’on ne naît pas tous.tes égaux.
Sentir cette inégalité au plus profond de l’intimité partagée.
C’est être seul.e même quand on est entouré.e.
C’est pleuré des larmes de cendres d’une vie bafouée.
C’est s’auto-détruire même quand on a l’impression de se soigner.
Vivre comme une toxe, c’est aussi rencontrer d’autres âmes déchirées.
Se sentir à plusieurs comme des enfants perdus.
C’est vivre comme un étranger face à l’équilibre émotionnel, la stabilité sociale.
C’est souffrir en permanence des séquelles de cette construction familiale bancale.
Vivre comme une toxe, c’est savoir que c’est trop tard. Où avoir beaucoup d’espoir.
Croire en une vie nouvelle, tout en sachant que le combat sera éternel.
Qu’être sortie du déni, c’était la première étape pour se rendre compte de l’immensité
du défi.
À toutes les personnes qui souffrent et qui ont souffert, vous êtes des survivant.es, des
êtres rares.
Avec tout mon amour, que je n’ai pas su m’offrir.

COMME DES BOUTEILLES À L’AMER...
D’abord, j’aimerais commencer par faire un point sur d’où je parle et pourquoi je parle ici :
J’ai arrêté de me mentir depuis longtemps et je me considère comme unx polytox. Mes addictions oscillent depuis des années entre des moments de consos soutenues où j’ai le nez dedans quotidiennement, et des moments de longues bastons contre moi-même pour ralentir, voir arrêter, et ce depuis très jeune. Quand je parle de consos, je parle de tout ce qui se tape, se mange, s’injecte, se fume et se boit qui altère nos pensées et nos manières d’être, de facon récréative ou journalière. J’y inclue le tarpé, les médocs et évidemment l’alcool. Je dis « évidemment » parce que l’alcool -surtout en soirée- n’est souvent pas considéré comme une conso, parce que banalisée, alors qu’elle en a tous les attributs et est présente dans tous -ou presque- nos moments de sociabilisations.
Je vais principalement parler de toxophobie ; je vais même faire un focus sur la toxophobie dans « nos milieux » et j’entends par là les milieux politisés « de gauche », militants, queers, squats, féministes… parce que c’est dans ceux-ci que j’évolue et que c’est dans ceux-ci que je trouve le plus dommage de subir cette shame ordinaire et souvent non consciente. Les consos y sont omniprésentes et je trouve particulièrement dommage qu’on ne s’attelle pas à ce sujet, qui est pour moi un rapport de domination comme un autre. Je ne parlerais donc pas de la toxophobie « flagrante et assumée » du monde extérieur
J’assume assez bien ma polytoxicomanie et je ne me cache que très rarement pour consommer… Enfin, c’est pas tout à fait vrai : je vie et j’évolue entouréx de personne qui n’ont pas les mêmes consos que moi, en tous cas pas aux mêmes rythmes. Et autant la/ma conso festive n’est que très peu remise en question, autant la conso journalière peut -me- mettre mal à l’aise. La déglingue du weekend est de manière générale plutôt admise -voir normale-, mais taper en semaine est bien souvent vu d’un tout autre œil...Savoir si c’est ma propre toxophobie envers moi-même qui est en jeu ou celle de mon entourage est compliqué… Certainement un subtil mélange des deux. Du coup, je dirais pour être plus précix que je ne me cache pas de consommer, mais je me cache parfois pour consommer… Bon, je me cache aussi parfois pour éviter de tenter les potes, y’a pas que moi qui suis parfois en galère avec mes consos !!
J’écris donc ce texte en m’incluant et dans la catégorie polytox et dans la catégorie toxophobe (envers moi-même et les autres)
Je trouve important de rappeler que la toxophobie, comme le racisme, le sexisme et tous les autres sont ancrés dans nos systèmes éducatifs (parents, média, films, livres, école…) et que malgré nous, elle ressort souvent de manière inopinée, dans de petites phrases, blagues ou comportements. Ne pas l’accepter et ne pas s’emparer de ce sujet revient au même que de ne pas s’atteler à toutes -les- autres oppressions systèmiques,alors que les schémas de valorisation / dévalorisation sont exactement les mêmes. La toxophobie ordinaire dans nos milieux hérite en plus d’un statut de tabou latent, car « comme tout le monde consomme, on peut pas être toxophobe ! »
En aparté, je tiens quand même à dire, puisqu’on parlera de jugements et d’échelles, que je ne place pas la toxophobie au même rang que le sexisme, le racisme, ect… Je fais le lien entre ces rapports de dominations parce que je le trouve parlant, sans pour autant dire qu’ils ont autant d’impact sur nos milieux et notre société les uns que les autres.
On ne peut pas se cacher que nous jugeons et donnons différentes valeurs à telle ou telle conso, à telle ou telle manière de consommer. De ce fait, on se positionne forcément par rapport aux autres. Et de là, découlent des fonctionnements non conscients que l’on ne connaît que trop. Je ne dis pas qu’il faut arrêter d’être jugeantx, je pars plutôt du principe que c’est un travers dont on ne peut séparer, qu’on le veuille ou non, et qu’alors, il faudrait prendre du recul là-dessus et se demander quelles seraient les meilleures manières de le faire, de la même façon qu’on s’interroge sur la meilleure manière d’être un.e allié.e pour les personnes opprimées.
Aussi, on peut globalement situer les exemples que je vais prendre dans ce texte dans le contexte festif de soirées entre proches, et partir du principe que ces exemples se voient par le prisme d’une amitié déjà établie entre les personnes, de rapports de confiance et de connaissance stables. Je trouve important de faire la différence entre ce prisme et celui d’une discussion entre inconnu.es au milieu d’une grosse teuf parce que les enjeux ne sont pas les mêmes. J’ai plus d’empathie envers une personne que je ne connais pas qui vient questionner mes consos maladroitement, qu’avec une personne qui sait plus ou moins où j’en suis (ou qui croit savoir où j’en suis, mais ca on y reviendra !).
Pour en finir avec l’intro, j’aimerais dire qu’il n’y a pas vraiment de jugement dans ce qui va suivre, même si mon ton peut paraître comme tel. Je crois que je suis plus intéressx par le fait de faire avancer les choses, d’imaginer des pistes et entamer le sujet que par montrer du doigt et asséner de grandes vérités… Le fait est, pour être tout à fait franx, que je m’y prends comme d’habitude à la dernière minute et que du coup, j’ai peur de ne pas pouvoir être tout à fait précix dans mes mots et mes intonations…
Attention, je ne veux pas non plus minimiser le fait qu’avoir des amix ou des proches addicts, c’est pas toujours facile et qu’elleux-même nous mettent dans des situations compliqués. J’en suis plus que conscientx, c’est juste pas de ça que je veux parler…
Y’a mille manières d’être toxophobe entre nous. Je vais pas toutes les citer en exemple, ca serait trop long et inintéressant... Je vais donc me concentrer sur deux de ces manières, celles que je croise le plus souvent et qui m’ont données envie d’écrire.
Il y a un sujet auquel je pense qu’il est urgent de réfléchir, et c’est celui de l’inquiétude que l’on peut avoir pour nos amix qui ont le nez dedans. Car pour en avoir déjà faitl’expérience, c’est précisément un endroit où, en pensant bien faire, on fait souvent subir de la toxophobie. Nombreuses sont les questions, apparemment anodines, que l’on pose aux personnes qu’on aime quant à leurs consos et qui finalement sont plus que maladroites et provoquent des réactions à l’exact inverses de celles attendues…
J’ai fort l’impression que l’on a une certaine tendance à empaqueter ces réactions dans une logique de déni et d’autodéfense venant de la personne que l’on questionne. Genre « classique des addicts, j’ai essayé de lui en parler mais elle m’a envoyée chier… »
Il me semble malheureusement qu’on ne remet que très rarement en question la façon dont on s’inquiète pour les personnes autour de nous que l’on juge accros. Loin de moi l’idée de dire que c’est quelque chose de facile, qu’il n’y a qu’une marche à suivre. Mais d’expérience, il y a quand même deux trois manières et contextes pour le faire.
Déjà et avant toutes choses, il me parait ultra important de ne pas partir du principe que parce qu’une personne consomme beaucoup, elle ne va forcément pas bien. Je capte bien le truc de s’inquiéter pour nos amix qui prennent plein de drogue(s) (ou en tous cas, ce que l’on considère nous, comme plein de drogues… Les échelles sont très personnelles, et les jugement aussi), mais je pense qu’il est très réducteur d’associer conso et mal être car on le sait, la vie n’est pas aussi binaire… Il me semble donc plus juste et approprié de commencer par sonder où en est la personne, si elle se sent bien dans ses consos.
Personnellement, il y a plein de moments dans ma vie ou je consomme plein et où ca me va très bien. Je suis ravie de ce que la conso m’apporte, voir ca me donne la patate. Je ne suis pas du tout dans un mode d’auto culpa où je subis la situation, où j’adopte un comportement passif face à mes addictions. Du coup, quand on vient me demander si ca va, avec un air très peu sous-entendu de : « je vois bien que ca va pas et je m’inquiète » dans un moment où je suis ienb, bah même avec beaucoup d’empathie, je ne peux pas m’empêcher d’être piqué et saoulée… En fait, ca ne fait que me replacer dans un endroit un peu loin des gens, de leurs « normalité ». Et de fils en aiguille, ca me pousse à ne zoner qu’avec des personnes qui vivent la même chose que moi pour éviter d’avoir à subir ce genre de raté doux-amer.
On voit là que d’une envie d’inclure et d’aider une personne que l’on aime, on finit par la pousser vers la situation qui parait dangereuse…
Le contexte est aussi hyper important je pense :
Je crois que 95% des fois où on vient me checker sur mes consos, c’est en plein milieu d’une fête… Par des personnes elles-mêmes souvent plus ou moins défoncées… Alors pareille, je comprends qu’on se sente plus à l’aise à poser des questions intimes quand on est un peu boubou et/ou fonsdé mais franchement, quand on prend du recul sur la scène, c’est parfois presque risible ! Déjà parce qu’on est pas vraiment là pour ca, qu’on sait bien que c’est pas forcément les moments où on est le plus apte à retenir ce que la personne nous répond et surtout parce qu’on vit la même chose : Les moments de sociabilisations festives sont le théâtre de nos addictions ! Et rares sont les personnesqui peuvent se vanter du contraire. Ca image précisément le fait que l’on échelonne et juge selon notre référentiel ce qu’est une addiction ou non… Encore une fois, il me semblerait plus fin de prendre du temps avec la personne pour qui on s’inquiète, pour la checker vraiment, de mettre toutes les chances de notre côté pour être le plus possible attenti.ves à ses réponses…
Par ailleurs, on peut souvent noter un certain décalage entre les inquiétudes de nos amix et l’endroit auquel iels nous placent dans leurs attentes. Il n’est pas rare qu’on débarque à une soirée et que ces mêmes potes dont je parle plus haut (personnes n’est visé particulièrement hein, je généralise et image à ma guise ! Flippez pas -trop- les potox !) nous demandent assez rapidement si on a de quoi les dépanner… Je sais qu’on à peu près constamment de quoi faire avec nous, et qu’on n’y est certainement pas pour rien dans l’image que l’on se fait de nous, mais je trouve un peu contradictoire le fait de s’inquiéter de la conso de certains potes, et de quand même compter sur elleux pour nous abreuver… Parce qu’on sait bien que quand on consomme quotidiennement, on a des bons plans réguliers à pas trop cher et qu’on a envie de les partager avec nos amix. Mais si on imagine une personne qui voudrait se sortir de ses consos, de manière instable parce que c’est jamais vraiment facile, cette personne n’étant donc sûrement pas très à l’aise socialement, si tout son entourage ne fait que la placer à un endroit qui n’est plus celui qu’elle voudrait occuper, c’est quoi le poids qu’on lui met sur les épaule ? Quel est le rôle qu’elle performe ? Je ne sais pas bien répondre moi-même à cette question. Je sais que je fais parfois subir cette situation à mes potes, -autant qu’on me la fait subir- et je crois qu’il est important qu’on y réfléchisse et qu’on se pose ces questions, voir qu’on pose ces questions aux personnes concernées pour rechecker si le rôle qu’iels se donnent/qu’on leurs donne est ok pour elles, pour être sur.e qu’on ne leurs impose pas…
L’autre thème que j’aimerais aborder ici c’est les blagues, messages et phrases balancées à la volée qui nous place à un endroit différent de la personne qui les dit :
Quel.le défoncé.e assidu.e ne s’est pas vu.e, au détours d’un plateau qui tourne, se prendre dans les dents un petit et innocent : « Tu vas vraiment taper tout ça ? », « Ah ouai quand même ! » ou encore « ah nan mais moi j’suis un bébé, j’vais prendre un quart de ca sinon je vais plus rien comprendre ! ». Je vois bien que c’est dit sur le ton de la blague, et c’est comme ça que je le prends la plupart du temps. Mais mit bout à bout, ça fait plein de petites réflexions avec des sous-entendus un peu blessants. Parce qu’en fait, ces trois phrases gentilettes et anodines ne font que me placer à un endroit, visiblement hors de la « normalité » de mon interlocuteurice, sans que j’ai rien demandé. Parce que oui, je vais vraiment taper tout ça. Et si toi tu es un bébé, ça fait que je suis quoi, moi, dans ton imaginaire ? Je ne dis pas qu’en disant ça, les gens ont une comparaison claire en tête « moi je suis ça, toi tu es ci », mais le fait est que moi, je me retrouve à taper cette trace (dont j’ai d’autant plus envie) et à me retourner le cerveau pour capter pourquoi cette banale phrase me fout plus en l’air que la supposée énoooooorme trace que je viens de prendre… Raté…
Alors je sais pas trop quelles pistes seraient à explorer pour palier à ce problème, peut- être juste qu’éviter les commentaires sur les consos de nos potes c ‘est un début ? Ou entous cas, avant de le faire, se refaire un check interne sur la possibilité de le faire, dans quelles conditions, être sûr.es d’avoir un lien assez fort avec cette personne pour qu’elle ne soit pas blessée, ou puisse avoir la place de le dire si c’est le cas...
En lien avec ça, je pourrais aussi parler d’un truc que j’ai remarqué : les potes qui consomment de manière plus récréative que moi viennent régulièrement me taper des traces, en formulant souvent leurs demandes ainsi : « j’peux te prendre une petite trace ? T’facon moi je prends pas grand-chose », sous-entendu : Pour toi ça changera rien. Évidemment, j’ai pas de problème avec ça, et c’est souvent vrai que ça change rien au contenu de mon pochon (de toute façon, je prévois toujours plus large que mes besoins justement pour partager ! ;) . Mais je remarque bien souvent qu’à l’inverse, ces mêmes amix ne proposent que rarement de me faire croquer… Alors je comprends, effectivement, s’ils veulent me payer une trace qui me fera un minimum d’effet, ça va se sentir dans leurs kepa, mais si on y réfléchit, les mini traces mises bout à bout, ça fini aussi par faire quelque chose. J’espère que vous l’aurez compris, en disant ça, je ne parle pas d’un équilibre qui devrait se mette en place entre mes amix et moi, où l’on commencerait à compter. Je parle juste de l’effet que ça produit, du fait que ça ne soit pas vraiment énoncé… Parce que je comprends la logique : de la même manière que moi, les gens prévoient leurs consos pour la/les soirées, avec certainement du rab, à leurs échelles. Mais ne pas inclure les -plus- gros.ses consommateurices dans ce rab, ça ne fait encore une fois que cloisonner les consos alors qu’on part toustes à la base du même présupposé : faire la fête ensemble ! Au final, oui, on fait bien la fête ensemble, mais on ne consomme pas vraiment ensemble… On se retrouve entre gros.ses consomateurices à taper dans notre coin, ce qui par extension, ne fait que nous garder dans la boucle…
Bref, je ne sais pas si je suis très clairx, c’est une situation, ou plutôt une sensation qui m’amène à une réflexion que je n’ai pas encore très bien aboutie… Et pareil ici, je ne connais pas de solution miracle à tout ça… Je crois que là, le problème vient d’un manque de communication entre nous, et de la création de raccourcis dans nos têtes qui peuvent mener à des malaises, à de la parano…
Aussi, je trouve que ça vient questionner nos rapports à « ma conso », « mon pochon », à l’aspect individualiste de la défonce… Ça donne envie de penser à comment les prods arrivent sur nos lieux de fêtes, par qui (avec les risques que ça comporte), comment on les consomme. Imaginer des manières de prendre en charge plus « collectivement » tous ça… Financièrement aussi…
Je vais m’arrêter là. J’aurais encore mille trucs à dire, envie de philosopher des heures et de creuser plus… Ca sera pour le #2 !
Désolx si c’est flou par endroit, c’est pas dont on cause souvent alors c’est pas facile de passer de la sensation à l’écrit…
En tous cas, je trouve cette idée de zine merveilleuse ! J’espère que ça nous aidera avancer !
! PLAYLIST !
Ecoute la playlist du zine sur youtube !! He oui !
@déroule-ta-paille






