BROCHURES

CANEVA (première parution : 23 février 2026)

Mis en ligne le 20 juin 2026

Thèmes : Anarchismes, anarchie (117 brochures)

Éviter les pièges du libéralisme, repenser le monde en anarchiste

"Qu’est-ce qu’on entend par « dérives libérales » ? Mot devenu un peu
fourre-tout et utilisé parfois un peu facilement lorsqu’il s’agit de
gagner un débat, il nous semblait important de définir ce que sont des
« dérives libérales » notamment dans cette période confusionniste où les
mots semblent être vidés de leur sens.

A travers cette brochure, nous voulons analyser comment les idées
sociales-démocrates, populistes voire réactionnaires se frayent une
place dans les milieux anarchistes et antiautoritaires. Et comment ces
idées passent inaperçues tant notre regard est imprégné du
libéralisme.

Pour le combattre et repenser le monde en anarchiste, il est
important d’en repérer les signes aussi bien dans notre manière de voir
le monde que dans nos pratiques.

Ça tombe bien ce guide en 3 points est là pour ça (attention le dernier va vous surprendre !)"


Cette brochure a été rédigée au printemps 2025 dans le contexte des débats qui ont suivis les élections législatives de juillet 2024 avec un constat partagé d’un certain confusionnisme de plus en plus étouffant dans les cercles révolutionnaires anti-autoritaires. Pour la rédiger nous nous sommes appuyés sur nos constats, discussions informelles, analyses personnelles mais aussi sur des auteur.ices qui ont pu à un moment donné apporter des points d’éclairage sur certains sujets. Nous ne sommes pas forcément en accord avec tous leurs écrits. Comme toujours, chaque texte nécessite recul et critique.

Bonne lecture !

CANEVA
caneva@@@riseup.net

Avant de commencer …

L’anarchisme effraie autant qu’il fascine. Parce que l’anarchisme a
déjà déstabilisé des États, inspiré des assassinats de rois et de chefs
militaires, parce que l’anarchisme c’est l’amour de la liberté, le rêve
de l’émancipation pour tou.tes, la fin des guerres et des armées, la fin
de l’exploitation de l’Homme par l’Homme, c’est cette figure rebelle qui
ne se laisse pas enfermer, encadrer ou contrôler. Mouvement profondément
anti-autoritaire qui veut en finir avec les chef.fes, l’idéal anarchiste
est à l’opposé du système dans lequel nous vivons actuellement mais il
n’en est pas pour autant hermétique. Influencé par son époque et son
environnement, l’anarchisme est traversé par différents courants et par
ses propres tensions internes. Cependant, force est de constater que,
aujourd’hui en France, l’anarchisme n’a plus le vent en poupe. Dans les
années 1990 Murray Bookchin, anarchiste américain, mettait en
garde : « les objectifs révolutionnaires et sociaux de
l’anarchisme aujourd’hui souffrent d’une telle dégradation que le mot
“anarchie” fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois
du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle,
insouciante, mais délicieusement inoffensive.
 » [18]

Dans son livre Changer sa vie sans changer le monde,
Bookchin critiquait l’avènement d’une forme d’anarchisme folklorisé,
vidé de sa substance et de ses objectifs révolutionnaires pour n’en
garder que l’aspect esthétique, spectaculaire et individualiste. En
effet, quoi de mieux pour rendre un mouvement inoffensif que de
capitaliser sur son esthétique, tout en le vidant de ses prétentions
révolutionnaires ?

D’autres que Bookchin ont mis en garde contre des dérives bourgeoises
ou contre les oppressions qu’elles reproduisaient en son sein.

L’anarchiste noir américain Lorenzo Kom’boa Ervin mettait aussi le
doigt dans les années 1990 sur les dérives du milieu anarchiste, qui
devenait plus un mouvement contre-culturel composé essentiellement des
classes moyennes blanches qu’un mouvement révolutionnaire. [19]

En 1936, les anarcha-féministes de Mujeres Libres combattaient et
s’organisaient contre les influences et les violences patriarcales dans
le mouvement anarchiste.

Et en 1914, Luigi Fabbri, anarchiste italien, dénonçait les
influences bourgeoises sur l’anarchisme notamment venant du milieu
culturel : « Pour ces artistes et écrivains, la beauté du
geste prend la place de l’utilité sociale, à laquelle ils ne se soucient
pas. Ainsi, ils ont idéalisé la figure du dynamiteur anarchiste car même
dans ses manifestations les plus tragiques, il présente des
caractéristiques indéniables d’originalité et d’attractivité. Cette
idéalisation littéraire et artistique a exercé son influence sur de
nombreux anarchistes qui, par ignorance ou par méconnaissance de la
raison et de la logique ou du tempérament, l’ont prise pour une
propagation d’idées, même si elle n’est qu’une manifestation
artistique. »
 [20]

La cérémonie d’ouverture des JO 2024, lieu d’étalage capitaliste et
nationaliste par excellence, où a été « célébrée » Louise Michel en est
un exemple récent.

Des symboles révolutionnaires transformés en esthétique inoffensive
par le milieu artistique parisien devant des chefs d’État complices des
pires horreurs militaires, voilà comment l’anarchisme est vidé de sa
charge politique.

La « start-up nation » est un système de pensée, une manière de voir
le monde et de créer des liens. Cela influe sur nos luttes, nos espaces
collectifs et nos relations. Mais s’il est vrai qu’une grille de lecture
bourgeoise détourne l’anarchisme de son but premier, « petit-bourgeois »
et « libéral » peut aussi être une insulte facile pour discréditer un
discours et gagner le débat. Lénine lui-même parlait de
« petit-bourgeois » pour (dis)qualifier les anarchistes. C’est pourquoi
il nous semblait important de redéfinir ce que sont ces « dérives
libérales » et comment les repérer.

Intro

Libéral, libertaire, libertarien : 3 mots, une même racine….. mais la
comparaison peut s’arrêter là.

La première chose à mettre au clair ce sont les différences entre ces
3 concepts.

Le système libéral, d’abord, se distingue par une intervention
limitée de l’État qui assure les fonctions régaliennes (justice, police,
armée) et d’arbitrage social, un soutien à l’économie de marché et à la
création d’entreprise qui doit être libre. Il met l’accent sur la
liberté individuelle, la propriété privée et la libre concurrence.

Au fil du temps le libéralisme a évolué et s’est transformé.
Notamment face aux contestations sociales des années 1930 qui
nécessitaient de protéger le système économique et politique fragilisé.
Il faut donc réévaluer le rôle de l’État comme instrument premier de
défense des règles du marché. C’est ce que certain.es vont appeler « le
néolibéralisme », c’est à dire mettre l’État au service direct du
capitalisme. L’économie reste centrale dans l’organisation sociale : les
règles du capitalisme sont la matrice des règles de la vie sociale et la
politique néolibérale gère l’ensemble de la société.

Certain.es parlent même de « néo-libéralisme autoritaire » pour
désigner certains régimes politiques. C’est-à-dire qu’aux
caractéristiques du (néo)libéralisme classique, s’ajoute une répression
accrue des mouvements sociaux ou de contestation populaire, ainsi que la
restriction des libertés pour maintenir ces politiques, la légitimation
des inégalités comme nécessaires pour la compétitivité et l’efficacité
économique.

En France, Macron mène une politique néolibérale, c’est à dire de
droite libérale mais avec un interventionnisme de l’État fort. Macron
est le chantre de la start-up nation avec une économie de marché mettant
la libre entreprise et la concurrence au centre et en même temps un
contrôle social très fort avec le maintien des inégalités comme socle de
la société.

Pour résumer nous vivons dans un système capitaliste autoritaire où
l’État joue un rôle de contrôle socio-économique avec une économie de
marché toute puissante et des individus qui ne peuvent trouver leur
salut qu’à travers le travail, la consommation et la production. Les
individus et l’État sont au service du capitalisme tout-puissant.

Le mouvement libertarien, lui, va plus loin : rôle minimal voire
abolition de l’État pour une économie sans limite et la liberté
individuelle par-dessus tout. Les fonctions régaliennes de l’État sont
assurées par des agences privées.

Les thèses libertariennes, influencées par Murray Rothbard, qui a
développé le concept d’anarcho-capitalisme, ou Ayn Rand, mère de
l’objectivisme, prennent de l’ampleur aujourd’hui. L’exemple le plus
récent est certainement Javier Milei en Argentine. Elon Musk ou Jeff
Bezos en font aussi la promotion régulièrement.

Le libertarianisme ou l’anarcho-capitalisme ont beau avoir une
étymologie commune avec l’anarchisme, les deux mouvements sont
antagonistes.

L’anarchisme, s’il prône bien la fin de l’État, prône également la
fin de la propriété privée, de la valeur travail et des privilèges.

Même l’anarchisme individualiste qui pourrait, peut-être, être poreux
avec le libertarianisme, ne prône pas le recours à des autorités privées
pour remplacer des fonctions régaliennes mais plutôt la libre
association des individus.

Certain.es entretiennent volontairement la confusion et essayent de
faire passer l’anarchisme pour ce qu’il n’est pas : une idéologie sans
règles ni forme d’organisation où la liberté individuelle serait
centrale et rentrerait en opposition avec le collectif et l’égalité.

Pascal Praud, célèbre chroniqueur d’extrême droite, déclare au
Parisien : « On me fait passer pour un réac alors que je
suis plutôt anar. J’aime la liberté par-dessus tout. »
Et de
confirmer dans une autre interview au même journal :

« J’ai un côté anar : je suis de droite avec des gens de gauche,
de gauche avec des gens de droite. Et j’ai du mal avec les règles qui se
multiplient. »
 [21]

Cette confusion sur la définition de l’anarchisme réduite à « chacun
fait ce qu’il veut » est volontairement utilisée par nos ennemis
politiques. Le problème c’est qu’on retrouve cette confusion également
dans nos milieux.

Pourtant, la définition de liberté est très différente entre celle
libérale / libertarienne et celle des anarchistes.

« la liberté des libéraux est celle d’individus séparés, lâchés
dans un univers hostile. Rétifs à toute idée d’égalité ces
individus-rois vivent l’institution de l’État entre eux comme un mal
nécessaire, érigeant des murs entre eux pour éviter de s’entre-tuer
[...] C’est la liberté d’un individu-consommateur qui se croit
tout-puissant. »

A l’inverse :

« Pour les anarchistes, la liberté est nécessairement sociale, et
non privée. Pour s’exercer, elle nécessite l’égalité économique, sociale
et politique des individus. Cette égalité réelle permet l’exercice réel
de la liberté, qui n’est pas un simple mot mais une pratique. La liberté
est faite de liens, non d’arrachements au monde. »
 [22]

Mais si l’anarchisme prône une liberté indissociable d’une égalité
pour tou.tes, le libéralisme, lui, prône la liberté individuelle au
détriment de l’égalité.

Le libéral exige la liberté pour soi, le libertaire exige la
liberté pour tou.tes !

Tout au long de cette brochure, le terme « libéral » désignera « ce
qui découle du libéralisme » (et par extension du néo-libéralisme) pour
identifier les dérives libérales du milieu militant. Nous entendrons par
là des discours et des pratiques qui, s’ils semblent en adéquation avec
la théorie anarchiste, sont en réalité plutôt inspirés du libéralisme
économique donc d’une certaine forme d’individualisme libéral, de la
défense de la propriété privée, de la marchandisation du monde, de la
concurrence et de la valeur travail. Nous avons repéré 3 dérives
principales qui se retrouvent dans tous les mouvements révolutionnaires
mais qui semblent particulièrement dangereuses lorsqu’elles touchent les
anarchistes.

SOMMAIRE

N°1 : L’anarcho-populisme au service de la
social-démocratie

a) Le populisme comme horizon

b) Le citoyennisme comme moyen d’action

c) Le moralisme comme boussole

N°2 :L’anarcho-thérapie : de l’autogestion à la start-up
nation :

a) Sois ton propre patron !

b) Développement personnel et ambitions individuelles

c) L’impuissance collective

N°3 : L’anarchisme-washing et les
luttes-marchandises

a) Concurrence sur le marché militant

b) 100 % marketing 0 % anarchiste

c) L’anarchisme gentrifié

N°1 : L’anarcho-populisme au service de la social-démocratie

a) Le populisme comme horizon

Si à une époque la social-démocratie a pu susciter un espoir de
changer radicalement de société chez Marx ou Lénine, chez les
anarchistes on sait depuis longtemps qu’il n’en est rien.

Le premier écueil à éviter est de croire que la social-démocratie est
le seul système capable de s’opposer au capitalisme ou qu’elle est une
étape nécessaire à la révolution. La social-démocratie n’est pas
notre amie et il n’y a pas de libéralisme à visage humain.

Tant qu’il y aura des gouvernements et des nations, il n’y aura pas
d’émancipation possible. La farce électorale qui s’est jouée cet été
2024 nous a prouvé, une fois de plus, le piège de la « démocratie
participative ». Le système n’a pas besoin d’être encadré ou réformé
mais il a besoin d’être changé radicalement. Et cela commence par
maintenir une force révolutionnaire loin des grilles de lecture
réformiste, électoraliste, citoyenniste et/ou populiste.

Or, on assiste aujourd’hui de plus en plus dans les espaces
anarchistes à un relativisme autour de la social-démocratie au point,
parfois, de tolérer des discours réformistes voire réactionnaires. On
voit réapparaître des débats autour de la souveraineté, de la défense
d’une identité, de nations et de frontières. Sauf que l’anticapitalisme
n’est pas émancipateur, si la critique du capital se fait au profit de
la défense d’une nation, d’une identité nationale ou même d’un
réformisme. Par exemple la lutte contre les marchés financiers étrangers
est la volonté d’un protectionnisme nationaliste. Il faut bien
différencier la critique du capitalisme comme système mortifère de la
critique du capitalisme dans sa forme actuelle qu’il suffirait de
réguler ou réformer au nom de la défense de l’économie ou du peuple
français.

Paolo Gerbaudo, dans son livre The Mask and the Flag : populism,
citizenism and global protests
, aborde la jonction qui peut se
faire entre anarchisme et populisme.

Il prend comme exemple les mouvements d’occupation de places des
années 2000 comme Nuit Debout, qui dans leur forme auto-organisée et
horizontale tiennent de l’anarchisme mais dans les revendications
tiennent du populisme. Notamment autour de la question de la
souveraineté :

« Là où l’horizontalité affirme l’idée d’une participation entre
des individus égaux et sans leaders, la souveraineté exprime la
nécessité verticale de l’unité du peuple et son contrôle sur et par
l’État »

Il désigne ce mélange entre pratiques anarchistes et revendications
populistes par le terme « anarcho-populisme ». On pourrait prendre
l’exemple du dernier mouvement contre la réforme des retraites où des
permanences d’élu.es ont été attaquées avec comme mot d’ordre « la
motion ou le pavé » espérant ainsi faire pression sur les votes de
l’Assemblée nationale. Ou plus récemment les manifs sauvages de juillet
2024 où toute l’attention était tournée vers les élections et la
victoire du NFP. Le mouvement des gilets jaunes s’est aussi laissé
tenter par le populisme et les revendications autour du RIC sont venues
masquer celles plus révolutionnaires.

Les pratiques anarchistes et l’action directe sont mises au service
de la défense de la social-démocratie, brouillant ainsi les lignes avec
des discours réformistes.

Les revendications anticapitalistes révolutionnaires sont remplacées
par le rejet du monde de la finance, de la ploutocratie. Celles de
l’abolition de l’État sont remplacées par un discours anti-elitiste,
anti corporation. Le nationalisme (ou le patriotisme international)
devient alors un rempart contre la finance internationale.

Le populisme ne rejette pas l’État, il cherche à le réguler et à
supprimer l’oligarchie pour la remplacer par un groupe de citoyen.nes
souverain.

C’est le discours antisystème de LFI, parfois défendu dans les
milieux anarchistes. Voire encouragé par certain.es dont l’objectif est
de gagner des élections locales ou de « gouverner la révolution ».

Le problème est que le populisme de gauche est poreux avec celui de
droite. L’influence de Gramsci et ses notions d’hégémonie et de bataille
culturelle se retrouve à la fois chez les théoriciens de gauche et chez
ceux d’extrême droite. [23]

On aurait tort de nier aussi l’influence du discours des nationaux
révolutionnaires. Il suffit de voir l’influence de Soral dans certains
mouvements dits révolutionnaires et le peu de réaction que soulève la
reconnaissance d’un des pires idéologues d’extrême droite comme étant un
théoricien audible.

On ne combat pas l’extrême droite et son monde en marchant sur leurs
plates-bandes.

La révélation du projet Périclès de Pierre-Edouard Stérin [24], libertarien et milliardaire
français, nous prouve que dans la ligne héritée de Rothbard et Rand, les
thématiques débattues même dans la gauche révolutionnaire sont celles
voulues par l’extrême droite.

La fenêtre d’Overton, qu’agrandit continuellement l’extrême droite en
France, a poussée le curseur vers des thématiques réactionnaires et nous
peinons à maintenir une ligne idéologique claire et un imaginaire
révolutionnaire cohérent.

A mesure que les lignes politiques bougent, le champ des possibles
semble se réduire. La catastrophe écologique en cours, les massacres et
les guerres sans fin, le contrôle généralisé avec l’aide des IA, etc,
laissent peu de place aujourd’hui aux lendemains qui chantent. Et plus
s’éloigne l’espoir du changement radical, plus certain.es semblent se
raccrocher aux branches de la social-démocratie qui semblent, peut-être,
un horizon plus accessible que celui de la révolution.

b) Le citoyennisme comme moyen d’action :

« Citoyen » désigne une personne jouissant dans l’État dont il
relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de
vote.

Avant la révolution française, c’est les « bourgeois » qui disposent
de droits civils. La notion de « citoyen » apparaît à la révolution
française, dont les femmes sont exclues. Dans les premiers temps de la
Révolution, les étrangers résidant en France peuvent prétendre à la
citoyenneté mais la règle change rapidement et la nationalité française
devient une condition sine qua non pour obtenir le statut de
citoyen français.

Ce lien fort entre nationalité française et citoyenneté perdure sous
la cinquième république. L’État français a le pouvoir de maintenir à la
marge toutes les personnes considérées comme pas assez françaises ou pas
assez citoyennes pour obtenir des droits. D’où les débats et les enjeux
autour de la déchéance de nationalité et le droit du sang défendus par
l’extrême droite.

C’est l’Etat qui définit qui a des droits dans la société, ce qui
permet de justifier des discours racistes (criminalisation des OQTF),
patriarcaux (accès au changement d’état civil), validistes (personnes
sous tutelles qui ont le droit de vote que depuis 2019), etc.

Le citoyennisme combat l’État comme ne jouant pas le jeu de la
social-démocratie. De ce fait il place l’État dans une position légitime
d’interlocuteur et la social-démocratie comme un modèle viable à
réformer. Sortir du citoyennisme c’est cesser de considérer
l’État comme médiateur entre nous et une vie émancipatrice mais comme un
système global à abattre
.

La crise du Covid a montré qu’il était très difficile de mettre en
place une autodéfense sanitaire en dehors de l’appareil de l’État. Les
conflits que l’épidémie a engendrés au sein des milieux militants sont
venus mettre le doigt sur cette difficulté à se défendre en dehors de
l’État sans tomber dans le complotisme le plus crasse ou l’obscurantisme
antiscientifique.

Dans la toute-puissance qu’on accorde à l’État, il devient le garant
de nos droits et donc de notre survie. Et on ne mord pas la main qui
nous nourrit. C’est cette tension permanente entre notre survie
immédiate et notre idéal révolutionnaire qui nous anime.

C’est toute la complexité des luttes : nous vivons et sommes
dépendant.es du système que l’on veut détruire. Il s’agit de scier la
branche sur laquelle nous sommes assis.es et nous avons beau savoir que
cette branche est inconfortable et va finir par céder, elle nous protège
du vide et de l’inconnu. Notre filet de sécurité est de construire dès
maintenant des solidarités et des pratiques en dehors de l’État pour
sortir de cette aliénation. Parce qu’on ne veut pas une part du gâteau
on veut foutre en l’air toute la boulangerie !

c) Le moralisme comme boussole :

Le citoyennisme s’appuie sur un autre pilier bancal : le moralisme.
En philosophie le moralisme place la valeur morale au-dessus de toute
autre préoccupation. Le moralisme en ce sens est confortable car il
permet de simplifier des questions complexes. Il suffit de voir les
choses seulement en fonction du « bien » et du « mal ». Ainsi faire le
« bien » permet une gratification personnelle. De notre côté, il n’est
pas question de militer pour mériter une quelconque place dans un
paradis métaphorique mais de lutter avec des outils concrets ici et
maintenant contre le capitalisme.

Le danger est que le curseur de la morale est positionné par le
système lui-même et le moralisme peut servir de levier pour maintenir
les citoyen.nes dans le droit chemin de la légalité et du contrôle
social.

En tant qu’anarchistes, nous ne rejetons pas les valeurs morales en
soi, nécessaires à toute société, nous rejetons le moralisme et ses
injonctions basées sur un curseur biaisé où c’est l’État et son système
judiciaire qui distribuent les bons points. Par exemple, pour l’Etat,
voler sera considéré comme immoral mais il est tout à fait acceptable
que des huissiers expulsent des familles.

Les grilles de lecture qui répondent aux seuls impératifs du
moralisme sont des actes humanitaires et pas
révolutionnaires.

La charité et l’humanitaire reposent sur des principes similaires : « 
faire le bien » sans remettre en question ni chercher à comprendre les
causes profondes des injustices qu’ils prétendent soulager. Ces
pratiques visent souvent à maintenir une paix sociale et à apaiser la
culpabilité de celleux qui les pratiquent. Elles permettent d’éviter de
regarder sa propre responsabilité ou son impuissance tout en ignorant
les mécanismes qui rendent possibles ces inégalités.

De même, le whitesaviourisme qui, sous couvert d’antiracisme, reprend
souvent les codes coloniaux afin de « sauver » les personnes victimes de
racisme, mais qui ne vient rarement interroger les racines profondes des
racismes, comment ils s’articulent et au contraire essentialise,
fétichise ou simplifie des rapports de domination complexes.

L’utilisation exclusive du moralisme et de la charité conduit, non
pas à des imaginaires révolutionnaires, mais participe à une forme de
fétichisation, d’essentialisation voire de déshumanisation de celleux
que le système exploite.

Nous ne voulons pas « sauver » ou « être sauvé.es » mais créer des
complicités révolutionnaires dans nos désirs d’émancipation.

N°2 : L’anarcho-thérapie : de l’autogestion à la startup nation

a) Sois ton propre patron ! :

La vision libérale de la liberté qui vient placer l’individu tout
puissant au centre, crée des grilles de lecture égotistes. Le monde
n’est vu qu’à travers un culte du « moi je » où la société doit répondre
à des désirs immédiats et prioritaires. C’est le principe de la
philosophie objectiviste de Ayn Rand, louée par le libertarianisme, qui
place l’individu seul maître de son bonheur dans un capitalisme
triomphant.

Là où les anarchistes voient la liberté pour tou.tes comme
émancipatrice loin de l’exploitation, la liberté libérale la voit comme
le droit à être son propre patron ; comme le pouvoir de
s’auto-transformer et, par la même occasion, de s’auto-gouverner.
L’avènement de l’influence libérale amène, en plus du contrôle par
l’Etat, un contrôle intériorisé. En gros « nous sommes nos propres
flics ». C’est l’uberisation du contrôle social.

L’individu dans le monde libéral est une auto-entreprise à part
entière et la liberté individuelle est transformée en une part de marché
qu’il faut investir.

Résultat : on ne peut compter que sur soi-même au détriment de la
solidarité collective. Comme disait Murray Bookchin : « L’ego,
devenu de façon presque fétichiste le lieu de l’émancipation, finit par
ne plus se distinguer de l’individu « souverain » cher à
l’individualisme du laisser-faire.
 » [25]

La liberté libérale se résume en une série d’options à choisir entre
la plus enviable…ou la moins pire ! C’est le mythe de la démocratie
participative. Dans une étude récente la chercheuse Sophia Rosenfeld
déplore qu’une telle approche « incite à blâmer les individus pour
leurs mauvaises décisions, alors que les options qui s’offrent à chacun
d’entre nous diffèrent très fortement selon notre milieu
socio-économique. L’idée que chacun est responsable de toutes les
conséquences des choix qu’il a faits peut se révéler une vision bien
cruelle de la vie humaine. Cet accent mis sur le choix individuel
affaiblit en outre notre capacité et notre résolution à prendre des
décisions collectives dans l’intérêt général. »
 [26]

Les inégalités subies nous sont imputées comme la conséquence de
mauvais choix individuels. Dans une société où nos choix sont
restreints, cette méritocratie marginalise et violente beaucoup de
monde. Mais la colère générée par cette exclusion est à régler non pas
avec le système tout entier mais avec soi-même. Il faut digérer
l’exploitation, la transformer et la dépasser. C’est la fameuse
« résilience » prônée par Macron.

La lutte des classes, par exemple, est une question de moins en moins
audible puisque la classe nous est vendue comme une catégorie
transcendable. On veut nous faire croire que le PDG n’est plus un
adversaire mais un modèle à atteindre, un symbole de réussite. Les vieux
antagonismes du capitalisme sont de moins en moins évidents à mesure que
le libéralisme évolue. Le travail ne doit plus être perçu comme une
contrainte mais un choix et un tremplin vers le bonheur.

Il ne s’agit plus d’abolir le travail mais de l’intégrer dans nos
existences comme une part de marché du bonheur. Chief happiness officer,
team building, coworking : tout est bon pour remplacer le langage de
l’exploitation en langage cool et fun. Le travail, lieu d’exploitation
par excellence, devient grâce à quelques anglicismes (et la complicité
de certains syndicats) un lieu de transformation et d’émancipation.
La lutte des classes s’arrête là où commence le team
building.
Rien d’étonnant à ce que cette croyance ait investi
aussi une partie du mouvement révolutionnaire. La critique du travail
devient centrée sur l’amélioration de ses conditions et non plus sur son
abolition. Protéger les travailleur.euses ne nous prive pas d’une
critique du travail salarié comme système d’aliénation.

Cette transformation des rapports au travail se retrouve aussi chez
les militant.es qui se transforment en entrepreneurs de la lutte centrés
sur leur carrière. On voit apparaître un glissement sémantique, comme
par exemple des mouvements dits radicaux qui « recrutent des
bénévoles 
 » ou cherchent à « renforcer leur équipe » pour
éviter le « burn-out militant ». Ou des zines qui ont des
« directrices de publication ». Le « travail militant » devient
un travail salarié à part entière où il faut « manager » des équipes
avec des directeur.ices pour ne pas finir en burn-out militant.

Ce langage d’entreprise plutôt attendu de la part de la gauche
électorale (qui a donc bien quelque chose à vendre) est plus inquiétant
venant d’anarchistes.

b) Développement personnel et ambitions individuelles :

Cette vision libérale se retrouve dans des grilles de lecture qui
privilégient l’individualisme au détriment de l’analyse collective des
structures d’oppression.

En témoignent les dérives libérales des « identity politics ».
Théorisée entre autres par le Combahee River Collective qui considérait
que « les seules personnes qui se soucient suffisamment de nous pour
travailler systématiquement pour notre libération, c’est nous. Cette
concentration sur notre propre oppression s’incarne dans le concept
d’identity politics. Nous pensons que la politique la plus profonde et
potentiellement la plus radicale vient directement de notre propre
identité, au lieu de travailler pour mettre fin à l’oppression de
quelqu’un d’autre »
 [27].

Le CRC était un collectif de lesbiennes noires qui articulaient
ensemble oppressions racistes, sexistes et capitalistes. Mais vidée de
son potentiel révolutionnaire, sortie de son contexte et prise au pied
de la lettre cette définition des « identity politics » a donné lieu à
des dérives libérales. D’outil d’analyse et de pratiques, c’est parfois
devenu une quête nombriliste pour affirmer ses ressentis et son identité
en dehors de toute analyse politique. Ce n’est plus « comment penser
les systèmes de domination sans une grille d’analyse qui les reproduit
 ? »
mais « comment moi je me situe sur un spectre de privilèges
(et c’est tout). 
 »

En limitant la question des oppressions à ses seules manifestations
et représentations individuelles (discriminations, éléments de langage,
etc.) on n’analyse plus les systèmes de domination comme un système
global mais seulement comme un problème individuel dont le point de
départ et d’arrivée sont les ressentis personnels. Le risque est alors
de se contenter de réclamer une intégration dans l’ordre établi.

On ne milite plus pour la révolution mais pour le droit d’être un
exploiteur comme les autres. Pour reprendre la critique de Bookchin :
« il faut se changer soi sans changer le monde ».

Les rapports de force deviennent démultipliés en une myriade de
combats individuels et personnels avec le risque qu’ils se fassent
concurrence entre eux.

Dans la suite logique de ces dérives libérales, la lutte devient un
espace de développement personnel et les actions politiques des
thérapies. C’est d’ailleurs parfois la demande de certain.es
militant.es, qui considèrent que la lutte doit être avant tout des
espaces de soin à leur service.

Le problème du prisme individualiste c’est qu’il ne permet pas
d’analyser correctement les causes structurelles et matérielles de la
violence de l’Etat et entretient un certain confusionnisme. En
se focalisant exclusivement sur les ressentis individuels sans autre
forme d’analyses, on risque de tomber dans le subjectivisme et le
relativisme où « la seule vérité est celle que je
ressens ».

Tout comme le complotisme, le développement personnel vient
simplifier la complexité des rapports de pouvoir. D’un côté, il s’agit
d’une entité extérieure fantasmée (le lobby juif, le nouvel ordre
mondial, le grand remplacement, le lobby LGBT, etc) de l’autre il s’agit
d’une entité intérieure à développer ou transformer : soi-même et
seulement soi-même (me, myself and I).

Croire qu’une entité extérieure fantasmée dominerait le monde relève
des mêmes rhétoriques que de croire que le changement se fera seulement
à l’intérieur de soi. Ce n’est pas pour rien que certaines pratiques de
développement personnel sont poreuses avec des dérives complotistes ou
sectaires. Et on connaît déjà la porosité entre les milieux radicaux et
le complotisme et parfois l’excessive tolérance avec ce dernier.

Pour ne pas tomber dans un opposé caricatural, il n’est pas question
de dire que l’individu n’a ni responsabilité, ni effort individuel à
fournir sur la perpétuation des systèmes de domination, ou que les
ressentis nés de l’oppression et leurs témoignages sont à balayer sans
scrupules. La santé, le soin ou le bien-être ne sont pas des
préoccupations libérales. Rejeter en bloc ces thématiques est tout aussi
dangereux que de les ériger en grille de lecture ou en objectif absolu.
Les structures de pouvoir ont des conséquences bien réelles
(psychologiques, sociales, politiques), refuser de les voir nous empêche
d’adapter nos pratiques de lutte. Mais chercher à combattre seulement
les conséquences sans s’attaquer aux causes mène à des impasses voire à
des arnaques contre-révolutionnaires.

c) L’impuissance collective :

Hannah Arendt mettait en garde contre l’absence de commun et de liens
aux autres comme premier pas vers les totalitarismes. L’isolement est
une impasse et le résultat d’échecs collectifs lorsque la poursuite d’un
objectif commun est détruite.

Dans une société occidentale individualiste, verticale et autoritaire
où le collectif se limite au monde du travail et/ou à la sphère privée,
l’autogestion et le collectif est certainement ce qu’il y a de plus dur
à imaginer. Parce qu’on ne se débarrasse pas des chef.fes et de
l’attrait du pouvoir aussi facilement, réussir à s’organiser
collectivement et horizontalement est un défi de taille.

Dans une logique libérale, le collectif peut vite devenir un outil au
service d’ambitions individuelles. Il ne s’agit plus de façonner des
nouveaux horizons vivables pour tou.tes mais de faire en sorte que le
monde se plie à nos désirs immédiats. Il n’est plus question de faire,
de penser et de lutter ensemble dans un but commun mais d’exiger une
place personnelle de pouvoir, une gratification et une reconnaissance
individuelle.

Ne pas percevoir en dehors de la sphère du « je » les enjeux pour les
autres amène inévitablement à invisibiliser ou nier ce qui ne nous
concerne pas directement. Combien de luttes spécifiques (antiracistes,
féministes, antispécistes, etc.) sont tombées dans l’écueil de mettre le
doigt sur le manque de prise en considération de certains enjeux, tout
en faisant exactement la même chose pour d’autres. Ou alors considérer
les enjeux seulement de manière performative pour en tirer des bénéfices
personnels.

On a déjà parlé des chevaliers de l’antiracisme qui se rachètent une
posture à peu de frais sans s’intéresser réellement aux luttes
antiracistes révolutionnaires, s’apparentant parfois plus à des
touristes militants en quête d’exotisme.

Mais on peut aussi citer ces militant.es qui mettent leur collectif
au service de leurs ambitions individuelles.

Celleux qui alimentent leur profil linkedin avec leur « travail
militant », qui signent des tracts ou des brochures avec leur nom et
prénom, faisant fi de toute stratégie collective d’anonymat. Les
opportunistes qui profitent des espaces de luttes pour vendre leurs
livres et produits, les girouettes qui changent de ligne politique au
gré des trends et des buzz cherchant à être toujours dans la tendance
mais jamais dans la bonne direction. Celleux qui se servent de la lutte
comme un tremplin pour une carrière (politique, associative, etc). Ces
influenceur.euses qui normalisent la starification des luttes. Bref, des
pratiques qui vident de leur substance les objectifs révolutionnaires et
les maintiennent dans une perspective capitalisable. Faisant se
rapprocher dangereusement le constat de Bookchin : « Ce qu’on
désigne par anarchisme aujourd’hui, […], ce n’est rien d’autre en
réalité qu’un personnalisme introspectif hostile à tout engagement
social et à toute responsabilité ; un club de rencontre rebaptisé selon
l’occasion « collectif » ou « groupe affinitaire » ; un état d’esprit
qui rejette avec mépris tout ce qui est structure, organisation ou
implication publique ; une cour de récréation pour gamins. »

Aujourd’hui on a des militant.es ou des collectifs entiers qui se
disent anarchistes mais qui dans les faits s’en éloignent et font fi de
toute l’histoire anarchiste, de ses principes et de ses pratiques.

Aujourd’hui on peut se dire anarchiste même si on roule pour le NPA
ou si on est fan de Mélenchon, on peut se dire anarchiste même si on
rejette en bloc toute critique du système électoral, on peut se dire
communiste libertaire et cautionner des réactionnaires conservateurs, on
peut se dire anarchiste même si on défend des nations et des frontières.
L’anarchisme n’est rien de plus qu’une identité auto déclarative, un
badge à afficher pour être cool. Après tout, si plus rien n’a de sens
pourquoi chercher à définir des objectifs politiques communs ?

Les concepts deviennent malléables et adaptables en fonction de
comment ils sont ressentis mais surtout en fonction de comment ils
peuvent servir les discours et les intérêts. C’est l’exemple de Praud
qui se dit anar ou Bardella qui dit qu’il n’est pas raciste.

Cette forme de confusionnisme et de relativisme est vouée à rendre
l’anarchisme déficient et à détruire la perspective de solidarité
collective. Cette inconsistance politique empêche tout lien de confiance
nécessaire au collectif et engendre une méfiance permanente.

L’absence de confiance et d’imaginaire politique commun amènent à un
délitement d’une véritable force révolutionnaire et de son
efficacité.

N°3 : L’anarchisme-washing et les luttes marchandises

a) Concurrence sur le marché militant :

Dans le langage courant la concurrence désigne la rivalité entre
individus pour l’accès à une position, une récompense, un service ou un
objet.

Dans le langage libéral la concurrence désigne la rivalité entre
acteurs économiques qui cherchent à attirer des clients en proposant des
produits ou services et à acquérir des parts de marché sur un même
marché, en vendant des biens identiques ou similaires. La concurrence
est ainsi une compétition entre des producteurs, pour capter la demande
venant des consommateurs.

Aujourd’hui la concurrence est le pivot central du marché et les
individus ont intégré dans tous les aspects de leur vie un modèle de
comportement et des rapports basés sur la compétition. C’est donc une
nécessité économique et sociale. Tout ce qui est collectif est vu comme
un obstacle à la concurrence car pour atteindre l’objectif du bonheur
individuel sur le marché il faut pouvoir être compétitif.ve. En
compétition d’abord avec soi-même : (« être la meilleure version de
soi-même ») mais aussi, et surtout, avec les autres.

Dans les milieux militants cette concurrence se retrouve à l’échelle
individuelle pour des places de pouvoir et parfois, à une échelle plus
grande, entre différents groupes et différentes luttes spécifiques.

Le problème des luttes spécifiques contemporaines (antispéciste,
écologie, antiraciste, féministe, etc) c‘est que, souvent, elles ne sont
raccrochées à aucun courant idéologique. Des Blacks Panthers
d’inspiration maoïste en passant par les anarcha-féministes de Bolivie
des Mujeres Creando, certaines luttes spécifiques s’inscrivent dans une
volonté de soit s’inspirer, soit s’intégrer dans certains courants
idéologiques précis tout en gardant leur autonomie.

En 2025 en France, de plus en plus rares sont les luttes spécifiques
qui s’attachent de près ou de loin à un courant idéologique. Et même
celles qui se disent s’en rapporter en sont souvent très éloignées dans
leurs discours et leurs pratiques (et participent au passage à vider de
sa substance l’anarchisme).

Les luttes spécifiques permettent de s’intégrer dans un objectif plus
large en apportant de l’eau au moulin de la révolution. Être féministe
ne suffit pas, être antiraciste ou écologiste ne suffit pas, etc.

Or, certaines luttes spécifiques semblent flotter dans l’histoire et
se limitent à exiger leur inclusion dans l’ordre social existant, plutôt
qu’une remise en question radicale des structures de pouvoir et des
inégalités fondamentales.

L’Etat, en concédant parfois des droits, normalise son rôle de
protecteur Au passage il intègre des identités qui jusque-là auraient
été susceptibles de déstabiliser l’ordre établi tout en cherchant à les
instrumentaliser (à des fins racistes et islamophobes la plupart du
temps). Et on se retrouve aujourd’hui avec le premier collectif gay
d’extrême droite !

Le piège, dans lequel beaucoup sont tombés, consiste alors à ne
parler d’une lutte qu’à travers l’angle de son instrumentalisation et de
se positionner seulement « en réaction » aux positions de l’État tel un
miroir inversé.

Par exemple si on se contente de parler du féminisme uniquement pour
en dénoncer son instrumentalisation à des fins racistes sans analyser la
structure hétéro-patriarcale et comment cette dernière s’imbrique avec
les autres oppressions alors on laisse un vide dans lequel s’engouffrent
nos ennemi.es politiques pour instrumentaliser davantage. Arrêter de
lutter sur les questions féministes d’un point de vue révolutionnaire,
permet de les vider de leur substance, les assimiler, récupérer,
instrumentaliser, les mettre en concurrence.

L’État fait d’une pierre deux coups : en faisant semblant d’être
progressiste, il maintient une image de social-démocratie acceptable
tout en conservant intactes les structures de pouvoir. Cela amène
certain.es militant.es à réduire le féminisme à une lutte bourgeoise
blanche, effaçant la capacité de la comprendre comme une lutte
d’émancipation radicale pour tou.tes. Ainsi non seulement la lutte
féministe est neutralisée mais elle l’est avec la caution
anticapitaliste ou antiraciste.

Cette rhétorique de concurrence qui mobilise un discours progressiste
pour justifier l’oppression d’un autre groupe social, c’est ce que les
Nord-Américain.es appellent le « clash of rights ». Par exemple l’idée
que les droits des personnes trans menaceraient le droit des femmes cis
selon l’idée qu’il y aurait des antagonismes à lutter à la fois pour les
droits des femmes cis et trans alors que la misogynie et la transphobie
ont des racines communes.

Le fait que le féminisme soit instrumentalisé ou récupéré par des
bourgeois.es ne doit pas le disqualifier dans son ensemble. Au contraire
cela souligne la nécessité de poser des lignes claires entre les dérives
libérales et la révolution.

Cette mise en concurrence du féminisme trouve aussi des origines dans
le masculinisme d’extrême droite. Soral parlait de la féministe comme
une « bourgeoise de gauche [..] parvenue, grâce à la complaisance du
pouvoir économique toujours avide de stratégie des leurres, à substituer
une fantasmatique lutte des sexes à la très réelle lutte des classes,
spoliant au passage le travailleur de son unique prestige, le prestige
moral de l’opprimé »
 [28]

De la même manière, Soral justifie son antisémitisme comme un
anticapitalisme. En amassant tous les clichés racistes sur les juifs qui
contrôlent le monde de la finance et tirent les ficelles dans l’ombre,
Soral a diffusé des théories antisémites reprises dans les milieux
révolutionnaires ou de gauche et qu’il nous faut combattre [29]. De la même façon,
l’instrumentalisation des enjeux mémoriels par l’Etat pour servir le
roman national ne doit pas nous faire tomber dans le piège de mettre en
concurrence des mémoires et des morts. Si l’État ou des théoriciens
d’extrême droite utilisent cette stratégie assez clairement, le fait que
ce soit repris dans nos milieux ne laisse rien présager de bon.

Les logiques concurrentielles puisent dans la hiérarchisation et
enjoignent celleux qui subissent plusieurs oppressions à « choisir leur
camp », les obligeant à créer des grilles de comparaison assez
dégueulasses pour savoir quelle oppression serait la plus
« confortable » ou la plus « soft ». La concurrence transforme aussi
certaines luttes en propriété privée et en monopole et considère que
certaines luttes sont secondaires et/ou ne peuvent exister qu’à
condition d’être subordonnées à une autre lutte dans une vision des
structures d’oppressions, héritée de la logique verticale du système
capitaliste.

On peut à certains moments choisir des stratégies qui nous poussent à
investir tel champ de lutte (en fonction de l’énergie disponible, en
fonction des enjeux locaux…). On pourrait, par exemple, légitimement
argumenter que la lutte écologique devrait être une priorité absolue. En
effet si la planète n’est plus vivable quel intérêt d’une révolution ?
Mais comment lutter efficacement contre la destruction du vivant sans
prendre en compte les conditions de production dans le capitalisme qui
accélèrent sa perte, sans prendre en compte les enjeux impérialistes,
notamment ceux autour des ressources naturelles et de l’impact
colonialiste sur les populations (comme vu à Mayotte récemment), comment
ne pas prendre en compte les apports des féministes radicales sur les
dangers de l’essentialisation de la nature, sur les liens entre
patriarcat et domination du vivant, etc.

De la même manière, la guerre coloniale qui se déroule en Palestine
ne peut être comprise et combattue qu’en l’intégrant dans des luttes
globales. On ne peut pas lutter contre la colonisation ici tout en
soutenant des États impérialistes ailleurs.

Mettre en concurrence les luttes c’est justement se priver de cette
compréhension globale des systèmes d’oppression. Toutes les luttes sont
prioritaires du moment qu’elles ont des objectifs révolutionnaires.

Que les luttes spécifiques aient des enjeux et répondent à des
mécanismes différents n’invalide pas qu’il y ait des objectifs communs.
Les différentes pratiques et expériences peuvent se renforcer entre
elles.

Pour lever toute ambiguïté, le propos n’est pas de dire que les
luttes spécifiques divisent la lutte. Ou qu’elles doivent se sacrifier
sur l’autel de la révolution et perdre leur autonomie pour se diluer les
unes dans les autres. On ne nie pas non plus les rapports de force ô
combien nécessaires en interne.

La critique porte sur leur mise en concurrence et la dépolitisation
de leurs enjeux, leur instrumentalisation ou lorsque les rapports de
force se transforment en guerre de pouvoir individuel ou en
monopole.

Car dans une vision du monde libérale, où il ne s’agit pas de
mettre le feu à la boulangerie mais de récupérer des parts de gâteaux,
on est obligé.es de se battre pour les miettes.

b) 100 % marketing, 0 % anarchiste :

Sous le capitalisme tous les aspects de nos vies sont capitalisables.
(le stop est remplacé par Blablacar ou Uber, les logements sont
transformés en Airbnb, etc.). Nos luttes n’y échappent pas et se
transforment en marchandises qui peuvent être :

Éphémère : Déconnectée de son histoire sans transmission du
passé ni projection d’avenir. Il faut réinventer l’eau chaude en
permanence, occuper les espaces vides en alimentant de nouvelles
polémiques stériles ou en trouvant de nouveaux concepts universitaires.
Pour que la clientèle militante consomme, il ne peut pas y avoir de
durabilité. Comme un produit électronique qui tombe régulièrement en
panne, la lutte n’est pas faite pour durer. C’est l’obsolescence
programmée version militante. Tout doit être dans l’immédiateté. La
lutte consiste en une série d’indignations urgentes qui se superposent
les unes aux autres. On passe d’un sujet à un autre parfois sans
cohérence mais la nouveauté fait vendre surtout aux militant.es de
passage. Celleux qui viennent chercher le frisson de la rébellion mais
repartent dès que ça devient sérieux ou dès que le folklore se heurte au
réel. Une forme de tourisme / consumérisme militant pas très durable
mais qui fait vendre.

Inoffensive : La lutte-marchandise doit être confortable et
rassurer nos égos. Elle doit nous caresser dans le sens du poil et faire
appel à nos affects. Voire même flatter les pires instincts. Elle ne
doit pas venir heurter les comportements, les habitudes ou pratiques. Le
contenu ne doit donc pas révolutionner notre condition ou nous mettre
face à nos contradictions (rien qui nous oblige à confronter nos potes
violeurs par exemple). Dans une perspective anarcho-populiste vue plus
haut, le produit doit rassurer nos identités (de beaufs ou de barbares),
notre souveraineté politique. D’ailleurs pour que ce soit confortable,
l’ennemi.e doit toujours être une figure extérieure un peu floue. Il est
question de dénoncer mais uniquement dénoncer, il n’est pas question de
parler de pratiques concrètes. Il faut que la lutte soit un produit
rassurant et inoffensif, tout doit être pensé pour le confort des
client.es. Et tant pis si ça pacifie les luttes, l’important c’est que
la clientèle soit contente.

Inconsistante : du prêt-a-penser qui vient simplifier les
questions politiques complexes. La lutte-marchandise doit fournir clé en
main un discours dogmatique mais toujours avec un vide idéologique. Le
produit est « radical », « antisystème », « contre les bourgeois » mais
ne doit jamais parler des conditions matérielles d’existence ou de lutte
des classes.

Pour que la clientèle consomme il ne faut pas qu’elle réfléchisse.
Toute réflexion intellectuelle, toute nuance, ou toute critique doit
être dénoncée comme du mégotage et une manifestation d’un privilège.

Pour cela, le produit doit donc être toujours consensuel, campiste et
binaire et ne doit pas trop remettre en question le discours hégémonique
du moment. Une position plus minoritaire ferait moins de ventes.

Folklorique : Pour vendre une lutte-marchandise inutile, il
faut créer le besoin. Il faut donc tout miser sur le marketing et le
packaging. L’esthétique est au service d’elle-même. La forme prime sur
le fond et n’a d’autre objectif que l’image qu’elle renvoie.
L’esthétique doit être radicale peu importe si le fond politique est
soluble dans le capitalisme. Cagoules, cocktails molotov, k-way noirs,
etc. Toute la symbolique de la radicalité est utilisée pour faire vendre
en vidant la forme du fond. Cagoules et k-way noirs sont juste une
esthétique et non pas des outils au service de l’anonymat collectif. La
lutte se transforme en folklores, en modes, qu’on peut vendre ou acheter
pour sentir le frisson de la révolte.

Divertissante : Tout doit être du spectacle instagrammable
(d’ailleurs tout ce qui n’est pas sur instagram n’existe pas). Les
manifs se transforment en kermesses avec distributions de pancartes et
cotillons. Le seul objectif valable d’une action est de créer des belles
images. C’est la révolte pour la révolte, l’action pour l’action [30]. Il faut faire de la représentation
permanente et être visible partout, tout le temps (quitte à tenter de
récupérer des mouvements ou des actions à son compte). C’est la
performativité au service du vide. Il faut être disruptif et créer de la
visibilité à tout prix. Pour cela il faut valoriser les discours
polarisants et binaires. Le produit doit générer du buzz, du clash, du
drama, etc, que les consomateur.ices pourront suivre comme une
téléréalité [31]. Et le buzz même négatif fait
vendre.

c) L’anarchisme gentrifié :

Les dérives libérales maintiennent nos objectifs dans une
marchandisation perpétuelle de nos révoltes et les vendeur.euses
militant.es capitalisent sur la frustration issue de l’impuissance. Les
espaces militants sont des supermarchés où notre action se limite à
choisir parmi les rayons de la lutte. Mais s’il y a des gens qui vendent
c’est bien parce qu’il y a des gens qui consomment. Se comporter comme
des client.es et non pas comme des sujets politiques autonomes nous
maintient dans des impasses politiques.

Cette marchandisation rend la lutte inopérante et inoffensive, bonne
qu’à fournir une expérience à des touristes militants.

Peu étonnant dans le contexte général de disneylandisation du monde.
Ce concept désigne « la transformation des sociétés et des cultures
locales, par la présence de touristes, et pour répondre à leurs
attentes. Elle peut être aussi une muséification et une folklorisation
en ce qu’elle fige paysages et pratiques afin de correspondre aux
représentations (ou aux clichés) attribués à un espace ou à une
population 
 » [32]. Le capitalisme transforme toute
réalité en source de profit et en marchandise même les cultures et les
valeurs. Pour ce faire il doit débarrasser ces dernières de leur
matérialité et de leur essence et les arracher à leur singularité
historique. Et lorsque la réalité ne peut se transformer en bien de
consommation, elle doit se changer en symboles. Le meilleur moyen de
détruire et de rendre inoffensive une culture est de la mettre en
spectacle. Les peuples colonisés sont bien placés pour le savoir.

Les espaces militants n’échappent pas à cette disneylandisation et
les luttes enfermées dans leur folklore n’existent plus que pour plaire
à des touristes.

A la manière des quartiers populaires qui se gentrifient,
l’anarchisme est vidé de son potentiel de révolte pour n’en garder que
son esthétique, rendant cools et branchés des discours réacs.

Éloigné d’un projet de société émancipateur pour tou.tes, le
mouvement révolutionnaire ne fait alors plus rêver grand monde. C’est
tout un mouvement qui est discrédité en le réduisant à n’être rien de
plus qu’une objection permanente avec pour seul horizon des
sempiternelles doléances restées lettres mortes. A croire qu’il ne nous
reste plus que la capacité de nous indigner. Lutter contre le
libéralisme, c’est justement lutter contre ces tensions mortifères qui
brisent tout élan d’espoir et toute vague créatrice.

Ces pratiques sont la plupart du temps inconscientes tant la logique
libérale a toujours imprégnée nos imaginaires. Mais parfois il s’agit
d’une véritable stratégie opportuniste.

L’accélération du libéralisme va de pair avec son imprégnation dans
nos imaginaires et alors que l’étau se resserre, les changements
sociétaux de ces dernières années devraient, à l’inverse, nous amener à
renforcer une ligne anarchiste, anti-autoritaire et ne surtout pas
céder à un chantage libéral.

Déconstruire nos schémas de pensées avec tout ce que ça implique
d’inconfortable, de bouleversement de soi et de notre rapport aux
autres. Mais comme c’est plus simple de s’attacher à un folklore prêt à
consommer, le chemin vers la révolution risque d’être encore long.
L’émeute, l’insurrection, la révolution ne sont plus que des fétiches
sous cellophane.

Plus nos combats sont transformés en marchandises, plus le langage
devient confus, plus il est compliqué de poser un cordon sanitaire avec
des influences réactionnaires, conservatrices, autoritaires et
confusionnistes. Fournir du carburant au bulldozer néo-libéral
n’ouvrira jamais de perspectives collectives émancipatrices, cela pourra
seulement faire la fortune, réelle ou symbolique, d’une poignée de
carriéristes militant.es.
On aurait tort de croire que cette
poignée ne fait pas de mal à la majorité car elle vient déplacer un
curseur dans un contexte déjà étouffant. Chaque petite passerelle que
certain.es s’amusent à construire entre les idéologies de droite,
d’extrême droite, d’une gauche autoritaire et l’anarchisme se transforme
rapidement en un gigantesque pont si nous n’y prenons pas garde.

Ce qu’il se passe actuellement est le résultat d’une stratégie bien
rodée. Nombreux sont les théoriciens d’extrême droite s’inspirant de
penseurs de gauche voire communistes comme Gramsci. La plupart des
inspirations de Trump se retrouvent aussi chez les accélérationnistes
inspiré.es par Guattari et Deleuze [33]. En reprenant quelques
théories gauchistes cela permet à l’extrême droite de rendre cools et
rebelles des théories profondément réactionnaires. A une époque où les
fakes news et les théories du complot sont partout, le combat se joue
aussi dans le langage.

Comme l’a démontré Umberto Eco, le fascisme advient avec la
simplification du langage, le rejet de la critique analytique et de la
pensée critique.

L’anarchisme doit garder du sens et sa charge révolutionnaire et
ainsi continuer de s’attaquer aux racines sur lesquelles poussent des
cadavres.

Conclusion :

Pour résumer, l’anarchisme s’enlise aujourd’hui dans des dérives
libérales notamment :

- Un citoyennsime en défense de la social-démocratie

- Une succession d’indignations moralistes qui renforcent des
postures creuses

- Un populisme antisystème qui mélange lutte pour l’autonomie et
défense d’un peuple-nation souverain

- Un individualisme égocentré qui mène à l’isolement et à
l’impuissance générale

- Un abandon de la question de classe et la défense de la valeur
travail

- Une concurrence au cœur des interactions entre individus et/ou des
luttes spécifiques

- Une capitalisation sur des luttes-marchandises

- Une gentrification et disneylandisation de nos espaces

Ces dérives ne sont pas justes "problématiques" mais participent à un
continuum de normalisation du monde capitaliste. Elles s’insèrent dans
nos luttes, les gangrènent et au final les recrachent, dans une bouillie
confusionniste qui, loin de fragiliser l’État, le renforce.

S’il est impossible de dépasser l’Histoire et de prédire le futur,
nous pouvons néanmoins reconnaître que le contexte politique est peu
favorable aux idéaux anarchistes. Cette perte de vitesse ne peut se
résoudre qu’en retrouvant un idéal révolutionnaire désirable au-delà du
simple fétiche de l’émeute ou de l’illusion électorale.

Le chemin vers la révolution est fait de doutes mais il est aussi
pavé de certitudes : nous détestons l’Etat et tout ce qu’il produit ou
protège : de ses frontières en passant par ses prisons. Il nous faut
porter un regard profondément révolutionnaire sur le monde et non pas
populiste ou réformiste.

Celleux qui propagent la confusion et la réaction sont des
accélérateur.ices de la fin des mouvements révolutionnaires. A l’inverse
nous pensons que dans tous les endroits du monde se trouvent des
anarchistes qui s’ignorent, qui ne se revendiquent pas anarchistes et
qui n’en connaissent pas spécialement la théorie mais qui dans la
manière de voir le monde se retrouvent 100 fois plus proches de nous que
les confus opportunistes. Et c’est avec les premier.es que nous
préférerons créer des liens car s’il n’est pas grave de ne pas se dire
anarchiste tout en partageant l’imaginaire d’un futur désirable, à
l’inverse il est dangereux de se dire anarchiste tout en faisant la
promotion du néo-liberalisme. Car comme disait Léo Löwenthal « Pour
n’importe quel système de pouvoir, il n’existe pas de plus grand succès
que l’acceptation, par ses victimes impuissantes, des valeurs et des
modes de comportement que celui-ci postule. » [34]

A nous de les déjouer !

[1Murray Bookchin, Changer sa vie sans changer le monde, 1995.

[2Lire une interview de Lorenzo Kom’boa Ervin datant de 1995 ici ainsi que son livre Anarchism and the Black Revolution.

[3Luigi Fabbri, « Les influences bourgeoises sur l’anarchisme », 1914.

[4Interview de Pascal Praud : « J’ai un côté anar » (Le Parisien, 18 juin 2019).

[5"Liberté des libéraux et liberté des anarchistes", sur Dijoncter, janvier 2020.

[6Voir Chantal Mouffe pour le populisme
de gauche et Alain de Benoist pour l’extrême droite.

[8Murray Bookchin, Changer sa vie
sans changer le monde
.

[11Abécédaire de la bêtise
ambiante
, Editions Blanche, 2008.

[12On retrouve encore trop souvent dans des espaces soi-disant radicaux les théories antisémites de
« philosémitisme d’État » ou une déroutante complaisance envers des
collectifs qui déroulent le tapis rouge à des personnes comme Michel
Collon ou Jean Bricmont.

[13Par exemple les impasses dans lesquelles se sont retrouvées certains mouvements sociaux où le but du
bloc n’était que l’affrontement pour l’affrontement ou les débats autour
de Sainte-Soline.

[14Les GAFAM l’ont d’ailleurs bien
compris et leurs sources de revenus sont, entre autres, les embrouilles
militantes sur les réseaux.

[15Voir l’entrée "Disneylandisation" dans le glossaire des Ressources de géographie pour les enseignants (juillet 2025).

[16Trump s’est inspiré, entre autres,
des théories accélérationnistes de Nick Land.

[18Murray Bookchin, Changer sa vie sans changer le monde, 1995.

[19Lire une interview de Lorenzo Kom’boa Ervin datant de 1995 ici ainsi que son livre Anarchism and the Black Revolution.

[20Luigi Fabbri, « Les influences bourgeoises sur l’anarchisme », 1914.

[21Interview de Pascal Praud : « J’ai un côté anar » (Le Parisien, 18 juin 2019).

[22"Liberté des libéraux et liberté des anarchistes", sur Dijoncter, janvier 2020.

[23Voir Chantal Mouffe pour le populisme
de gauche et Alain de Benoist pour l’extrême droite.

[25Murray Bookchin, Changer sa vie
sans changer le monde
.

[28Abécédaire de la bêtise
ambiante
, Editions Blanche, 2008.

[29On retrouve encore trop souvent dans des espaces soi-disant radicaux les théories antisémites de
« philosémitisme d’État » ou une déroutante complaisance envers des
collectifs qui déroulent le tapis rouge à des personnes comme Michel
Collon ou Jean Bricmont.

[30Par exemple les impasses dans lesquelles se sont retrouvées certains mouvements sociaux où le but du
bloc n’était que l’affrontement pour l’affrontement ou les débats autour
de Sainte-Soline.

[31Les GAFAM l’ont d’ailleurs bien
compris et leurs sources de revenus sont, entre autres, les embrouilles
militantes sur les réseaux.

[32Voir l’entrée "Disneylandisation" dans le glossaire des Ressources de géographie pour les enseignants (juillet 2025).

[33Trump s’est inspiré, entre autres,
des théories accélérationnistes de Nick Land.