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L’art et la science du détournement publicitaire

mis en ligne le 31 mai 2005 - Billboard Liberation Front

1. Choisir un panneau

Une fois que vous aurez sélectionné un message publicitaire à détourner, il
faudra déjà vérifier si vous retrouvez la même pub à plusieurs endroits.
Déterminez ensuite ceux qui offrent la meilleure lisibilité et visibilité du message.
Un panneau en bordure d’autoroute sera bien évidemment vu par beaucoup plus
de monde qu’un panneau situé dans une ruelle obscure (ce qui est plutôt rare -
ndt). Il vous faudra bien évidemment évaluer la localisation et la visibilité du
détournement, mais également prendre en compte d’autres facteurs beaucoup plus
variables, comme repérer les chemins d’accès, et les "issues de secours", ou le
temps nécessaire pour parcourir à pieds et en voiture le chemin pour se rendre au
panneau.
En choisissant le panneau, gardez à l’esprit que les détournements les plus
efficaces sont souvent les plus simples. Si vous parvenez à modifier
complètement le sens d’une pub rien qu’en changeant/supprimant une ou deux
lettres, vous gagnerez du temps et cela vous évitera des problèmes. Certaines pubs
se prêtent facilement à la parodie grâce à l’incursion d’une petite image ou d’un
symbole à l’endroit approprié (un crâne, un symbole radioactif, un smiley, une
svastika, un vibromasseur, etc.). Parfois, sur certaines pubs, l’ajout d’une bulle à
l’un des personnages suffit.

2. Préparation

A) Accessibilité : Comment accéder au panneau ? Avez-vous besoin d’une
échelle pour atteindre le haut du panneau ? Pouvez-vous escalader le panneau
sans risques ? Si le panneau se trouve sur le toit d’un immeuble, peut-on y accéder
en passant par l’intérieur du bâtiment, par l’escalier de sortie de secours, ou par un
immeuble mitoyen ? Si vous avez besoin d’une échelle, on peut parfois en trouver
sur les plates-formes des panneaux, ou sur un panneau adjacent, ou sur les toits
d’immeubles.

B) Aspects pratiques : Quelle est la taille des lettres et/ou des images à
modifier ? Votre zone de
travail se trouve-t-elle près
de la plate-forme ?
Si vous escaladez les
plus gros panneaux jusqu’à
leur sommet, vous pourrez
vous y suspendre pour
atteindre les endroits les
plus hauts de la pub. Nous
vous déconseillons toutefois
cette méthode sauf si vous avez déjà pratiqué
l’escalade. De plus, dans
cette position, votre zone
de travail latérale se
trouvera limitée et il
s’avérera difficile de se
déplacer d’un côté à
l’autre du panneau. Et en
cas de problèmes, il vous
faudra plus de temps
pour fuir et cela pourra
même devenir dangereux
si vous vous affolez. Et il

est également très difficile de coller des images ou des lettres de grosse taille.

C) Sécurité : Après avoir sélectionné votre panneau, relevez toutes activités
aux alentours, nuits et jours. Que s’y passe-t-il vers 2h00 du matin ? Serez-vous
beaucoup visible en escaladant la structure ? Souvenez-vous que vous allez faire
du bruit ; assurez-vous qu’il n’y a pas d’appartements ou de bureaux occupés à
proximité. Marchez doucement sur les toits - vous ne savez pas au-dessus de quoi
ou de chez qui vous marchez.
Les voitures qui circulent dans les environs peuvent-elles vous voir ? Que
voyez-vous du panneau depuis votre zone de travail ? Même si cela semble
difficile de voir une image dans l’obscurité, cela n’est pas impossible. Tout votre
champ de vision sera aussi celui des passants, à l’envers !
Le panneau se trouve-t-il loin d’un commissariat ou d’un poste de
patrouilles autoroutières ? Quelle est la fréquence des patrouilles ? Quel est leur
temps de réponse à l’appel d’un "bon" citoyen ? Faites-vous votre propre idée en
observant le coin. Est-ce tranquille la nuit, ou y a-t-il du trafic ? Lorsque les bars
ferment, ceci vous fournira-t-il une bonne couverture - par ex. des mecs bourrés
occupant les flics - ou bien au contraire, cela nuira-t-il à votre discrétion et vous
fera repérer des passants ? Mais, s’en soucient-ils ? Si vous êtes repérés, il pourrait
être préférable que les personnes au sol leur parlent plutôt que de simplement
espérer qu’ils n’appellent pas la police. Ne les laissez pas vous mettre en rapport
avec un véhicule. Les personnes au sol peuvent se faire passer pour des badauds et
ainsi essayer de savoir ce que pensent les vrais badauds. Nous avons été
découverts à de nombreuses reprises, et la plupart du temps les gens étaient
amusés. Vous verrez qu’en général, les gens n’y prêtent pas attention sauf s’ils ont
une bonne raison de le faire.
Grimpez déjà sur le panneau avant de vous occuper du détournement.
Familiarisez-vous avec la structure en bougeant dessus. Prenez éventuellement
une caméra ou un appareil photo - cela peut servir de couverture en cas de visite
indésirable : "Mais voyons, monsieur l’agent, je suis photographe, et de nuit on a une vue magnifique depuis le pont...".
Prévoyez toujours des voies de secours qui vous permettront de fuir et
vérifiez qu’elles ne sont pas bloquées. Pouvez-vous passer d’un toit d’immeuble à
l’autre et partir par un escalier de secours ? etc.

D) Eclairage : La plupart des panneaux sont très éclairés, par des lampes de
différents modèles. Les plus gros panneaux sont parfois éteints entre 23h00 et
2h00 par un système de minuterie situé sur le panneau, ou à côté. Les petits
panneaux sont généralement contrôlés par des cellules photoélectriques ou des
minuteurs conventionnels, qui se trouvent aussi sur le panneau. Si vous parvenez
à trouver la cellule photoélectrique, vous pouvez couper l’éclairage en projetant le
faisceau lumineux d’une lampe directement sur l’"oeil" de la cellule. Cela perturbe
le système qui "pense" qu’il fait jour - le moment où les lampes sont censées
s’éteindre.
Les minuteurs des gros panneaux se trouvent dans le boîtier de contrôle aux
pieds du panneau, ou sur le côté de celui-ci. Ces boîtiers sont généralement fermés
(et plus particulièrement ceux qui se trouvent aux pieds des panneaux) et s’ouvrent
à l’aide d’une pointe de couteau, de tournevis. Mais à moins de vous y connaître
en électricité, nous vous déconseillons d’y toucher, et il est préférable d’attendre
que l’éclairage s’éteigne de lui-même. Ces panneaux sont branchés sur du 220
volts, une mauvaise manipulation pourrait vous coûter cher ! (Cependant si vous
trouvez un disjoncteur à l’intérieur du boîtier, il suffit juste de le mettre à zéro,
sans plus d’efforts ou de soucis - ndt)

3. Le Graphisme : conception des lettres et des images

A) Echelle : Si vous comptez seulement changer une petite zone (une lettre,
un symbole) il ne vous sera pas nécessaire d’aller prendre beaucoup de mesures
pour concevoir votre "revêtement" (nous utiliserons ce terme pour désigner
l’image/lettrage que vous collerez sur la pub). Il vous suffira de prendre les
mesures de traçage directement sur le panneau. Si jamais vous voulez quand
même réaliser des revêtements de grande taille et/ou avec beaucoup de lettres, et
que vous voulez que l’image finale ressemble le plus possible à celles des
publicitaires, vous devrez vous préparer à un travail plus élaboré.
Placez-vous bien devant le panneau, photographiez-le dans cette position
et réalisez un tracé depuis une impression grand format de cette photo. Grâce aux
mesures que vous aurez prises sur le panneau (hauteur, largeur, taille des lettres,
etc.), vous pouvez élaborer une échelle pour votre projet. D’après celle-ci, il
deviendra possible de déterminer la taille de votre revêtement et l’espace
nécessaire entre les lettres.

B) Harmonisation des couleurs : Il y a deux techniques de base qui
permettent d’harmoniser le fond et/ou les couleurs du lettrage ou de l’image.
 1) Sur les panneaux peints ou en papier, vous pouvez généralement prélever un
petit échantillon directement sur le panneau. Ceci ne marche pas toujours sur les
vieux panneaux qui ont plusieurs couches de peintures.
 2) La plupart des grands magasins de peinture fournissent des nuanciers de
couleurs. Il est possible de trouver des couleurs similaires à l’aide de ces
échantillons. Pour un impact visuel maximum, nous vous suggérons de vous
concentrer sur des couleurs unies et des croquis simples.

C) Style du lettrage : Si vous souhaitez reproduire exactement le style
des lettres, recherchez-les dans des livres de typographie. Et utilisez ces modèles
avec le tracé des lettres existantes afin de créer une gamme complète de lettres
nécessaires à votre
détournement. Vous pourrez
également vous rapprochez
du style des lettres en utilisant
le tracé de celles qui figurent
sur la photo.

D) Application : Nous
vous conseillons de ne pas utiliser de revêtement plus
grand que les 4x3.
Si votre message
est plus gros, il
vous faudra le
diviser en plusieurs
parties . Les panneaux étant souvent exposés au
vent, les grandes affiches deviennent difficiles à poser. Il
y a aussi, parfois, de la condensation sur les panneaux, et il faut alors essuyer les zones à recouvrir.
Pour les revêtements, utilisez plutôt du papier épais et de la peinture brillante. La
peinture se répand sur le papier, le rendant plus dur, étanche, et difficile à
déchirer. Pour faire les revêtements, peignez le fond au rouleau, puis utilisez des
pochoirs pour les lettrages, en les remplissant à l’aide d’une bombe. Pour des
images ou des panneaux extrêmement larges, utilisez de grandes pièces de toile
peinte. La toile devrait être légèrement lourde afin d’éviter tout déchirement à
cause du vent ou des intempéries. Collez et agrafez entre elles toutes les longueurs de la toile. Celle-ci s’enroulera alors comme un tapis prêt à être
transporté et vous le déroulerez depuis le dessus du panneau, et le mettrez en
place, éventuellement à l’aide de cordes.
Vous pouvez également lier les quatre angles et le centre (en haut et en
bas) de façon sûre, ou, si vous pouvez atteindre le devant du panneau grâce à une
échelle ou une corde, attachez-le en vissant les bords sur le panneau. Un matériel
fiable est nécessaire dans ces cas-là, des vis #8 ou #10, qui tiennent sur le métal.
Pour placer vos revêtements sur le panneau, prenez des mesures de haut en
bas du panneau, pour déterminer la surface à recouvrir, puis tracez deux marques
à droite et à gauche. Cette ligne constituera votre point de repère pour placer vos
revêtements.
Même s’il existe quantité d’adhésifs utiles, nous vous recommandons le
mastic au caoutchouc. Il s’en va facilement (mais s’il est appliqué correctement, il
restera indéfiniment) et il n’abîme pas ni ne marque de façon permanente la
surface du panneau. Ceci peut s’avérer crucial si vous êtes appréhendés et que les
autorités ou le propriétaire tentent de vous demander des dommages et intérêts
pour avoir esquinté leur panneau.
Pour faire tenir le mastic sur de larges surfaces, il vous faudra en appliquer
sur le dos du revêtement ainsi que sur le panneau. Attendez une à deux minutes
que cela sèche avant de poser.
Pour étendre le mastic, utilisez des rouleaux à peinture larges et un seau en
plastique. Le mieux est qu’une personne s’occupe d’encoller le revêtement pendant
qu’une autre s’occupe du panneau.
Il faudra de toute façon deux personnes pour fixer les parties encollées sur
le panneau.

4. La Cible

Une fois que vous aurez terminé vos préparatifs et que vous serez prêts
pour vous attaquer à la cible, vous pourrez encore faire plusieurs choses pour
minimiser votre appréhension :

A) Le Groupe : Il faut le moins de personnes possible sur le panneau. Pas
plus de trois. Deux pour s’occuper du panneau et une qui fait le guet ou s’occupe
des communications. Mais, il vous faudra peut-être d’autres personnes au sol.

B) Communications : Pour les travaux sur les plus gros panneaux, où
vous êtes exposés pendant un certain temps, nous recommandons l’usage de
matériel de communications portable (CB ou talkies-walkies), que l’on peut
trouver pour pas cher dans les magasins d’électronique.
Positionnez une ou deux voitures aux intersections cruciales visibles
depuis le panneau. Les personnes au sol devraient s’occuper de la circulation et
maintenir un contact radio avec le groupe du panneau. (Note : n’utilisez pas les
canaux CB ou FM standards : il en existe beaucoup d’autres. N’hésitez pas à
recourir à des codes, surtout si d’autres personnes, y compris les flics, peuvent
entendre ce que vous dites).
Il est crucial que les membres de l’équipe au sol ne stagnent pas autour des
véhicules, ou de n’importe quelle façon qui signalerait qu’ils attendent quelque
chose dans un endroit
désert au beau milieu de
la nuit. Une patrouille
risquerait de les repérer
rapidement, avant qu’ils
ne puissent vous avertir.
Soyez discrets.

C) La Fuite : Si vous
avez effectué tous les
préparatifs nécessaires,
vous vous serez
familiarisé avec les
environs du panneau. En cas de nécessité, il vous faudra sélectionner des voies de fuites dans le secteur, et
convenir d’un point de chute avec le reste de l’équipe. Si une patrouille s’approche
de vous alors que vous vous trouvez dans une position délicate pour détaler et
vous cacher rapidement (si vous êtes suspendus au bout d’une corde en plein
milieu du panneau par exemple), il vaut parfois mieux rester tranquille et attendre
qu’ils passent. Le moindre mouvement aura tendance à attirer l’oeil. Une fois au
sol, si la poursuite est inévitable, se cacher s’avère parfois la meilleure solution. Si
vous avez déjà parcouru le terrain avec attention, vous saurez où sont les
meilleurs endroits pour se cacher. Gardez à l’esprit que si les policiers effectuent
une recherche poussée (peu probable, mais pas impossible), ils utiliseront les
phares et les lumières de leurs véhicules ainsi que des mag-light.
Il peut également être intéressant de dissimuler d’autres vêtements de
rechange. Un costume, ou des fringues de clochards sales et puantes. Soyez
créatifs.

5. Détournement de jour

Nous ne vous
recommandons pas
cette méthode pour
les grands panneaux
ou ceux qui sont
situés près des
autoroutes et des
grands axes routiers.
Cela marche mieux
sur les panneaux bas
et près du sol, là où il
est plus facile et
rapide d’effectuer une
action d e
détournement. Si vous choisissez d’oeuvrer au grand jour, mettez des vestes de
travail (avec un nom d’entreprise dans le dos pour être encore plus crédible), des
casquettes ou des casques de chantier, et ne traînez pas. Surveillez les alentours,
jetez un oeil aux véhicules, qu’ils soient garés ou non, (évitez soigneusement ceux
de l’entreprise dont vous portez les vêtements !), et vérifiez que personne ne vous
observe avec insistance et suspicion ou appelle la police.

Post-scriptum

Si ce que vous venez de lire vous sert dans votre
lutte contre la publicité, les membres du Billboard Liberation Front ne pourront
que s’en féliciter.
Selon nous, le sabotage de panneaux est une
occupation dans laquelle devraient s’engager de
nombreuses personnes. Il n’est d’ailleurs pas très difficile
de s’attaquer aux petits panneaux urbains, très accessibles.
Un raid éclair sur de tels panneaux ne requiert
aucunement toutes les techniques élaborées présentées ici.
Plus le message est "vrai", plus il passera facilement.

R. O. Thornhill, Officier Instructeur du BLF

Nous faisions aussi des panneaux

Notre histoire débute il y a très longtemps... même le statut de ses
limitations en est expiré.
Je n’ai jamais été au mieux de ma forme à 3h30
du matin ; être nerveux n’arrange rien. Dans l’obscurité
qui précède l’aube, nos voix sont basses tandis que nous
nous réveillons et que nous buvons du café, de l’alcool :
Slivovitz. On part en silence, en mettant discrètement
nos sacs à dos noirs, nos tenues noires, et des baskets,
nous rentrons dans le véhicule et c’est parti !
Dans la zone préparée à l’avance, nous nous
garons, hors de vue les un-e-s des autres, nous reprenons
nos sacs et notre matos (rouleaux de papier, brosses à
coller équipées de longs manches et des balais-brosses) et
nous nous dirigeons tranquillement vers le panneau.
Nous l’avions déjà détourné une fois, nous savions donc
comment y accéder et où nous étions visibles ou non. Heureusement, des
guetteurs au sol se placent dans chaque direction. Mais nous ne saurons pas ce qui
se passe autour de nous jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous - ou que
nous ne soyons avertis de la présence d’un flic par le signal lumineux d’une lampe.
Le panneau est bas, donc une personne travaillera au sol. Le plus agile
grimpe le premier, ensuite c’est au tour du plus lourd. On se passe les balais, on
sort le seau, dans lequel on vide les bouteilles d’amidon. On déroule le papier et
on l’humidifie légèrement, tandis qu’au-dessus de nous, quelqu’un humidifie le
papier du panneau de la même manière. On soulève la pièce de papier la moins
maniable, on la place puis on la déroule pour la coller. Nous répétons le processus sur une autre grande pièce de papier, puis sur deux petites.
Nous sommes interrompus par
des cris joyeux provenant de la rue - des
skaters ! L’un d’eux, n’en croyant pas ses
yeux, appelle ses amis. Ceux-ci ne nous
voient pas du premier coup, puis nous
découvrent, et nous demandent ce que
nous faisons. Je leur explique
laconiquement que "nous corrigeons
cette publicité." Ils regardent quelques
instants avant de repartir vers University
Avenue. Nous finissons rapidement notre
travail et ramassons nos outils. Les
personnes au sol ont déjà quitté les lieux
lorsque nous commençons à partir dans
le calme, nous arrêtant un moment pour
admirer notre travail. [...]
Nous détournons environ une
douzaine de panneaux par an. Nous nous
sommes inspirés d’un autre groupe de
Berkeley qui détournait les panneaux
d’inscription pour le Service Militaire
(C’est Rapide/C’est Facile/C’est la Loi/
Les hommes âgés de 18 ans doivent
s’inscrire au Poste de Police
). Ils ont
substitué - avec finesse - le mot "Mortel"
à "la Loi". Notre première tentative ne
fut pas aussi subtile : nous avons
remplacé la 3ème ligne par "C’est un
piège à cons
". Nous nous sommes
spécialisés dans ces signalisations, nos
détournement donnant : "C’est la Loi des
Porcs
". et "Les hommes âgés de 18 ans
doivent s’inscrire à la morgue
". Nous
nous sommes également attaqués à
d’autres cibles suivant les opportunités.
Nous avons considéré cela
comme un entraînement pour d’autres
situations aventureuses. Nous lu avec
beaucoup d’intérêt Without a Trace de
Moriarty - un manuel très efficace pour
ceux qui participent à des actions illégales et veulent éviter de se faire prendre - qui décrit très bien l’utilisation
d’objets indétectables et ordinaires, les moyens d’effacer et de ne pas laisser de
traces sur les lieux d’actions, etc.
Nous ne nous sommes jamais souciés de la facilité et de la vitesse de
nettoyage des détournements - puisque de toutes façons les ouvriers qui le font
sont payés pour ça. Un jour, j’ai vu un mec qui remplaçait un panneau du Service
Militaire que nous avions détourné ; on a bossé comme des dingues, regroupé
l’équipe, et on a eu une nouvelle - et bien meilleure - version à 4h00 du matin !
Ça c’est du service rapide !
Nous ne sommes jamais allés inspecter un panneau à l’avance. Cela ne
nous semblait pas nécessaire et risquait de nous exposer inutilement. En fait, des
membres du LAG (Livermore Action Group, des activistes antinucléaires) se sont
fait prendre en train de mesurer un panneau, ce qui fut considéré comme une
infraction. Il est inutile de préciser qu’ils devinrent des "suspects idéaux" chaque
fois qu’un panneau était détourné dans le coin. Nous avons bossé sur des photos et
des inspections pédestres, puisque nous nous occupions essentiellement de petits
panneaux en zone urbaine. Pour les autoroutes, c’est différent.
En grande partie, notre travail consistait à "corriger" et à pratiquer de
petits détournements. Nous avons appris à nos dépends ce que le Billboard Liberation Front voulait dire
à propos des petites pièces de papier, qui ne s’avéraient pas seulement être une
bonne idée, mais une loi de la nature. Nous n’avons essayé qu’une seule fois de
recouvrir une pub en entier. Nous étions plus d’une douzaine dessus, ça nous a
demandé beaucoup de travail, et ce fut un cuisant échec. Si nous étions allé-e-s
reconnaître les lieux au préalable, nous aurions pu voir que la bête était émaillée.
Nos agrafeuses et l’amidon étaient devenus inutiles. Mais au moins, on avait la
bonne taille de lettre. Ils ont bouclé l’accès au lieu après notre tentative. Il nous aurait fallu le manuel du Billboard Liberation Front à ce moment là.
Pour ne pas nous limiter aux endroits "autorisés", nous avons aussi
suspendu des banderoles - deux grandes. Elles furent réalisées par d’autres
personnes ; nous avons simplement fourni une "assistance technique". (...)
Il vous faut également être prudent avec les pochoirs. L’un d’entre nous
apposait des slogans antinucléaire sur les étiquettes de boîtes destinées à une
entreprise de "sécurité nationale". Son patron lui fit savoir qu’il venait de rassurer
la sécurité de cette entreprise en renvoyant la personne qui avait fait cela. (Le FBI
prouva que les pochoirs étaient faits avant le collage des étiquettes).
Heureusement pour lui, son patron avait menti.
Alors, que retirer de tout cela ? Allez vous promener et amusez-vous !
Changez les messages ! C’est parfois frustrant - vous réaliserez que beaucoup de
gens finissent par ne plus regarder les panneaux publicitaires, et que certains ne
comprennent pas ce que vous avez voulu dire. Mais le détournement publicitaire
demeure une alternative subversive qui ronge l’espace commercial et social.
Nous espérons voir vos messages partout sur les murs, très
prochainement !
Et souvenez-vous - de la prudence, de la joie, de l’audace !

Primitivo Morales

Visez Haut

Il était une fois, trois jardiniers, qui après avoir travaillé dur dans une
coopérative, partirent en vacances à Seattle. Sur la route, ils virent un panneau
avec une pub représentant un avion de l’armée, très phallique, avec la mention,
"Visez Haut." C’est donc ce qu’ils firent.
Ils allèrent aux pieds du panneau, prirent toutes les mesures nécessaires et prélevèrent des échantillons de couleurs. Ensuite, ils collèrent des lettres rouges
sur du papier gras blanc, se munirent de balais éponges et autre matériel, et en fin
de journée, à l’heure de pointe, ils postèrent une personne à un bout du pont
autoroutier près du panneau, et une autre près d’une entrée dans l’autre direction,
toutes équipées de talkies-walkies. Les autres collaient le papier sur la pub.
La plupart des personnes observant la scène étaient amusées. D’autres
étaient franchement hostiles. Un bon père de famille sortit de sa voiture et exigea
que l’équipe "Descende tout de suite de là !". Les jeunes vandales lui
expliquèrent qu’ils avaient un boulot à finir, et ils ignorèrent ce "bon citoyen". Le
flux des voitures contraignit bientôt ce réac à s’en aller. En fait, il y avait tellement
de circulation que même s’ils avaient été prévenus dès le départ - les portables
n’existaient pas encore - les flics auraient mis du temps pour arriver au panneau.
En 15 minutes la pub était "corrigée" et nos héros avaient quitté les lieux,
déposant leur matériel et leurs tenues dans le bateau d’un ami, amarré dans un des
canaux de la ville. Pour célébrer leur action, ils se rendirent dans un bar du coin,
dont les fenêtres donnaient comme par hasard sur la scène du crime. En entrant
dans le bar, il s’aperçurent que tout le monde les avait vus procéder ; et tout le
monde se tourna vers eux... pour les applaudir.
Ils se relaxaient depuis une vingtaine de minutes déjà, lorsque la police
débarqua avec fracas, cherchant des témoins pour leur enquête. Mais comme
personne n’avait rien vu, les flics s’en allèrent, sans bruit cette fois.
Le lendemain midi, le panneau était à nouveau recouvert... par la même
pub. Tout semblait rentré dans l’ordre... jusqu’à ce qu’il pleuve. Là, les lettres qui
avaient été ajoutées apparurent sous le papier mouillé. Sous le slogan "Visez
Haut" était écrit "Faites Sauter le Pentagone !".

Med-o

Anti-Pub Consortium - 2002 - Kill copyright.
Version originale en américain (1990-1999) sur http://www.billboardliberation.com/guidebook.html.