BROCHURES

A propos des retraites et de l’utilité à faire grève

A propos des retraites et de l’utilité à faire grève

Mouvement pour les occupations (première parution : octobre 2007)

Mis en ligne le 19 novembre 2007

Thèmes : Critiques du travail (37 brochures)
Mouvements sociaux (36 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,138.4 ko) (PDF,150.5 ko)

Version papier disponible chez : Nadarlana (Montpellier)

Quelques remarques pour élever le débat dans les AG et les manifs à propos du système des retraites.



1. On nous dit que le système de solidarité qui permet d’assurer un revenu aux personnes retraitées est déficitaire.

2. On nous dit qu’il n’y a que trois moyens d’équilibrer la balance, dont deux sont nuisibles : réduire le montant des retraites ou augmenter les cotisations (mais ces deux moyens réduisent le pouvoir d’achat des retraités ou des cotisants).

3. Le troisième moyen serait le seul possible : augmenter la durée de cotisation, autrement dit reculer l’âge de la retraite. Ce moyen serait justifié par l’allongement de l’espérance de vie.

4. Les gauchistes proposent pour leur part un quatrième moyen : la taxation des revenus financiers, étant donné qu’au cours des dernières années la part des richesses créées dévolues aux actionnaires a considérablement augmenté au détriment de la part que se partagent les salariés.

5. Ils disent aussi que le système ne serait même pas déficitaire si de multiples aides aux entreprises ne les exonéraient pas de cotisations sociales.

6. En laissant passer la réforme de 1993, les syndicats ont permis d’installer une « inégalité » entre le régime des salariés publics et celui du privé. Cette différence de traitement est aujourd’hui bien utile pour justifier le recul de l’âge de la retraite dans le public, d’autant que pour la plupart, ce recul a été fait en 2003. Reste plus que les « régimes spéciaux » C’est d’autant plus pratique que les manifestations, les grèves, risquent de se limiter à ces secteurs d’activité, lesquels vont « prendre en otage » les honnêtes travailleurs.

7. C’est pour cette raison que les gauchistes réclament plus que le retrait de la réforme, mais le retour à 37,5 années de cotisation dans le secteur privé.

8. La gauche dit que ce n’est pas tant la durée de cotisation qu’il faut allonger, mais réduire le chômage. Elle dit que si on arrive à la retraite plus tard, il va y avoir plus de chômage.

9. Pour la droite, il faut pouvoir « travailler plus pour gagner plus », ce serait une question de liberté. Outre le fait qu’au passage les heures supplémentaires sont exonérées des cotisations sociales, cette soit-disant liberté de travailler rappelle de manière nauséabonde le fronton du camp de concentration d’Auschwitz : « Arbeil macht frei », le travail rend libre.

10.On peut également penser que la droite n’est pas tant dérangée par le transfert des populations du régime de retraite au régime de chômage, car les retraités touchent leur rente sans effort alors que les chômeurs sont traqués et harcelés afin de pouvoir à la moindre occasion leur supprimer leur allocation. C’est toujours ça de gagné.

11. On a vu dès le départ du mouvement d’opposition à cette réforme que l’unité syndicale volait en éclat. Au même moment, l’opinion faisait semblant d’apprendre que les syndicats principaux étaient directement financé de manière occulte par leurs soi-disant ennemis les patrons. Après une première journée de mobilisation prometteuse, seuls quelques syndicats minoritaires ont appelé à poursuivre la grève. On a vu l’un de leurs représentants faire remarquer que la stratégie des journées d’action ponctuelles n’avait jamais constitué un rapport de force suffisant.

12. Nul doute qu’on entendra dans les futurs cortèges le slogan inventé par les étudiants quand ils reprochaient aux syndicats d’être trop timorés dans leur engagement contre le CPE (et pas du tout engagés sur les autres revendications comme le reste de la loi sur l’égalité des chances, le CNE, les lois sécuritaires et racistes, la démission du gouvernement…) : « Grève générale, une fois par semaine ! CGT, un syndicat de promenade ! »

13. Certains gauchistes proposent de ne pas faire vraiment grève, mais de travailler sans faire payer les usagers pour tout à la fois coûter de l’argent à leurs patrons et faire plaisir aux gens qui vont travailler pour qu’ils « soutiennent » le mouvement.

14. Il est bien évident que 15 jours de grève en 4 mois n’a pas le même impact que 15 jours de grève d’affilée.

15. Il est bien évident qu’un mouvement de grève serait bien plus puissant si les salariés du privé, les étudiants et les lycéens se mettaient en grève eux aussi. Et pour cela, les salariés du public vont devoir s’intéresser à autre chose qu’à leur propre cul et donc sortir d’une position purement défensive (demander le retrait du projet de réforme), qui laisse penser qu’un statut-quo est une bonne chose, et adopter une position offensive en ayant des revendications qui mobilisent l’ensemble de la population.

16. Il est bien évident que le but d’un mouvement social est de créer un rapport de force et que dans ce cadre la grève est un moyen parmi d’autres qui coûte de l’argent. Toutes les avancées sociales ont été obtenues sur demande du patronat qui avait un intérêt financier à la reprise du travail (on a ainsi vu le gouvernement du Front populaire envoyer la troupe contre les grévistes en 1936, après que les accords de Matignon eurent été signés, alors que les ouvriers souhaitaient emprunter une voie semblable à celle de leurs camarades espagnols qui tentaient une véritable révolution… « Il faut savoir arrêter une grève ! » ?).

17. Il est bien évident qu’un mouvement de grève a beaucoup à gagner lorsqu’il se double d’une occupation des sites en grève et de tout lieu symbolisant le pouvoir (public ou privé). Les occupations permettent d’organiser le mouvement de façon efficace. La coordination des occupations permet des prises de décision nationales qui représentent véritablement la volonté des grévistes au contraire des directions syndicales qui ne représentent rien et qui sont engluées dans les petits fours des salons ministériels.

18. Les occupations sont aussi et surtout des lieux de vie, des moments dans l’existence qui se présentent rarement, avec des rapports humains beaucoup plus intenses que ceux que nous réserve le train-train quotidien, lequel nous isole les uns des autres.

19. On pourrait aussi élever le débat. Se demander pourquoi on nous alarme tant avec cette génération du baby-boum qui va arriver à la retraite, alors que par principe cette bosse dans la pyramide des âges disparaîtra dans 20 ans. Ca veut dire que dans 20 ans on pourra revenir au système actuel ?

20. On pourrait aussi s’interroger sur la réalité de l’accroissement de l’espérance de vie. Les personnes qui vivent aujourd’hui 80 ans n’ont pas connu, pendant une bonne part de leur vie, l’agriculture et l’élevage industriels (la première a supprimé 80% de la biomasse, autrement dit 80% de la vie présente dans les sols cultivés, ce qui rend les fruits et légumes bien moins riches nutritivement, sans parler de la pollution des eaux et des OGM ; le second c’est la vache folle, le poulet à la dioxine, la grippe aviaire…), la pollution de l’air, l’amiante, la radioactivité, les ondes électromagnétiques des lignes à haute tension et des antennes pour téléphones portables, les particules nanotechnologiques qui peuvent pénétrer les tissus vivants, sans parler d’un mode de vie qui a profondément évolué vers une course effrénée sans aucun sens, produisant stress, angoisse et surtout le bonheur des industries pharmaceutiques dont les remèdes sont rarement sans effets secondaires…

21. On pourrait alors se demander si ça vaut vraiment le coup de perdre 35 ou 40 ans à travailler, souvent dans des boulots qui exigent une soumission permanente et inconditionnelle à l’autorité, d’une façon si insistante qu’on n’est même pas étonné le jour où cette autorité nous demande de communiquer des informations personnelles à la police, de couper l’électricité ou l’eau à ceux qui n’ont pas les moyens de la payer, de conduire des trains chargés de juifs vers des camps de concentration…

22. On pourrait se demander si ça vaut le coup de travailler dans une position soumise, avec des collègues qui ne rêvent que de vous écraser pour se faire valoir sur votre dos.

23. On pourrait se demander si ça vaut le coup de se lever presque tous les matins à la même heure matinale, de devoir rater des soirées entre amis, des heures ininterrompues d’amour ou simplement une bonne vieille nuit blanche avec un bon gros bouquin. Combien de moment ratés en famille, de jeux manqués avec ses enfants… ah j’oubliais ! les enfants sont eux aussi habitués à trimer sans moufter toute leur vie dans des établissements scolaires préfigurant leur destin obligé… D’ailleurs, quand on arrive enfin à la retraite, qu’on a tout son temps, ce sont nos enfants qui n’ont plus le temps, puisque devenus adultes ils sont trop occupés par leur travail…

24. A ce compte-là, il serait peut-être judicieux de supprimer purement et simplement le système des retraites. D’abord, c’est vrai que les vieux peuvent encore être utiles, ne serait-ce que parce qu’ils peuvent apprendre un tas de choses aux plus jeunes. Ajoutons que ça sortirait de l’isolement pas mal de personnes qui arrivent à la retraite sans amis, et dont les enfants n’ont pas le temps de les voir : ils travaillent vous comprenez…

25. De plus, si tout le monde travaillait, tout le monde pourrait travailler moins, profiter un peu plus de la vie, ne pas être obligé de se faire agresser par un réveil le matin…

26. Et puis les économistes seraient contents puisqu’il n’y aurait plus de cotisations-retraites à payer pour les entreprises. Il n’y aurait plus que des cotisations-chômage !

27. Il faudrait juste les augmenter significativement parce qu’honnêtement, le RMI, c’est impossible de vivre avec sans frauder, voler de quoi bouffer, faire les poubelles et/ou squatter son logement.

28. D’ailleurs, c’est bien parce que le RMI est une misère que les gens préfèrent se gaver de somnifères ou d’antidépresseurs pour supporter leur boulot plutôt que le quitter.

39. Avec une allocation chômage conséquente, on pourrait donc prendre le temps de se demander ce qu’on veut faire et même, comble du rêve, faire ce qu’on veut, sans plus seulement le rêver !

30. Si les gens n’avaient plus peur de ne pas avoir de travail, ils ne se vautreraient pas en permanence dans la paresse. Ce n’est pas cela que les gens rêvent de faire. Ca, c’est ce qu’ils font quand on leur accorde quelques jours de vacances au milieu d’une année de labeur. Et plus ces moments sont rares, plus ils ressemblent à de la dépravation.

31. Il n’y a qu’à voir ces étudiants en médecine qui pour leur seule fête de l’année font tout pour atteindre le coma éthylique, ces cadres qui ont pour seule sexualité la fréquentation des prostituées ou ces PDG qui profitent de leurs voyages d’affaire en Asie pour sodomiser des enfants.

32. Si l’on avait vraiment la liberté de faire ce qu’on a envie, on aurait le temps de construire sa maison telle qu’on la veut, parce qu’on aurait eu le temps, auparavant, d’apprendre à mélanger du sable et de la chaux, d’empiler des pierres, de couper du bois, de brancher des fils électriques et de monter des robinets sur des canalisations d’eau.

33. On aurait le temps de faire des potagers pour se nourrir sans produit chimique et sans avoir besoin de millions de litres de pétrole pour transporter la nourriture. Au lieu d’une serre de production hors sol d’un seul légume, un potager offre le plaisir des couleurs, des odeurs, de la variété, de la vie qui se produit sous nos yeux.

34. On aurait le temps de faire du pain, de la bière et du vin, de la couture, de la soudure, de la peinture…

35. On aurait le temps d’étudier tel ou tel domaine, d’apprendre ce qu’on sait à d’autres ou d’apprendre de nouvelles choses. On aurait le temps d’écrire de la poésie, des contes ou de la philosophie, de faire de la musique…

36. Bref, on aurait le temps.

37. Et on n’aurait peut-être plus du tout envie de travailler et en même temps on aurait de moins en moins besoin de travailler.

38. C’est pour se donner une chance d’entrevoir une telle perspective que chaque occasion d’interrompre le cours du rouleau compresseur social doit être saisie.

39. Peu importe la revendication. On peut vouloir la révolution, le pouvoir ne cèdera toujours que le minimum. Plus on tiendra longtemps, plus le pouvoir cèdera beaucoup.

40. Il n’y a donc aucune raison de s’arrêter.

Mouvement pour les occupations, octobre 2007.

Mouvement pour les occupations