BROCHURES

La résistance aux expulsions - Australie 1929-1936
Lock out the landlords !

La résistance aux expulsions - Australie 1929-1936

Anonyme , Zanzara athée (première parution : 1997)

Mis en ligne le 17 novembre 2012

Thèmes : Squat, logement (19 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,5.6 Mo) (PDF,5.7 Mo) (PDF,1.3 Mo) (PDF,1.3 Mo) (PDF,5.6 Mo) (PDF,5.6 Mo)

Version papier disponible chez : Zanzara athée (Paris-banlieue)

Préface

La crise économique qui sévit en Europe et à travers le monde depuis quelques années donne lieu à une augmentation affolante des expulsions de logements. Que l’on soit squatteur/squatteuse, locataire ou même petit-e propriétaire, l’expulsion est une possibilité à envisager sérieusement. La question des moyens de s’organiser pour résister aux expulsions semble pouvoir concerner de plus en plus de monde, et derrière son aspect « défensif » peuvent se loger de bonnes raisons de se révolter et d’entrevoir des perspectives révolutionnaires.
On sait qu’en Espagne ou aux Etats-Unis, les procédures d’expulsion sont si nombreuses qu’elles ont inévitablement mené à diverses actions de lutte, dont les expressions les plus médiatiques se sont manifestées à travers le mouvement des indignad@s en Espagne et le mouvement Occupy aux Etats-Unis.

Puisque le monde entier se trouve sous le joug du capitalisme, dirigé par la propriété privée comme droit premier, il est logique que les expulsions de logements soient une pratique courante sur tous les continents de la planète. La guerre sociale qui oppose les exploité-e-s/ dominé-e-s aux possédant-e-s se manifeste à différents niveaux, avec comme élément déterminant l’épaisseur du porte-monnaie, ou disons, celle du compte en banque. La norme est à la course au fric pour pouvoir se loger, les petit-e-s propriétaires pour payer aux banques leurs crédits sur 30 ans et les locataires pour lâcher une grosse partie de leur salaire aux propriétaires. Quant aux squatteurs/squatteuses, ils/elles doivent toujours s’organiser pour éviter/repousser l’expulsion, la répression envers les squats se faisant plus serrée ces dernières années. Si se loger est une nécessité de base de la vie quotidienne, c’est surtout une source de stress permanent pour pratiquement tout le monde, notamment dans la période actuelle.

Rien que depuis deux ans, il est extrêmement compliqué de faire le décompte des révoltes relatives à des luttes autour de questions de logement et de propriété foncière. Citons quelques exemples dans divers pays : en septembre 2010 au Kenya, des émeutes se déclenchent contre une opération massive d’expulsion de logements. La police tue deux personnes lors des affrontements. Lors de ce même mois de septembre 2010, des émeutes éclatent pour les mêmes raisons en Colombie et en Afrique du sud. En octobre, idem à Amsterdam en défense des squats et aux Philippines contre l’expulsion d’un bidonville. Ça recommence ailleurs en Colombie, tandis qu’en Chine des villageois-es affrontent la police pour empêcher des saisies de terres. A Barcelone, la grève générale donne lieu à des manifs offensives ainsi qu’à des occupations de bâtiments pour organiser la lutte. En Grèce, bien sûr, des assemblées de quartier s’organisent sur les questions de logement et de nombreux squats anarchistes, toujours en lien avec les luttes qui se déroulent notamment à Athènes et Thessalonique, sont régulièrement attaqués par la police ou les fachos. En décembre 2010, à Buenos Aires, la police, puis des habitant-e-s d’un quartier, attaquent un parc squatté par des pauvres qui y vivent dans des tentes. Quatre squatteurs/squatteuses sont tué-e-s en quelques jours, conséquence d’une guerre entre pauvres qui se déroule souvent sur fond de racisme ordinaire. En janvier 2011, encore des affrontements aux Philippines pour empêcher une opération d’expulsion, même chose en Algérie, où les conflits sur les questions de logement sont permanents, les affrontements avec les forces de l’ordre presque une habitude quotidienne. On n’oubliera pas les révoltes du « printemps arabe » en 2011, période pendant laquelle de nombreux bâtiments ont été squattés, notamment en Lybie avant et pendant l’insurrection. En février, des manifs tournent à l’émeute à Berlin contre l’expulsion d’un des derniers grands squats de la ville. Même chose à Freiburg-im-Breisgau en août, ou à Bilbao en septembre. Et aussi en Angleterre, en octobre, lors de l’expulsion du plus grand campement « illégal » de Grande Bretagne. Depuis début 2012, des luttes très dures sont menées au Népal et en Inde contre des opérations d’expulsion. En janvier au Brésil, les 9 000 occupant-e-s de Pinheirinho sont violemment expulsé-e-s. En avril, c’est à Cayenne et à Ankara qu’une résistance organisée accueille les bulldozers et les flics. Même chose au Vietnam et au Cambodge en mai, au Paraguay, au Pérou, à Haïti, en Espagne et en Chine en juin. Entre début juillet et fin septembre, des barricades et/ou émeutes accueillent des opérations d’expulsion en Algérie, en Italie, en Colombie, en Tunisie et à nouveau en Chine et au Pérou, et ce mois d’octobre 2012 est dans la continuité avec des émeutes qui éclatent pour s’opposer à des expulsions au Maroc, aux Philippines, en Colombie, etc. On peut aussi évoquer la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, où de nombreux/nombreuses habitant-e-s sont en pleine résistance active face aux opérations d’expulsion, qu’ils/elles soient squatteurs/squatteuses, locataires ou propriétaires. Ces exemples sont loin d’être exhaustifs [1], ce ne sont là que quelques-unes des manifestations marquantes de luttes contre la propriété privée (y compris la dite « propriété publique » qui n’est autre que la propriété d’Etat), ce droit d’accumuler les richesses et d’écraser les pauvres.
Et si l’Océanie semble le continent le moins touché par ces problèmes d’expulsion, il ne faut pas se leurrer : là-bas comme ailleurs, les riches peuvent vivre à la cool tandis que les plus pauvres vivent dans des conditions de merde, en particulier les populations aborigènes, qui subissent une forme d’apartheid à la sauce social-démocrate.

En tout cas, cette traduction de l’anglais d’une brochure publiée initialement en Australie est l’occasion de montrer qu’avec un peu d’organisation et de détermination il y a souvent moyen de faire reculer le pouvoir, et de faire face dans un rapport de force de toute façon inhérent à la guerre de classe. Cela s’inscrit dans l’histoire des luttes sur les questions de logement et de propriété et fait écho à des formes de lutte comparables, comme actuellement en Espagne ou en Italie [2].
Cette brochure dresse une chronologie non-exhaustive de multiples moyens employés pour résister aux nombreuses expulsions qui ont sévi à travers l’Australie suite à la crise économique de 1929. On pourra regretter le manque de détails sur l’organisation des luttes, les difficultés à comprendre le degré d’auto-organisation ou de canalisation par le Parti communiste australien, mais il y a sûrement moyen de trouver là de l’inspiration pour les luttes contemporaines...
De la même manière que tant que la propriété privée fera sa loi il y aura des squats qui ouvriront, tant qu’il y aura des expulsions il y aura des gens pour y résister. Leurs lois ne sont pas les nôtres, les droits qu’on nous accorde servent avant tout à réguler et limiter les luttes desquelles ils découlent. Pour qu’il n’y ait plus d’expulsions, finissons-en avec la propriété privée.

Zanzara athée, octobre 2012

La résistance aux expulsions en Australie, 1929-1936

La Grande Dépression (qui commence avec la crise économique de 1929) a fait monter en flèche le nombre d’expulsions de logements, en Australie comme ailleurs. A l’époque, dans les quartiers populaires comme Newtown et Richmond à Melbourne ou Redfern à Sydney, presque toutes les familles étaient touchées par ces expulsions, directement ou indirectement. Rien qu’entre le 31 décembre 1934 et le 30 septembre 1935, 6 484 ordres d’expulsion sont sortis des tribunaux de Sydney. Pratiquement aucun quartier, aucune ville, aucune banlieue d’Australie n’étaient épargnés par ces expulsions.

Contre les expulsions, les chômeurs/chômeuses se sont souvent organisé-e-s avec l’Unemployed Workers Movement (UWM, Mouvement des travailleurs/travailleuses sans emploi). Dominé par les communistes, mais pas complètement contrôlé par eux, l’UWM menait des luttes pour l’augmentation des allocations de chômage (dole) et contre le harcèlement et le contrôle social des services sociaux. Leur position de départ était que les chômeurs/chômeuses n’ont.pas à être rendus responsables de leur situation et ne devraient pas en pâtir. Pour atteindre leurs buts, ils organisaient des manifs, des délégations [3], des soupes populaires, des « grèves de chômeurs/chômeuses » et des occupations. Un nombre important de membres de l’UWM ont passé du temps en prison suite à leurs actions.

L’UWM a aussi aidé à fonder les Anti-Eviction Committees (AECs, Comités Anti-Expulsions), lesquels luttaient pour que les chômeurs/chômeuses soient dispensés de payer un loyer. Ces groupes utilisaient différentes stratégies contre les huissiers, les propriétaires, les entreprises financières et ceux qui en général faisaient chier les chômeurs/chômeuses. Les comités abordaient les gens menacés d’expulsion et leurs proposaient de mettre en place des piquets devant chez eux [4], de les aider si besoin pour la nourriture, la garde des enfants, le déménagement, etc. Alors, ils rendaient généralement visite au propriétaire ou à l’agence immobilière pour les prévenir qu’il n’y aurait pas d’expulsion sans résistance. Des délégations pouvaient également s’inviter aux conseils municipaux ou autres bureaux gouvernementaux pour essayer de les forcer à fournir une aide matérielle aux personnes sans abri. Parfois, avec ou sans les personnes menacées d’expulsion [5], les picketers [6] pouvaient occuper la maison et la barricader. D’autres fois, par vengeance, pour faire chier le propriétaire, ils pouvaient détruire la maison expulsée... Durant les années 1930, la résistance a aussi pris place dans les tribunaux, de plus en plus de locataires expulsables faisant appel des décisions de justice, ralentissant les procédures... Et alors que les AECs se focalisaient toujours plus sur l’idée de fournir une aide légale, voire une représentation légale, aux personnes menacées d’expulsion, d’autres formes de résistance étaient demandées.

Dans les campagnes, des milliers de fermier-e-s ont vu leurs terrains mis aux enchères au profit des banques auprès desquelles ils étaient endettés (mortgage/hypothèque). Tandis que la plupart d’entre eux refusaient d’employer des tactiques radicales de résistance (résultat, ils ont dû abandonner leurs terrains), quelques-uns se sont décidé à riposter. Un bon nombre d’enchères ont dès lors été perturbées, des groupes de fermier-e-s se sont mobilisés pour empêcher quiconque d’y participer. Malheureusement, la résistance rurale aux expulsions est restée une chose relativement rare.

La chronologie qui suit liste seulement un petit nombre d’actions parmi les centaines (si ce n’est les milliers) qui se sont déroulées à travers l’Australie pendant la Grande Dépression. Les infos présentées ici ont en grande partie été prises dans les archives du Workers Weekly (L’Hebdomadaire des Travailleurs/travailleuses), le journal du Parti communiste d’Australie (CPA, Communist Party of Australia). Le début des années 1930 a vu le CPA dans sa période la plus authentiquement militante, avec ses activistes et ses documents encourageant à la résistance autant que possible. Mais à partir du milieu des années 1930, le Parti a opté pour une stratégie de « front populaire » et a commencé à courtiser les classes moyennes, à quémander le soutien des syndicats, en modérant aussi bien ses postures que ses actions. Résultat, les informations sur les luttes contre les expulsions se font de plus en plus rares dans le Workers Weekly et finissent même par disparaître aux alentours de 1936, alors que la résistance aux expulsions a continué activement au moins jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Le sexisme présent au sein du CPA signifie aussi que la plupart des comptes-rendus d’actions de résistance invisibilisent totalement l’implication des femmes, affirmant ou sous-entendant que seuls des hommes y participaient.

Malgré ses limites, cette liste d’actions nous éclaire sur les combats menés quotidiennement à l’époque. Liés à l’effondrement économique qui alors toucha entre autres l’Australie, cette liste montre que l’action auto-organisée peut avoir un impact réel sur le monde.

9 juillet 1929, Adelaide
Un millier de chômeurs/chômeuses se rassemble pour empêcher l’expulsion d’une famille dont le père est au moment même sorti chercher du travail. Le seul policier présent avait déjà tué le chien de la famille (un terrier) en « auto-défense ». Il a ensuite menacé la foule avec son revolver. Pour autant, personne ne bouge, même quand des renforts de police arrivent. Le propriétaire accepte finalement de laisser la famille dans la maison, jusqu’à ce qu’ils puissent trouver une autre maison.

Octobre 1929, Sydney
Un secrétaire du Labor Party (Parti du Travail, actuellement à la tête de l’Etat en Australie, équivalent politique du Parti socialiste en France), F.F. Ward, engage de nombreuses poursuites judiciaires dans le but d’expulser des chômeurs/chômeuses de plusieurs de ses propriétés dans la région de Sydney. Malgré les piquets qui se tiennent jour et nuit, des flics, soldats et huissiers/intendants (bailiffs) finissent par les mettre dehors.

10 décembre 1929, Adelaide
Des chômeurs/chômeuses résistent en vain à une expulsion par la police. L’un-e d’entre eux est gravement blessé-e par la police.

Avril 1930, Perth
Dans une maison du centre-ville, 200 chômeurs/chômeuses déplacent des fournitures (meubles, etc.) qui allaient être saisies par des huissiers pour cause d’endettement. Selon le journal West Australian, « l’opération entière de déménagement n’a pris que dix minutes et a été effectuée dans un silence tel que même les voisins ne se sont aperçu de rien ».

28 mai 1930, Sydney
Un nombre important de chômeurs/chômeuses sont confronté-e-s au propriétaire et à la police devant une maison de Madeira street, à Surrey Hills. Les flics finissent par passer, entrent dans la maison et arrêtent deux membres de l’Unemployed Workers Movement (UWM).

Juin 1930, Sydney
Le révérend S.W. McKibbin, de la Sydney Central Methodist Mission (de l’église protestante méthodiste), tombe lors de son train-train quotidien sur une femme en train de se prendre la tête avec des huissiers/intendants et des marchands de produits d’occasion. Lorsque les quatre hommes bougent pour la sortir de chez elle, McKibbin s’interpose et menace de « sonner tout homme qui essaierait d’entrer » (« Dong any man who tries to enter »). L’huissier/intendant menace en vain de l’arrêter sur le champ, puis les quatre hommes décident finalement de quitter les lieux sans avoir effectué d’expulsion.

Juillet 1930, Sydney
Dans le quartier de Clovelly, un groupe d’hommes défonce une maison d’où une famille venait juste d’être expulsée. Plus tard, 21 militants de l’UWM, bien connus de la police, sont condamnés par un tribunal pour ces faits à des peines allant jusqu’à huit mois de prison (alors que certains n’étaient pas sur place lorsque cela s’est passé).

8 août 1930, Brisbane
Des travailleurs itinérants au chômage qui campent à Davis Park repoussent plusieurs nuits durant des attaques de flics et de vigiles.

15 août 1930, Sydney
Après n’avoir pas réussi à empêcher une expulsion, des membres de l’UWM forcent le gouvernement local à reloger la famille expulsée.

Septembre 1930, Australie
Des sections de l’UWM commencent à s’organiser officiellement pour créer des groupes dont le but sera d’empêcher les expulsions de logements. Des meetings se tiennent à ce propos dans tout le pays.

Septembre 1930, Perth
Selon le journal West Australian, d’importants groupés, dirigés par les Comités Anti-Expulsions (AECs), ont défilé dans Victoria Park et dans le quartier de Fremantle, pour intimider les huissiers/intendants quant à leurs « devoirs »...

12 janvier 1931, Western Australia
La conférence de la Wheatgrowers’ Union of Western Australia (WUWA, Union des producteurs de blé d’Australie de l’Ouest) décide de blacklister les commerçants locaux et banques qui harcèlent et expulsent les fermier-e-s en difficulté.

4 février 1931, Melbourne
600 personnes manifestent jusque devant la maison d’un chômeur, sur Larnoo Avenue, dans le quartier de West Brunswick, pour stopper les huissiers/intendants dans leur intention de prendre possession de ses biens matériels pour couvrir ses dettes. La plupart des huissiers/intendants décident alors de dégager. Cependant, l’usurier et l’huissier/intendant principal refusent de partir. Ils sont alors repoussés de force et tabassés. Dans la foulée, la police arrive en force et arrête une personne, mais les flics se font encercler par les manifestant-e-s et doivent relâcher la personne arrêtée. Pendant les échauffourées, le véhicule de l’usurier est défoncé.

20 février 1931, Sydney
Des chômeurs/chômeuses envahissent le conseil municipal du quartier de Glebe et exigent tout un tas de revendications concernant les questions de logement. Ils sont expulsés manu militari par des flics et des conseillers municipaux du Labor Party.

Mars 1931, Sydney
L’AEC de Surrey Hills entame une espèce de guerre contre la Permanent Trustee Company (compagnie financière australienne) qui est impliquée dans la procédure d’expulsion de la maison d’un travailleur grec, située au n°3 de Chapel street dans le quartier de Woolloomooloo. Deux tentatives d’expulsion de cette maison par la police sont mises en échec.

Mars 1931, Narrogin (Western Australia)
Des fermier-e-s parviennent à empêcher la tenue d’une vente aux enchères d’objets appartenant à un fermier désargenté. Le succès de cette action incite des représentants de la WUWA à encourager un maximum de fermier-e-s à s’organiser pour faire le même genre d’actions.

6 mars 1931, Brisbane
Une femme, seule depuis la mort de son mari, est forcée de renoncer à son piano pour maintenir son hypothèque. Les requins du prêt (loan sharks) essayent un peu plus tard de lui prendre tout ce qui lui appartient, mais ceux-ci sont mis en échec par des membres de l’UWM qui font fuir leurs hommes de main et déménagent les biens matériels de cette femme en lieu sûr.

7 mars 1931, Moornaming (Western Australia)
Une vente aux enchères des biens d’une ferme en faillite est annulée par l’intervention de fermier-e-s solidaires.

12 mars 1931, Melbourne
Dans le quartier de Footscray, des syndicalistes se rassemblent et font un piquet devant une maison où un vieil homme est expulsable. La police frappe dans le tas : trois personnes perdent connaissance et douze autres sont sévèrement blessées à la tête. Le lendemain, 300 personnes manifestent jusqu’à la gare de Footscray, où ils repoussent la police, prennent le train gratuitement jusqu’au centre-ville et rejoignent une grande manifestation anti-expulsions.

13 mars 1931, Sydney
Une expulsion est empêchée sur Donelly street, dans le quartier de Balmain. Mais peu après la fin des altercations, les locataires sont agacé-e-s et décident de quitter leur maison malgré tout.

1er avril 1931, Melbourne
L’UWM du quartier de Richmond empêche cinq policiers d’entrer dans une maison expulsable. Tandis que les policiers sont retenus, un huissier est repéré dans une cabine téléphonique. Après avoir été attaqué, celui-ci s’enfuit et se cache dans un magasin, où dix-huit flics finiront par le « sauver ».

16 avril 1931, Sydney
Une centaine de personnes mettent en place un piquet devant une maison expulsable, dans le quartier de Wallsend, menant à l’annulation de l’ordre d’expulsion.

24 avril 1931, Melbourne
La Commercial Banking company (Compagnie de banque commerciale) obtient du tribunal un ordre d’expulsion visant une famille dans le quartier de Brunswick, mais quand l’huissier/intendant arrive pour expulser, il se trouve face à une centaine de personnes qui l’agressent et le font dégager. La foule emporte alors les meubles de la famille expulsable et défilent jusque devant la mairie de Brunswick, où par provocation ils posent les meubles... Ils retournent alors jusqu’à la maison expulsable, démolissent le portail d’entrée, défoncent toutes les vitres, les portes et les cheminées avant de détruire la tuyauterie et d’inonder la maison [7].

30 avril 1931, Sydney
L’expulsion, « pour des raisons sanitaires », d’un campement de plus de 80 chômeurs est mise en échec par une forte mobilisation militante. Juste après, de nombreuses personnes se dirigent vers une maison expulsée, y mettent en place un piquet, une veuve et son fils de 14 ans se réinstallent dès lors dans leur maison.

Avril 1931, Sydney
Une série d’expulsions sont contestées par des chômeurs/chômeuses. Une maison, située au 81 Booth street, dans le quartier d’Annandale, est occupée collectivement, dans le but d’empêcher son expulsion. Dans le quartier de Balmain, deux expulsions sont retardées physiquement puis les décisions de justice annulées. Dans le quartier de Bondi, une banderole est accrochée sur une maison expulsable, des messages sont écrits à la craie dans plusieurs rues alentour. Dans le quartier de Granville, une maison située au 41 Richie street voit son propriétaire annuler la procédure d’expulsion suite à quelques pressions subies dans son bureau... Apprenant la nouvelle d’une autre possible expulsion, des membres de l’UWM tentent de faire sortir le propriétaire de son lit en pleine nuit, mais sont chassés par sa fille qui brandit un fusil en leur direction. Plus tard, il mettent en échec l’expulsion après avoir fait durer un piquet devant la maison expulsable pendant une quinzaine de jours.

Avril 1931, Belka (Western Australia)
Lors d’une vente aux enchères, des hommes retirent leur chapeau, comme pendant des funérailles, à chaque fois qu’un objet est mis en vente. A force de pressions de la part de fermier-e-s, pratiquement aucune enchère n’aboutit. Dehors, des membres de la WUWA retirent les roues d’un wagon et les jettent dans l’eau d’un barrage de retenue, empêchant une repossession immédiate des biens vendus.

1er mai 1931, Melbourne
Après deux jours de piquets anti-expulsion, l’UWM force Fred Symonds, propriétaire d’une soixantaine de maisons rien que dans le quartier de Collingwood, à payer cher ses locataires pour que ceux-ci acceptent de déménager... Le même jour, toujours à Collingwood, une expulsion a lieu au 463 Victoria street, après que les picketers aient été repoussés par la police.

1er mai 1931, Sydney
Dans le quartier de Lakemba, l’UWM rassemble 60 personnes pour résister à une expulsion bien que beaucoup de gens soient partis à la manif du 1er mai. Six policiers arrivent et leur ordonnent de dégager, les informant que d’autres policiers arrivent d’un instant à l’autre. En réponse, il est annoncé aux flics que pour une personne blessée, il y aurait en retour deux flics blessés. La famille expulsable comportant deux soldats de retour d’affectation, elle obtient le soutien d’une organisation d’anciens combattants : un millier d’anciens soldats arrivent sur place pour soutenir la famille. Des commerçants du quartier apportent de la nourriture et le propriétaire consent à laisser un délais supplémentaire à la famille (au moins une quinzaine de jours) [8].

15 mai 1931, Sydney
Un petit commerçant d’Oxford street, dans le quartier de Paddington, voit son magasin mis en vente par Russell Garvin Ltd. Une délégation de l’AEC local se rend dans les bureaux de Russell Garvin Ltd. et les persuade d’annuler la vente du magasin.

19 mai 1931, Melbourne
Dans le quartier de Collingwood, environ 250 personnes prennent d’assaut une petite maison dont une famille avait été expulsée. Ils défoncent la maison, s’emparent des meubles et les déversent devant la mairie.

22 mai 1931, Sydney
Dans le quartier de Lakemba, des piquets doublés de l’occupation collective d’une maison permettent de repousser une expulsion. L’habitant-e est dès lors autorisé à rester dans sa maison sans avoir à payer de loyer tant qu’il/elle n’aura pas trouvé de travail. A la suite de cette victoire, une grande fête est organisée sur la pelouse.

22 mai 1931, Melbourne
Un huissier/intendant tente d’expulser une maison sur Grant street, South Melbourne. Il se retrouve face à plus de 1 000 picketers. Il accepte donc de renoncer à l’expulsion.

29 mai 1931, Sydney
Devant un piquet tenu sur Ivy street dans le quartier de Newtown, les picketers s’affrontent aux fascistes de la New Guard.

30 mai 1931, Sydney
Dans le quartier de Redfern, une quasi-éméute éclate lorsque la police essaye d’expulser la famille McNamara de leur maison, située sur Douglas street. L’UWM avait mis en place un piquet devant la maison, cadenassé la porte d’entrée et hissé un drapeau rouge sur la véranda. Quand les policiers arrivent, ils défoncent tout sur leur passage : ils brisent le cadenas à coups de masse, enfoncent la porte d’entrée et les barricades qui protègent la maison. A l’intérieur, les policiers se voient confrontés aux occupant-e-s, armé-e-s de pioches et d’autres outils peu accueillants... Une foule se rassemble à l’extérieur pour empêcher des arrestations mais sont tenu-e-s à distance par les revolvers des flics.

6 juin 1931, Sydney
Sur Douglas street, Redfern, des membres de l’UWM sont dupés par des conseillers municipaux du Labor Party qui leur affirment qu’une expulsion est reportée : quand les picketers partent en laissant un piquet squelettique, celui-ci se voit attaqué par la police, qui sortent les flingues et tabassent tout le monde. Des renforts de picketers arrivent, mais il est trop tard pour empêcher l’expulsion et aider les personnes arrêtées.

12 juin 1931, Sydney
La police, aidée de gros-bras soudoyés, attaque un piquet sur Stirling street, dans le quartier de Leichhardt.

17 juin 1931, Sydney
C’est dans un bungalow appelé l’Auld Reekie, situé sur Brancourt avenue, à Bankstown, qu’a lieu l’une des plus sanglantes expulsions de la période de la Grande Dépression. Des membres de l’UWM et les locataires, la famille Parsons, barricadent la petite maison avec des sacs de sable et du fil barbelé. Armé-e-s de haches, de barres de fer, de fourches et d’autres outils offensifs, ils occupent ensemble la maison. La veille du jour officiel de l’ordre d’expulsion, tôt le matin, une quarantaine de policiers encerclent la maison et sont accueillis par des jets de pierres. Une dizaine d’entre eux sont blessés, dont un certain inspecteur White, qui souffre d’une fracture du crâne. Survoltée, la police ouvre le feu, touchant Oven Kendall à la tête et Alexander Eatock à la cuisse. La police force alors le passage jusqu’à la maison, tabassant et arrêtant les occupant-e-s. Un des inculpés, John Bowles (qui a connu la bataille de Gallipoli pendant la Première Guerre mondiale), a décrit la violence de l’attaque policière comme un des pires moments de sa vie. Plus tard, le procès voit seize hommes déclarés coupables d’avoir « volontairement résisté à la police ». Quatorze d’entre eux sont condamnés à un an de prison. Andrew Eatock, pour les mêmes faits, prend dix-huit mois de prison, simplement parce qu’il est un Aborigène. Son frère Noël sera plus tard condamné à la peine la plus lourde jamais obtenue pour « participation à une émeute », en l’occurrence l’émeute des chômeurs/chômeuses de Glebe. Il est apparu par la suite de cette terrible expulsion que le propriétaire avait subi des pressions l’incitant à tout mettre en oeuvre pour que l’expulsion ait lieu. Des pressions venant aussi bien de la police que d’agents immobiliers qui craignaient que le succès de cette résistance active n’encourage d’autres à faire de même. Les mois qui ont suivi les condamnations des seize hommes, de nombreuses mobilisations se sont déroulées à travers l’Australie pour exiger la libération des prisonniers.

19 juin 1931, Brisbane
Sept travailleurs sont arrêtés alors qu’ils résistent à une expulsion.

20 juin 1931, Sydney
A la suite d’une expulsion mouvementée sur Ramsgate avenue, dans le quartier de Bondi, une femme reste devant la maison avec tous ses meubles, refusant de partir tant qu’on ne lui aura pas trouvé un relogement.

24 juin 1931, Broken Hill (New South Wales)
Plus de 1 000 personnes se rassemblent sur la place de la mairie de Broken Hill et manifestent jusque devant une maison menacée d’expulsion. La maison est déjà barricadée pour résister à une éventuelle expulsion. Une fois la foule dispersée, la police arrive, mais le petit groupe de personnes restées sur place suffit à mettre la pression sur le propriétaire pour que celui-ci suspende la procédure d’expulsion.

Juin 1931, Methul (New South Wales)
200 fermier-e-s se pointent à une vente aux enchères et empêchent la vente d’une propriété en menaçant tout acheteur potentiel de représailles...

Juin 1931, Sydney
Selon le Workers Weekly, on décompte plus de 70 « victoires » anti-expulsions rien que sur Sydney ces derniers mois.

3 juillet 1931, Brisbane
Des membres de l’UWM qui occupaient une maison sur Isaac street, à Spring Hill, sont matraqués et expulsés par la police.

3 juillet 1931, Erigolia (New South Wales)
Plus de 100 fermier-e-s mettent en place un piquet devant une ferme expulsable et chasse le créancier lorsque celui-ci arrive sur place.

16 juillet 1931, Melbourne
Située au 16 Withers street, la maison du président de l’UWM du quartier d’Albert Park est menacée d’expulsion. Quand les flics arrivent, de nombreux picketers les accueillent, permettant de suspendre l’ordre d’expulsion. L’agence immobilière responsable de la propriété en question, Richard Young & Co., voit ses murs tagués à la craie avec des slogans comme « Roi de l’expulsion » ou « Cette agence jette des chômeuses et des enfants à la rue ».

18 juillet 1931, Melbourne
Dans le quartier de Collingwood, 300 personnes se rassemblent devant une maison au croisement d’Alexander parade et de Forest street, pour empêcher l’expulsion d’une femme et de ses enfants. Bien que cette femme se résigne à partir vers une autre maison, les personnes venues la soutenir l’encouragent à rester dans sa maison, avec l’argument principal que le relogement qui lui a été proposé ne convient pas pour une femme et plusieurs enfants.

Juillet 1931, Australie
Selon le Workers Weekly, plus de 200 expulsions ont été empêchées sur le territoire australien ces huit derniers mois.

12 août 1931, Melbourne
Dans le quartier de Fitzroy, environ un millier d’habitant-e-s se rassemblent pour protester contre un nombre important d’expulsions à venir sur Hanover street. Le sergent Murphy, de la police de Fitzroy, arrive accompagné d’un huissier/intendant dans un camion de déménagement. Une partie de la foule se dirige vers le camion, lorsqu’une trentaine de policiers en sortent par surprise, matraquant la foule. Une maison est alors expulsée par la police en armes, qui stationne quelques temps devant pour empêcher qu’elle soit brûlée en représailles.

21 août 1931, Kurri Kurri (New South Wales)
Lors d’un grand meeting, un propriétaire patron de mines est menacé de grèves si les expulsions continuent.

28 août 1931, Brisbane
L’UWM lance la campagne « No Rent » (Pas de loyer), exigeant que les chômeurs/chômeuses n’aient pas de loyer à payer. Cette campagne se diffuse dans le reste du pays dans les mois suivants.

4 septembre 1931, Sydney
Un tribunal acquitte deux membres de l’UWM de l’accusation de « destruction criminelle de propriété » dans le quartier de Glebe pendant une campagne anti-expulsion.

Septembre 1931, Melbourne
Un nombre important de chômeurs/chômeuses se font expulser régulièrement des wagons vides de la gare de Jolimont. Diverses manifs et actions poussent le gouvernement fédéral à intégrer des sans-abri au camp militaire de Broadmeadows. Mais la discipline militaire y étant ce qu’elle est, la plupart des sans-abri quittent le camp et squattent une rangée de maisons dans le quartier de Brunswick. Le propriétaire de ces maisons est quelques temps plus tard forcé de les leur louer à bas prix. Ces maisons deviennent une importante base de lutte, contre les expulsions mais pas seulement.

Novembre 1931, Sydney
La « bataille de Cuthbert road » voit s’opposer des habitant-e-s (dont de nombreux chômeurs/chômeuses) aux forces de l’ordre (dont la police à cheval) alors que la police tentait d’exécuter un ordre d’expulsion.

Décembre 1931, Launceston (Tasmanie)
Plusieurs chômeurs/chômeuses se retrouvent avec un ordre d’expulsion à leur encontre et doivent quitter leur logement avant Noël. Après des expulsions par la police, des manifestations anti-expulsions ont lieu, transportant des meubles de personnes expulsées dans des lieux sûrs ou, par provocation, en face de la mairie. Une manif s’arrête devant les bureaux d’un propriétaire, où il est pris à partie par la foule. Une autre fois, un rassemblement de 2 000 personnes a lieu devant la mairie, deux hommes expulsés sont relogés suite aux pressions faites sur la mairie et la police. Quand les deux hommes sont expulsés à nouveau quelques jours plus tard, une délégation se rend à nouveau à la mairie pour engueuler le responsable du logement. Celui-ci essaye de se faire la malle en douce, mais quand il franchit la porte de sortie, il reçoit une miche de pain dur en pleine tête. Sonné et encerclé, il se résigne à trouver un nouveau logement pour les deux expulsés.

Janvier 1932, Sydney
L’UWM commence à représenter au tribunal des gens menacés d’expulsion, sur des bases régulières et organisées. De plus en plus d’avis d’expulsion sont contestés.

5 février 1932, Ballarat (Victoria)
Un campement d’hommes célibataires est installé par l’UWM après que différents campements improvisés aient été expulsés. Un peu plus tard, une maison vide est squattée au 162 Main road, pour héberger une trentaine de personnes.

Février 1932, Melbourne
Des agents immobiliers de Port Melbourne Real Estate décident d’expulser un soldat qui est de retour d’affectation. Sur Princess street, là où est située sa maison, des membres de l’United Council of the Unemployed (UCU, Conseil uni des chômeurs/chômeuses) bloquent leur arrivée. Entre le 5 et le 15 février, période pendant laquelle la maison est suceptible d’être expulsée, des centaines de picketers se relaient pour garder la maison. Ces jours-là, des voisin-e-s leur apportent à manger quotidiennement. Cela tient jusqu’au jour où l’avis d’expulsion est périmé, mais un des agents immobiliers jure qu’il recommencera une procédure d’expulsion. L’UCU lance alors dans le quartier une campagne « No Rent » (Pas de loyer) en tractant un maximum de locataires lié-e-s à cette agence immobilière.
Dans le quartier de South Melbourne, sur Cobden street, le propriétaire H.C. Barett expulse une famille d’une petite maison. Par vengeance immédiate, 400 personnes se dirigent vers la maison vide et y détruisent toutes les fenêtres et décorations. Trois jours plus tard, la maison est incendiée. Via un tract qui leur est adressé, l’AEC local prévient les agences immobilières du quartier qu’une « action unitaire » suivra toute future tentative d’expulsion. Dans ce tract, on peut lire notamment que « tout sera fait pour empêcher que des crimes brutaux soient commis contre notre classe ».
Le 26 février, trois expulsions sont empêchées dans les quartiers de Preston et de Northcote. Quand la police mettait les meubles des personnes expulsées dans la rue, des personnes solidaires prenaient ces meubles pour les remettre à l’intérieur de la maison expulsée. A la suite de quoi, des échauffourées éclataient, les flics sortant leurs flingues, mais décidant à chaque fois de rebrousser chemin face à la colère des gens. Toutes les expulsions prévues ce jour-là ont été annulées.

8 mars 1932, Melbourne
Suite à l’expulsion d’une femme et de ses trois enfants sur Carlisle street, une foule grandissante se rassemble. Au même moment, la police bloque Hotham street pour expulser une autre maison... Des meubles de personnes expulsées sont déposés en vrac devant la mairie. Après quelques coups de pression, le maire s’engage à reloger une des familles expulsées. Le lendemain, un rassemblement d’environ 300 personnes est attaqué et dispersé par la police.

25 mars 1932, Newcastle (New South Wales)
Dans le quartier de Wickham, une veuve et sa fille reçoivent un avis d’expulsion, mais 300 picketers (dont un bon nombre de femmes) les rejoignent pour occuper la maison avec elles. L’inspecteur de police Toohey arrive sur place et se voit refuser l’entrée de la maison...

Avril 1932, Launceston (Tasmanie)
La police, qui surveillait les allées et venues d’une famille expulsable, profite de la sortie en ville du père qui cherchait du travail pour expulser les enfants et leur mère. Un peu plus tard, la famille est relogée dans une maison vide.
L’UWM donne un coup de main à une autre famille pour réoccuper la maison dont elle a été expulsée. L’UWM de Launceston déclare lancer une nouvelle politique de réquisition de maisons vides pour les sans-abri.

Avril 1932, Sydney
Lors de combats judiciaires, l’UWM a empêché 46 expulsions rien qu’au mois d’avril. Toutefois, les propriétaires ont dès lors changé leurs tactiques judiciaires pour accélérer les procédures d’expulsion...

Avril-mai 1932, Launceston (Tasmanie)
La police expulse plusieurs maisons squattées et un certain nombre de ses occupant-e-s sont inculpé-e-s pour « possession illégale », sans aucune condamnation au final.
L’UWM monte une importante campagne de mobilisation autour de l’expulsion d’une maison. Un piquet est mis en place devant la maison, le quartier est tagué à la craie et placardé d’affiches, une foule nombreuse est souvent là quand la police se pointe. Un drapeau rouge est hissé sur le toit de la maison le jour de l’ANZAC [9]. L’expulsion est empêchée durant de longues semaines.

Mai 1932, Sydney
Un piquet anti-expulsion mis en place dans le quartier de Surrey Hills tient la police à l’écart pendant des semaines.
Le 13 mai, plusieurs centaines de personnes s’opposent activement à une expulsion par la police de la maison située au 81 Goodlet street, dans le quartier de Surrey Hills également. La police donne la garantie qu’il n’y aurait finalement pas d’expulsion tant qu’un relogement ne serait pas trouver pour les occupant-e-s. Ne se fiant pas aux promesses des flics, l’UWM continue de maintenir un piquet de solidarité.

20 mai 1932, Wollongong (New South Wales)
Malgré la résistance acharnée des occupants, plusieurs campements de chômeurs/chômeuses sont expulsés par la police, aidée par des vigiles.

14 juin 1932, Newcastle (New South Wales)
Dans le quartier de Tighes Hill, l’AEC de Newcastle met en place un piquet devant la maison du 30 Clara street. Une soixantaine de flics arrivent pour expulser la maison mais se voient confrontés à plus de 800 personnes, dont un noyau dur de 200 picketers. Les flics frappent dans le tas malgré tout : Dix-sept manifestant-e-s sont blessé-e-s, dont trois avec une fracture du crâne. Deux flics souffrent de commotion cérébrale. Trente hommes sont inculpés pour violences à agent, mais aucun d’entre eux n’est condamné.

19 juin 1932, Sydney
La police encercle un bâtiment barricadé au 143 Union street, dans le quartier de Newtown. Des chômeurs/chômeuses occupent les lieux, protégés par des sacs de sable et du fil barbelé, avec l’intention d’empêcher l’expulsion. Quand la police essaye de pénétrer dans le bâtiment, les 18 occupant-e-s caillassent la quarantaine de flics avec des pierres et des briques de plus d’un kilo. La police armée ouvre alors le feu, certains flics couvrant leurs collègues qui entrent peu à peu dans les lieux. Une fois à l’intérieur, les coups de feu continuent, tou-te-s les occupant-e-s sont tabassé-e-s, certain-e-s perdent connaissance. Un homme est touché par balle, deux autres sont hospitalisés avec une fracture du crâne. Le Sydney Morning Herald décrit la pièce où les occupant-e-s étaient barricadé-e-s comme étant « complètement inondée de sang ».Quinze flics sont blessés et lorsqu’ils quittent la maison expulsée sont hués par la foule rassemblée sur place. Parmi la foule, un homme relativement âgé est atteint d’une crise cardiaque pendant un moment d’excitation collective et en meurt dans les heures qui suivent. Tou-te-s les occupant-e-s arrêté-e-s sont inculpé-e-s sous la juridiction archaïque des Common Laws (Lois communes), des manifs et des rassemblements sont organisés à travers toute l’Australie pour l’abandon des poursuites.

8 juillet 1932, Cairns (Queensland)
Deux mois après qu’on leur ait promis un logement, sans résultat, une centaine de chômeurs/chômeuses squattent le parc des expositions. Plusieurs tentatives d’expulsion sont déjouées. Finalement, la police réussit à les expulser, avec l’aide de près de 2 000 habitant-e-s et fermier-e-s à qui l’on a dit que le salon de l’agriculture pourrait être annulé à cause des squatters... De féroces affrontements s’ensuivent, les chômeurs/chômeuses sont frappé-e-s et pourchassé-e-s dans les rues de Cairns.

22 juillet 1932, Sydney
La mairie de Granville (banlieue ouest de Sydney) est forcée par des membres de l’UWM à autoriser entre ses murs une réunion publique contre les expulsions de logements. La réunion publique focalise notamment sur la récente expulsion d’une famille par 80 policiers.

Juillet 1932, Wollongong (New South Wales)
Des membres de l’UWM font échouer des ventes aux enchères de maisons que des chômeurs/chômeuses ont perdu au bénéfice de banques. La technique ? Surenchérir systématiquement, puis attendre que la foule se disperse et finalement déclarer qu’ils n’ont pas l’argent pour payer.

Septembre 1932, Sydney
Dans les quartiers de Glebe et de Paddington, des avocat-e-s proches de l’UWM réussissent à faire annuler plusieurs ordres d’expulsion.
Les hommes arrêtés pendant les émeutes de Bankstown sont temporairement libérés sous caution lors de leur procès en appel. Mais peu de temps après, ils perdent leur appel et sont renvoyés en prison.

29 novembre 1932, Melbourne
Dans le quartier de Coburg, sur Little Gold street, une famille est expulsée d’une maison par l’huissier/intendant Williams. Un meeting qui se tient dans la soirée qui suit rassemble environ 350 personnes qui réoccupent la maison expulsée et y réinstalle son mobilier.

20 janvier 1933, Melbourne
Après avoir expulsé une famille dans le quartier de Preston, M. Zwar, membre de la State Legislative Assembly (assemblée législative d’Etat), voit un piquet – critique – se mettre en place devant sa propre maison.

3 février 1933, Mudgee (New South Wales)
Selon le Workers Weekly, un chômeur qui est aussi un chrétien pratiquant a été expulsé de chez lui après avoir tout misé au tribunal (lors de son procès pour expulsion) sur le fait qu’il était un bon chrétien et après avoir refusé la proposition de piquet de solidarité devant son domicile.

17 février 1933, Kurri Kurri (New South Wales)
L’AEC de Kurri Kurri se prépare à mettre en place des piquets devant trois maisons menacées d’expulsion.

7 avril 1933, Melbourne
Un agent immobilier, Gahan, est connu pour louer à des chômeurs/chômeuses des maisons à bas loyer et augmenter subitement le loyer quand les locataires sont déjà installé-e-s. Celles et ceux qui ne peuvent pas payer l’augmentation de loyer sont expulsé-e-s. Un piquet de 200 personnes se met en place devant son agence et le force à abandonner les expulsions à venir et à baisser les loyers.

28 avril 1933, Sydney
Des groupes anti-expulsion lancent une campagne pour empêcher l’expulsion d’un bâtiment où vit un ancien soldat (au 13 Napier street, quartier de Paddington).

Juin 1933, Sydney
Au début du mois, une action tournée vers les médias, lancée par des représentant-e-s de 22 groupes de chômeurs/chômeuses, pousse deux délégués de grands propriétaires à admettre publiquement qu’ils ont effectué plusieurs expulsions de chômeurs/chômeuses. Avant cela, les proprios en question niaient les faits auprès des médias.
Tout au long du mois, plusieurs procès pour expulsion ont été mis en échec par les avocat-e-s de l’AEC de Redfern. Dans la même période, de nombreux meetings contre les expulsions ont été attaqués par la police.

Juillet 1933, Sydney
Lors de différents procès, l’AEC de Paddington a réussi en quelques semaines à faire annuler huit procédures d’expulsion.
Le 14 juillet, un meeting massif se tient à la mairie de Canterbury pour protester contre l’expropriation du mobilier de Madame Clark par une compagnie financière.

Août 1933, Adelaide
Dernièrement, l’AEC d’Adelaide a réussi, par l’agitation et les protestations menées, à réintégrer plusieurs personnes dans leur domicile expulsé.

13 août 1933, Sydney
1 000 personnes participent à une manifestation contre les expulsions.

Septembre 1933, Adelaide
L’AEC d’Adelaide signale que de nombreux piquets anti-expulsion ont eu lieu ces derniers temps dans la banlieue est, utilisant comme systèmes d’alerte des gongs et des tags à la craie.

20 octobre 1933, Sydney
Après l’expulsion d’une maison où logeait une famille de dix personnes, l’AEC de Refern organise une manifestation qui réunit 500 personnes. Malheureusement, la police empêche la réoccupation de la maison expulsée...

Novembre 1933, Sydney
Tandis que des déménageurs sortent leurs affaires de la maison qu’ils habitent, dans le quartier de Redfern, une famille refuse de quitter les lieux. Des huissiers/intendants et la police arrivent sur place et tentent de les expulser (sans décision du tribunal), mais une foule arrive sur place en solidarité et empêche l’expulsion illégale.
Le 17 novembre, l’AEC de Paddington est expulsé de ses bureaux (situés dans la mairie de Paddington) par le Labor Party.
Le 24 à Redfern, alors qu’une famille vient d’être expulsée par huissiers/intendants et flics, des chômeurs/chômeuses viennent à la rescousse et réoccupent la maison en y réinstallant son mobilier. Pendant la réoccupation, des femmes font dégager les huissiers/intendants, et la police est poussée à battre en retraite.

Mars 1934, Wollongong (New South Wales)
L’afflux de nouveaux travailleurs à Wollongong créé une augmentation des expulsions... vu que les propriétaires locaux cherchent à se faire plus de thunes en louant à des personnes plus argentées. Des AEC sont ainsi mis en place dans les quartiers/banlieues de Port Kembla, Fairy Meadow, Balgownie, Corrimal et Coledale.

16 avril 1934, Temora (New South Wales)
Une action de masse est organisée par la Farmers Defence League (Ligue de défense des fermier-e-s) : des centaines de personnes vont à la rencontre d’un commissaire-priseur et d’un notaire au sujet d’une ferme qui est en instance d’être vendue aux enchères. Les enchères sont empêchées et la banque forcée à mettre en place un moratorium sur la majorité de la dette.

Avril 1934, Adelaide
L’AEC d’Adelaide signale que depuis des mois, une bataille fait rage entre des locataires et leurs propriétaires. Les proprios et la police ont fait usage de l’archaïque Common Law « Rogue and Vagabonds » (Coquins et vagabonds) pour pouvoir emprisonner celles et ceux qui ont réoccupé leur domicile expulsé.

3 juin 1934, Melbourne
Un meeting massif contre les expulsions se tient à la mairie de Richmond.

6 juin 1934, Melbourne
Pour expulser une femme et ses sept enfants, la police mobilise quatre flics à cheval, une douzaine d’agents de police et neuf flics en civil.

17 août 1934, Adelaide
Le maire de la ville se fait huer lors d’un meeting contre les expulsions, notamment parce qu’une femme est morte récemment, après avoir été mise à la rue par les huissiers/intendants.

Août 1934, Wollongong (New South Wales)
Suite à de fortes mobilisations à Corrimal (banlieue nord), un certain nombre d’avis d’expulsion sont annulés.

4 janvier 1935, Cairns (Queensland)
Un fermier des Atherton Tablelands fait dégager les huissiers/intendants de chez lui à trois reprises, à chaque en les menaçant avec une arme à feu. A son insu, la banque procède à la vente de ses terres au Forestry Department (Ministère de l’Agriculture), sans aucune compensation pour le fermier. Quand l’Etat plante de premiers arbres sur le terrain exproprié, ils sont arrachés par des habitant-e-s du coin. Finalement, le Ministère de l’Agriculture et la banque concernée sont forcées à dédommager financièrement le fermier.

Juin 1935, Wollongong/Bulli (New South Wales)
Depuis des semaines, le Conseil régional d’Illawarra essaie d’expulser des chômeurs qui campent à Fairy Meadow. Des communistes et la Fédération des travailleurs de la mine font pression sur le Conseil régional pour qu’il trouve un relogement aux chômeurs.

Juillet 1935, Adelaide
L’AEC d’Adelaide signale que ces derniers temps la police et les proprios gagnent en confiance, du fait que de plus en plus d’expulsions ont lieu sans résistance. L’AEC continue toutefois de s’organiser contre les expulsions, notamment en centre-ville.
Le 5 juillet, une mobilisation importante a lieu en solidarité avec un homme menacé d’expulsion. Celui-ci a reçu sur avis de son docteur un arrêt de travail de douze mois, et malgré ces circonstances une délégation auprès du Ministère de l’Emploi n’est pas reçue. Une autre, auprès du propriétaire Robert Stamp, est reçue, mais le proprio en profite pour confirmer ses intentions d’expulsion. L’AEC de Goodwood Park prépare alors un bulletin d’information à ce sujet, et s’empresse de la distribuer aux travailleurs/travailleuses de Foy & Gibson’s, où Robert Stamp est employé en tant que comptable. Plus tard dans la journée, une manifestation d’environ 200 chômeurs/chômeuses défile jusque devant le lieu de travail de Robert Stamp. Celui-ci cède finalement à la pression et l’expulsion n’a pas lieu.

30 août 1935, Kurri Kurri (New South Wales)
Suite à une réunion publique qui expose la menace d’expulsion qui vise Madame Graham, il est décidé de résister activement aux intentions d’expulsion de la Rural Bank of NSW (Banque rurale de New South Wales).

10 septembre 1935, Bulli (New South Wales)
L’AEC de Bulli lance une campagne de solidarité avec 50 familles qui squattent des terrains à Slacky Flat et sont menacées d’expulsion par la Bulli Colliery (compagnie houillère locale).

30 novembre 1935, Rockhampton (Queensland)
Suite à de nombreuses mobilisations, des chômeurs/chômeuses qui habitent au 12 North street font reporter le jour de leur expulsion.

Janvier et février 1936, New South Wales
Plusieurs membres de la Wheat Growers Union (Syndicat des producteurs de blé) ont récemment été menacé-e-s d’expulsion et s’organisent pour résister à toute tentative d’expulsion. En réaction à cette mobilisation, le gouvernement Stevens suspend des procédures d’expulsion qui visent un certain nombre de fermier-e-s. Malgré ces mesures, de nombreuses menaces d’expulsion continuent de peser sur des fermier-e-s. Lors d’un meeting qui rassemble plus de 200 d’entre eux à Rankins Spring, des affrontements éclatent entre fermier-e-s et membres du State Government Debts Relief Board (commission d’Etat spécialisée sur la question des dettes). Les médias locaux tentent, en vain, de créer des scissions entre fermier-e-s anglo-saxons et groupes de settlers (colons) italiens.

7 février 1936, Manjimup (Western Australia)
L’Agricultural Bank adresse des menaces d’expulsion à un groupe de plus de ving settlers. Les fermier-e-s commencent alors une campagne contre les expulsions.

6 mars 1936, Sydney
Dans le quartier de Rozelle, des locataires empêchent une augmentation de loyer (initialement imposée par le propriétaire Monsieur Myerson) grâce à leur mobilisation : pétitions, rassemblements de protestation, grève des loyers...

27 mars 1936, Sydney
A Hammondville, en banlieue sud-ouest de Sydney, en accueillant la police armé-e-s de bâtons et de leur détermination, des locataires repoussent la tentative d’expulsion ordonnée par le révérend/curé Hammond.

15 mai 1936, Manjimup (Western Australia)
Une famille (dont neuf enfants) s’organise avec six settlers, et ensemble, ils résistent à une tentative d’expropriation par un manager de l’Agricultural Bank, ses six gros bras et des flics.

6 juin 1936, Sydney
Par une grève des loyers dans le quartier de Camperdown, des locataires mettent en échec une augmentation de loyer.

14 juillet 1936, Sydney
De fortes mobilisations obligent une église locale à abandonner les procédures d’expulsion qu’elle avait lancées contre neuf logements différents.

Juillet 1936, Lake Cargelligo (New South Wales)
Des fermier-e-s réussissent à empêcher la tenue d’une vente aux enchères en organisant un boycott massif et en menaçant de représailles quiconque y participerait.

4 août 1936, Sydney
Des travailleurs employés pour la démolition d’une maison refusent d’en enlever le toit quand ils s’aperçoivent que la locataire, une femme dont le mari est à l’hôpital, refuse de quitter les lieux. Le contremaître convoque alors d’autres travailleurs qui eux acceptent de faire le sale boulot, mais la locataire décidé de rester coûte que coûte. Le proprio est finalement forcé de lui trouver un relogement et d’y déménager gratuitement ses affaires.

18 août 1936, Wakool (New South Wales)
Un campement de chômeurs/chômeuses est expulsé par deux véhicules remplis de flics et d’hommes armés de la Water Commission. Malgré la menace des armes, les chômeurs/chômeuses résistent mais finissent par voir les flics taillader ou saisir leurs tentes...

Citations d’époque

« - N’y avait-il aucune compassion pour les chômeurs/chômeuses au sein de la police ?
- Non. Ces hommes étaient sélectionnés... Ils haïssaient les chômeurs/chômeuses et dans tous les cas les auraient tabassés à coups de matraque... La brutalité les unissait.Que le gouvernement soit travailliste ou conservateur, ça ne faisait aucune différence.
 »
Stan Moran, cité dans Weevils in the Flour.

« Alors qu’ils passaient devant le bureau de poste principal d’Adelaide, ils pouvaient voir au bout de la route environ 500 chômeurs/chômeuses courant jusqu’à l’expulsion qui avait lieu environ 100 mètres plus loin. Quatre mecs qui transportaient des meubles sur la route les ont vus également et ont immédiatement déguerpi, à une vitesse pouvant les faire passer pour des sprinters en plein Jeux olympiques. Passant à travers un groupe de femmes du voisinage, les expulseurs reçurent insultes et coups de poing. »
Jim McNeill, in Depression Down Under.

« Ne supportant pas l’éjection d’un chômeur et de sa famille de leur maison... Hier, environ 250 hommes sans travail ont endommagé l’habitation... Les chômeurs ont brisé toutes les fenêtres à l’arrière du bâtiment, ainsi que celles en façade à l’étage supérieur. »
The Argus, 20 mai 1931.

« Si le propriétaire mettait une personne dehors, le matin suivant il ne restait plus de maison. Les chômeurs la dépouillaient dans la foulée. Ils mettaient la maison sens dessus-dessous, la démontant pour en faire du bois de chauffage. Ils prenaient même la cheminée. Quand le propriétaire revenait, tout ce qui lui restait, c’était un terrain vague. »
Dot et Tom Hills, cités dans Weevils in the Flour.

« A Bankstown et à Newtown,
on a bien énérvé les flics,
on s’est bien battu,
on leur a fait connaître l’enfer,
quand on devait les trouver devant la porte,
on les trouvait devant la porte, les gars,
on les trouvait devant la porte,
à Newtown et à Bankstown,
on a bien énérvé les flics.
 »
Chanson de la période de la Grande Dépression.

« Alors quelque chose se passa. Chaque membre du Comité anti-expulsion prit un des meubles qui se trouvaient dans la rue, repoussant les huissiers/intendants, et entrèrent précipitamment dans la maison. Les gens avançaient comme dans une vague de colère, les femmes et les enfants aidaient à rentrer les affaires dans la maison. Ça leur avait pris trois heures pour nous expulser et vider la maison ; en moins de dix minutes, toutes les affaires étaient retournées dans la maison. Alors, on on a fermé la porte à clé. On attendait que quelque chose se passe... et à notre grande surprise, on a vu les flics et les huissiers/intendants marcher vers leurs voitures. Après ça, les expulsions illégales que les entreprises pratiquaient dans de nombreuses banlieues ont cessé. »
Daisy McWilliams, in Depression Down Under.

« Une foule de plusieurs milliers de personnes s’est rassemblée sur Union street. Ils ont bloqué la rue sur un quart de mile de chaque côté du bâtiment jusqu’à ce que des brigades de police les repoussent environ 200 yards plus loin. Des cordons de police ont alors coupé la rue en deux. Par moments, la foule devenait hors de contrôle. L’ambiance était clairement antagoniste vis-à-vis de la police... Quand un véhicule de police contenant des prisonniers est passé devant la foule, des pierres ont volé en direction du conducteur. »
Sydney Morning Herald, 20 juin 1932.

« Pas mal de jeunes mecs célibataires du Mouvement vivaient collectivement, squattaient des pâtés de maisons en banlieue. Ils résistaient aux expulsions, c’était de véritables casse-cou, des bushrangers politiques [10]]...  »
Harry, cité dans Weevils in the Flour.

« Les matraques frappaient comme une tempête de grêle, la police avançait pour briser la résistance, et les picketers brandissaient des pieux ou des planches arrachées des palissades, un homme était même équipé d’une masse. »
Newcastle Sun, 1932.
« Nous avions une très bonne organisation pour lutter contre les expulsions, et un mercredi à Burnley, nous nous étions fait salement tabasser par la police lors d’une expulsion. Quelqu’un a appelé à une réunion et nous avons décidé de faire quelque chose suite à ça... Le vendredi, nous nous sommes retrouvés sur une place et nous sommes divisés en plusieurs groupes de deux personnes. Nous sommes tous partis en direction de différentes agences immobilières... Nous avons défoncé les vitrines de toutes les agences immobilières de Richmond en les caillassant. Il y en avait pour un sacré paquet de fric de dégât.  »
Matt, cité dans Weevils in the Flour.

Références

- Workers Weekly, 1929-1936
- The Clarion, 1933
- Sydney Morning Herald, 1930-1932
- The West Australian, 1931
- The Argus, 1931-1932
- UWM branch bulletins, 1932
- « A fine country to starve in », Geoffrey Bolton, 1994
- « Bankstown : A sense of identity », 1996
- « Depression down under », Len Fox, 1989
- « For love or money », 1982
- « The human face of the Great Depression », Michael Cannon, 1996
- « Lessons of the Thirties », CAPU, 1983
- « The wasted years », Judy McKinolty, 1981
- « Weevils in the flour », Wendy Lowenstein, 1981

Anonyme, Zanzara athée

P.S.

Traduction de la brochure australienne Lock out the landlords ! Anti-eviction resistance 1929-1936 (Expulsons les propriétaires ! La résistance aux expulsions 1929-1936), rédigée à partir des recherches de Iain McIntyre, éditée initialement en 1997 par A-Press, puis par Barricade publishing (Melbourne) en 1998. L’édition traduite en français par Zanzara athée date de novembre 2012.

Toutes les notes de bas de page sont de Zanzara athée.


[1] Pour plus de précisions sur ces divers exemples, voir le site squat.net.

[2] Lire notamment la brochure Lutte contre les sfratti à Turin (2011-2012).

[3] Délégations envoyées auprès des autorités.

[4] A la manière des piquets de grève.

[5] Ces personnes pouvaient décider de quitter leur maison avant l’expulsion.

[6] On nommait ainsi celles et ceux qui gardaient la maison un peu comme sur un piquet de grève.

[7] On peut deviner, là, que la pratique d’expulsion d’une maison par son proprio dans le but de la détruire pour reconstruire un nouveau bâtiment était une chose moins courante qu’aujourd’hui... L’acte de vengeance destructrice d’une maison expulsable avait sûrement plus de pertinence à l’époque.

[8] On voit quand même qu’il est plus facile d’obtenir du soutien pour certaines catégories sociales – en l’occurrence des militaires – que pour d’autres...

[9] Chaque 25 avril, a lieu en Australie une commémoration officielle de la bataille de Gallipoli qui s’est déroulée en 1915 pendant la Première Guerre mondiale.

[10] [Les bushrangers étaient des hors-la-loi au début de la colonisation de l’Australie. Le plus célèbre d’entre eux était Ned Kelly...